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Aux mamans qui n’y comprennent rien

Cette semaine, mes jumeaux ont soufflé leur 6 bougies. Je me remémore ce basculement irréversible dans un monde parallèle, où rien ne sera plus jamais pareil. Cette tornade qui a bousculé tout ce que je croyais savoir de moi-même, des autres et du monde.

Je les aime et ils me rendent dingue ; ils me rendent dingue et je les aime — je suis mère et je n’y comprends rien.

Ils fêtent leur anniversaire et je pense à notre troisième enfant, celui qui n’est jamais né. Paradoxalement, avoir vécu une fausse couche a profondément nourri mon expérience de la maternité, cette maternité vibrante, tapie au fond de mes tripes, qui par deux fois m’a prise par surprise. La première fois par le mystérieux dédoublement d’un amas de cellules, qui fait que deux garçons presque identiques cohabitent sous mon toit. La deuxième fois, c’est en me quittant avec fracas que la maternité m’a prise de court.

Expérimenter la maternité, c’est expérimenter toutes sortes de choses qui ne se savent pas, qui ne se contrôlent pas, qui ne se prévoient pas.

Certaines femmes jurent qu’elles n’enfanteront jamais. D’autres attendent un enfant qui ne vient pas, d’autres portent un enfant qui n’était pas au programme. D’autres perdent un bébé, d’autres encore découvrent qu’elles en portent plusieurs.

La maternité est une équation à mille inconnues,

où s’affrontent la logistique familiale, l’inquiétude, la joie, l’envie, les émotions inexprimables, la question des finances… et tous les autres points d’interrogation concentrés dans l’antre de notre utérus. La maternité, c’est quand ta vie entière passe à la machine à laver — au sens propre et au sens figuré. C’est être submergée par une avalanche de linge sale, de nuits trop courtes et de questions existentielles :

“Qui a encore fait déborder la baignoire ?

Est-ce que je suis assez présente ?

Pourquoi tant de poux ?

Comment je vais faire pour rendre ce dossier à temps ?

Au fait, qui suis-je ?

Et à quoi est-ce que je sers à part penser à racheter du dentifrice ?”

La maternité, c’est simple comme “chaos”, “imperfection”, “doute” et “retard chronique”.

Depuis presque 5 ans, je travaille avec des jeunes mères de famille

et je suis toujours aussi frappée par le nombre effrayant d’entre elles qui se sentent totalement perdues, pas du tout à la hauteur dans leur rôle de mère.

Face à ce constat, je m’étonne d’autant plus de la pauvreté du paysage intellectuel, lorsqu’il s’agit de penser la maternité. Les rayons de nos bibliothèques sont encombrés d’ouvrages sur la femme, les femmes, leurs droits, leurs combats, l’égalité salariale, l’accès aux postes à responsabilité, les violences conjugales, les agressions qui se multiplient dans le métro, les hashtags qui vont avec. Nous nous sommes battues pour voter, pour travailler, pour nous sentir en sécurité, faire des choix, jouir sans procréer.

Grande absente : la maternité.

Trop peu d’écrits présentent la maternité comme l’un des enjeux centraux de la féminité.

Plus précisément, on dirait que la maternité est partout, mais qu’elle n’est nulle part. Grâce au marketing, elles sont omniprésentes, les jeunes mères épanouies, sexy et dotées d’un joli pouvoir d’achat. Il est dans l’ère du temps, également, de tout mettre en oeuvre pour être la meilleure mère possible. Une multiplication de recettes toutes faites qui nous vendent du bonheur sous forme de parentalité positive, de couches lavables ou de purée de carottes maison. On est exposée à des tonnes de trucs et astuces pour mieux vivre la grossesse, l’accouchement, les pleurs, les lessives, les horaires de boulot… Mais au fond, on est toujours aussi paumée.

Pourquoi ?

Parce que la maternité n’entre pas dans des concepts aseptisés.

D’un côté, un féminisme trop empreint de grandes idées, trop éloigné de la réalité, de cette vie ordinaire dans laquelle la maternité nous plonge sans prévenir. De l’autre, la checklist de tout ce qu’il faut acheter, faire et et ne pas faire pour être une bonne mère. Sauf que la maternité, c’est bien plus compliqué que ça.

Aux mamans qui n’y comprennent rien,

j’aimerais dire : « c’est bien normal » et « ça ne vous rend pas moins fabuleuse ». La maternité, ce n’est pas la pire chose qui puisse vous arriver. Ce n’est pas non plus un trophée à gagner.

C’est un monde étonnamment riche, profondément mystérieux, et souvent super chiant.

C’est la revanche de la réalité sur l’idéologie, c’est le pragmatisme qui s’invite dans le féminisme, c’est lorsque votre projet le plus cher est une douche avant 13h ou encore un café chaud, un pipi seule, un 18h-20h sans cris ou un sourire complice au supermarché.

La maternité est une folie :

pas étonnant qu’elle nous prenne de court et que nous nous sentions parfois totalement perdue.

Il y a six ans, j’étais dans cette chambre d’hôpital, deux êtres minuscules collés sur ma peau. Je n’avais aucune idée, vraiment aucune, de ce qui m’attendait. Je ne savais pas que je serais à ce point poussée dans mes retranchements ni que je courais au burn-out.

Pourtant, depuis qu’elle passe quotidiennement à la machine à laver, ma vie est un peu plus souple, un peu plus profonde, un peu plus douce, un peu plus exigeante, un peu plus surprenante. En fait, depuis que je fais face chaque jour à l’inconnu qui rime avec maternité, j’ai cette impression bizarre d’être complètement dépassée par les événements, et même parfois d’aimer ça.

Continuons le combat féministe

en osant y inclure la maternité, malgré ses allures de cheval sauvage. Osons reprendre la main et affirmer que l’on peut réconcilier la femme et la mère qui cohabitent en nous. Même si au fond, on n’y comprend rien à cette cohabitation — et justement parce que l’on devient libre le jour où l’on accepte de ne pas tout comprendre… et de commencer à vivre.

À lire également : Travail et foyer, la fin de la schizophrénie

Les aléas de ta vie de maman te font parfois oublier la fabuleuse qui est en toi ? Je t ‘envoie des piqûres de rappel ! C’est par là :

HB-article-lettre qui illumine

profil-helene-chroniqueuseHélène Bonhomme est auteure, conférencière, fondatrice du site fabuleusesaufoyer.com et chroniqueuse sur lepoint.fr. Après une Khâgne, des études de philo, plusieurs années d’enseignement et plusieurs autres de rédaction web, elle devient mère au foyer. Elle commence à interviewer des femmes inspirantes et à mettre par écrit des pensées motivantes. C’est ainsi qu’ont vu le jour ce blog en mars 2014, puis en mai 2015 son livre collaboratif pour révéler la fabuleuse en chaque maman et en octobre 2016 son petit guide de l’imperfection heureuse. Elle est mariée à David le fabuleux et maman de Roman et Adelin. Sa mission : aider les mamans qui veulent sortir la tête de l’eau, prendre un peu de recul sur leur quotidien et commencer à aimer leur vie imparfaite mais fabuleuse.

 

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  • Floriane Héritier

    Waouw !!!

  • ManueC

    Un nouveau texte sublime à ajouter à la liste des articles à relire régulièrement !!!
    Merci Hélène ! Joyeux anniversaire à tes adorables petits gars qui ont fait de toi une Fabuleuse Maman !!! 😉👌

  • Anne Mont

    extra! merci Hélène, et bon anniversaire aux jumeaux! Quand on attendait le premier, on s’était dit: ce serait sympa des jumeaux. Notre fils n’avait pas une semaine qu’on se disait: heureusement qu’on n’a pas des jumeaux… ça, c’est pour l’anecdote, mais 100% d’accord sur le fond.

  • Myriam

    Merci Hélène c’est vrai que la maternité nous chamboule. A chaque grossesse accouchement et allaitement ma vie a vécu un tsunami intérieur un renouvellement un écoulement un relèvement…. Je crois après relecture que c’est une chance même si dans ces moments là je pleurais beaucoup…

  • Raffie

    Magnifique texte. Si juste. Merci Hélène. Maman de 3 enfants, une aînée de 3 ans et des jumeaux de 17 mois, je suis parfois totalement à bout, totalement éreintée par cette nouvelle vie qui est la mienne et qui, bien souvent, me dépasse et me fait tourbillonner dans tous les sens. Mais quand je lis des mots comme les tiens, je me dis : »C’est ça, oui, tout à fait ça ». Et ma drôle de vie reprend forme, reprend sens. Un soupir de soulagement se fait entendre du fond de mon cœur. Oui, ma vie n’est plus la même, oui mon réel a percuté de plein fouet mon idéal. Mais j’y ai gagné un peu plus de souplesse, un peu plus d’humour, un peu plus de profondeur. Et c’est maintenant, un jour après l’autre, avec bienveillance, que j’essaie d’accomplir ma tâche de maman, jamais parfaite, mais toujours fabuleuse !

  • Sophie

    Qu’il est bon de lire ce texte, MERCI ! Comme souvent, il tombe vraiment à pic ! Hier j’étais vraiment dans un mood ultra négatif et je me suis épanchée auprès de ma mère et ma sœur en mode « mais à quoi ça rime cette vie ? ». J’ai tout pour être heureuse et pourtant, je peine à trouver l’épanouissement dans ma vie de mère. J’aime mes enfants plus que tout mais je disais à ma sœur (qui ne l’est pas encore) que c’est 70% de VDM et 30% de bonheur :-). Cette course contre le temps perpétuelle, ces petits êtres qui ne font JAMAIS ce qu’on attend d’eux et le pire, c’est que quand t’as le chance de pouvoir t’évader un peu le temps d’une soirée ou d’un we ou même (pour celles qui y arrivent !) de vacances, ils occupent 95% de tes pensées ! Bref, c’est une belle aventure malgré tout mais putain, qu’est-ce que c’est dur ! 😉

  • Un très beau texte, qui est aussi déculpabilisant. Merci pour ce partage.
    De mon côté, je rencontre beaucoup de mamans qui sentent le poids de la culpabilité (« tu fais ci ? tu ne fais pas ça ? ah bon? t’es sûre?… »)
    En effet, chaque femme vit sa grossesse et son rôle de maman comme elle peut. La maman parfaite n’existe pas (et elle ressemblerait à quoi d’ailleurs?), et je ne pense pas qu’il y ait deux mamans pareilles. La maternité est une notion particulière pour chacune d’entre nous, avec ses merveilles et ses aléas, ses hauts et ses bas, ses victoires et ses incompréhensions, l’acceptation que ce petit être bouleverse notre vie et change nos priorités, notre façon de voir la vie, nos certitudes…

    Un très bon anniversaire à tes garçons 🙂

  • Lilly Bln

    Qu’il est bon de lire ça! Je dis souvent que je suis une jongleuse experte ce qui ne m’empêche pas de tout faire tomber assez régulièrement. Ces petits bouts, nos amours, sont notre plus grande insolence! Face à la vie, face aux diktats! On ne nous dit pas et pourtant le jugement est aisé. Merci pour ce beau site que je découvre avec beaucoup d’émotions 😉

  • Marilyne Fournier

    Merci pour ce texte toujours aussi proche de ce qu on vit au quotidien. Être mère ne s apprend pas ça se vie et parfois pour certaine c est une révélation, pour d autre un réelle apprentissage ds prendre soin de ce petit être et pour d autre même si parfois on ose pas en parler c est pas possible et ça ne viendra pas. Je suis monitrice éducatrice et j accompagne des jeunes places ou on cherche parfois à tt pris à garder les liens à trouver le petit truc que le parent pourrait faire avec son enft mais parfois ça ne vient pas. Être mère c est pour moi savoir et vouloir le meilleur pour son enfant même si parfois ça passe par de l imperfection, mais donner l opportunités à ce petit être de grandir avec amour. Alors si parfois on est à bout on en peu plus être mère c est aussi demander de l aide relayer. Aimer son enfant ne suffit pas mais vouloir l aimer et se faire accompagner ça suffit à pouvoir avancer ds ce chemin de la maternité.