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Les vacances : avec ou sans belle-maman ?

Entre nous, je peux vous le dire : avec ma belle-mère, ce n’est pas toujours simple. Elle et moi n’avons pas grand-chose de similaire, si ce n’est d’aimer les mêmes hommes : son fils devenu mon mari, et nos enfants.

C’est déjà un gros point commun ! Mais c’est presque le seul.

Nous venons de cultures différentes. Nous n’avons pas reçu la même éducation. Dans ma famille, la discrétion et le calme étaient vénérés, l’atmosphère feutrée. Chez elle, tout le monde parle fort, s’engueule et se coupe la parole, pour se couvrir de baisers juste après.

Elle est du Sud, je suis plutôt originaire du Nord et de l’Est. Elle est toujours pomponnée alors que je suis assez nature. Elle adore offrir plein de petits cadeaux aux enfants alors que je ne rêve que de décroissance et de minimalisme. Elle a tendance à se mêler de tout et habiterait volontiers sur le palier d’en face (bon, ok, j’exagère) si nous la laissions faire. Elle nous adore, mais elle nous adore TROP.

Bref, ma belle-mère et moi, ça fait des étincelles.

Pourtant, j’ai essayé de faire des efforts. Depuis plusieurs années, nous passons une semaine par an dans le Sud, rempli de souvenirs d’enfance pour mon mari, dans une maison près de chez elle, pour avoir un peu d’intimité.

« Comme ça, vous serez tranquilles et vous irez à votre rythme ! », nous dit-elle d’un air convaincu.

DING DONG !

Oh, mais qui voilà à 9h30 du matin, à la grille du jardin, avec son rouge à lèvres éclatant et son sachet de viennoiseries ?

C’est Mamie !

« Bonjour bonjour mes enfants ! Quelle belle journée ! Tiens, je prendrais bien un petit café ! Aujourd’hui vous pourriez venir à la maison, et on irait à la plage / à la piscine / au parc d’attractions / et vous resterez dîner / et les enfants dormiront chez moi / et demain aussi / comme ça vous serez tranquilles, c’est mieux / et, et, et… »

Pif paf pouf, elle virevolte, s’installe, et a déjà fait tout le programme des vacances pour nous, à notre place.

Il est 9h35 et j’ai les nerfs en pelotes, les mâchoires serrées, la main crispée sur ma tasse de café, les jointures blanches, et je fusille des yeux mon pauvre mari qui tente de juguler la tornade maternelle. Il sait bien tout ce que je pense de sa mère à cet instant précis. Il sait bien aussi qu’il se le prendra plus tard dans les dents, et que ce sera parti pour quelques heures – dans le meilleur des cas – de tirage de gueule, et de nuits pas du tout coquines, mais « à l’auberge du cul tourné » (Expression que m’a apprise Anna).

En plus de l’orage conjugal, toutes nos tentatives éducatives sont à terre, car les enfants trépignent de joie à l’idée d’aller chez Mamie, ce qui implique de :

  • hurler en sautant dans la piscine et vivre à poil le reste du temps
  • se vautrer devant les débilités qui passent à la télé l’après-midi
  • se goinfrer de glaces, de bonbons, et de chips, non stop (ils sont si maigres, les pauvres petits !)
  • se coucher à n’importe quelle heure et uniquement s’ils en ont envie

Ce qui est, je le conçois bien, un programme beaucoup plus fun que la semaine austère de nourriture saine, au calme, que nous leur proposons.

Alors il faut bien le dire : en dépit de toutes les tentatives, les vacances avec belle-maman sont toujours un peu… complexes. Et après un énième épisode plus ou moins désastreux au ski cet hiver, nous avons conjointement résolu de limiter la casse.

Cette année, j’ai décidé que je n’irai pas chez belle-maman.

Voilà.

Ce sont MES vacances. Faites pour ME reposer. Et non pas pour être énervée, et revenir de sale poil parce qu’une fois de plus après une année scolaire passée à gérer le quotidien, je n’aurai pas pris soin de moi.

Alors cette année, mon chéri et moi avons adopté une solution médiane : durant une semaine, il ira chez sa mère avec deux de nos enfants.

Durant la même semaine, j’irai chez la mienne, avec les deux autres. Les deux grands-mères profiteront d’une partie des petits-enfants, de manière plus calme (parce que quatre, ça fait beaucoup quand même). Mon mari sera plus zen car il n’aura pas à supporter le poids de la guerre des cheffes entre elle et moi. Et moi, je me reposerai avec ma mère, ma fille, et mon petit dernier.

Pourtant, je ne désespère pas de parvenir à m’entendre avec ma belle-mère qui est une femme profondément gentille et attentionnée, mais qui a une manière d’exprimer son amour trop envahissante pour moi.

Je me rends bien compte aussi que je suis co-responsable de la situation, puisque je n’ose pas toujours lui mettre les limites nécessaires, fermement mais calmement. Plutôt que de sortir ma colère, je choisis l’option cocotte-minute, au risque de me coller un ulcère.

J’aimerais par moments pouvoir être comme elle…

… crier fort et affirmer bien haut ce que je pense, les yeux dans les yeux, et non pas ruminer durant des jours mes griefs contre elle. Mais pour cela, il faudrait que j’ose être un poil moins bien élevée et que je me défasse de cet héritage un peu encombrant que m’ont transmis, pour le coup, mes propres parents :

  • pas de bruit
  • pas de vagues
  • « dis bonjour »
  • « sois polie avec la dame »

En un mot : j’aimerais être suffisamment adulte pour la remettre gentiment à sa place.

Grâce à belle-maman, je me rends compte que j’ai encore des progrès à faire dans l’affirmation de mes besoins, et que c’est surtout à moi, puisque je n’ai pas de prise sur elle, d’évoluer. Un jour, grâce à la manière dont elle m’aura confrontée à mes limites, j’espère avoir suffisamment progressé pour lui en imposer naturellement, afin qu’elle ne me marche plus sur les pieds avec ses jolies sandales compensées et ses orteils vermillon. Ce jour-là, nous nous entendrons vraiment bien.

Parce qu’au fond, je l’aime bien, ma belle-mère.

Je lui dois mon bonheur actuel. Elle a mis au monde et élevé un homme merveilleux : le mien !

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HB-article-lettre qui illumine

profil-marieG-chroniqueuseMarie et son fabuleux époux ont chacun un grand d’une première union (une fille pour elle, un garçon pour lui) et deux petits diablotins ensemble. Ils tentent de gérer au mieux cette jolie famille recomposée, dans la joie et la bonne humeur (le plus souvent), dans les cris et les engueulades (parfois). Marie amorce le virage de la quarantaine comme une vraie remise en question personnelle et professionnelle. Scientifique de formation et de profession mais littéraire de cœur, elle partage sur son blog de petits textes sur les moments rigolos ou exaspérants de sa vie familiale. Découvrir son blog : « Les Petits Ruisseaux font les Grandes Rivières » 

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