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On s’est engueulé devant les enfants

Récemment, je passais un week-end chez des amis dont les enfants ont 7 et 5 ans. Alors que je feuillette l’album photo du mariage des amis en question, le fils aîné s’assoit à mes côtés, sur un coin du canapé. Je commente à côté de lui et tout à coup il se tourne vers moi et me dit :

« Tu sais, ce matin, maman et papa se sont disputés très fort et ça m’a fait pleurer ».

Son regard franc planté dans le mien attend une réponse.

Pensant avec tendresse à mon amie, sans doute affectée par cette dispute, mais qui n’en a rien montré depuis mon arrivée, je plonge dans la discussion avec cet enfant.

  • Que comprendre quand les parents se disputent devant les enfants ?
  • Que dire à des enfants qui ont assisté à une dispute de leurs parents ?
  • Plus généralement, que dire des conflits de couple à nos enfants ?

Certains couples se chicanent en permanence, faisant de leurs différends une atmosphère de fond, une forme d’excitation. D’autres fuient les conflits, préférant ravaler leurs désaccords. D’autres encore se disputent peu, mais fort. D’autres vivent en permanence au bord de la rupture, pendant de longues années. D’autres encore ne se disputent jamais.

Personne ne peut deviner ce qui se joue dans un couple amoureux.

Frustrations accumulées, peurs de ne pas/plus être aimé : les couples qui savent, en cas de sujet chaud, argumenter dans la discussion pour avancer, sont rares. Pour beaucoup, l’échange va dans ce cas prendre la forme d’une dispute.

Et même quand on fait l’effort d’attendre que les enfants soient loin ou couchés pour se disputer, il arrive qu’ils assistent à la scène, aux cris, aux pleurs… ou qu’ils en entendent l’écho depuis leur chambre.

Rares sont les parents qui en touchent un mot à leurs enfants.

« Mais ça ne les regarde pas, et puis, que leur dire ? Autant passer à autre chose ! »

La phrase de ce petit garçon, fils de mes amis, je l’ai reçue comme un besoin de comprendre, d’interpréter cette dispute pour savoir comment l’intégrer à son monde à lui :

« Mes parents se détestent-ils ? »

« Vont-ils se séparer ? »

« Est-ce ma faute ? »

« Peut-on s’aimer en se faisant pleurer ? »

Que dire à ces enfants qui ont assisté à la dispute de leurs parents ?

D’abord, ne pas hésiter à nommer le fait que Papa et Maman se sont disputés. En le disant aussi simplement que cela, pour ouvrir une porte. Et laisser la possibilité à votre enfant, s’il s’inquiète, de vous le confier.

Ne pas parler du sujet qui vous oppose, car il reste entre vous et votre conjoint. En revanche, dédramatiser le fait de se disputer : on n’est pas toujours d’accord et c’est parfois douloureux quand on se sent incompris. Leur dire que la plupart du temps, quand on n’est pas d’accord, on discute pour trouver un terrain d’entente, mais que parfois on se dit des mots qui blessent et c’est le cœur blessé qui parle quand on se dispute.

Mais ne pas oublier de parler de ce qui se passe après la dispute, et que l’enfant ne voit pas. Sans entrer dans les détails toujours – mais en disant qu’après une dispute, quand la colère retombe, on s’explique, et on se demande pardon (dans le meilleur des cas). En tous cas, on cherche la compréhension et la réconciliation, puis la prise de décisions pour renforcer le lien, pour avancer.

Vous êtes le lien entre le monde et votre enfant :

Ce sont vos mots qui vont faire traduction, filtre, et le rassurer. Vos bras aussi. N’hésitez pas à le toucher plus souvent après l’engueulade, en promenant par exemple une main rassurante dans ses cheveux, sur ses épaules.

Votre rôle n’est pas de surprotéger votre enfant des évènements de la vie, mais plutôt de lui fournir un guide d’interprétation, en prononçant – si vous en sentez la nécessité – quelques mots sur ce qui se passe pour l’aider à digérer ces évènements.

Si les disputes sont récurrentes, si vous êtes en pleine séparation, et que vous sentez vos enfants inquiets, déstabilisés, là aussi, n’hésitez pas à mettre des mots.

Les enfants craignent la séparation de leurs parents, et craignent aussi que ce soit leur faute si leurs parents se disputent.

Ils se sentent coupables immédiatement.

Je me souviens de cette amie, avec deux enfants de 8 et 6 ans, dont le mari a quitté le domicile familial du jour au lendemain, sans donner de nouvelles. Profondément affectée, mon amie s’est mise à faire tout ce qu’elle pouvait pour redonner vie à ce couple qu’elle formait avec lui. Elle est allé voir une psychologue, a trouvé comment contacter son mari pour lui faire part de son désir de renouer. Mais, bouleversée, elle ne mangeait plus et a perdu dix kilos très rapidement.

Elle m’a confié qu’elle ne savait pas quoi dire à ses filles qui, la voyant amaigrie, pleurer chaque jour, donnaient des signes de détresse dont elle ne savait que faire.

Je lui ai d’abord dit l’importance d’offrir à ses enfants un espace où délivrer leur paquet d’angoisses – car ils ont tendance à protéger le parent qui reste. Cet espace peut être le cabinet d’un psychologue.

Ensuite, je lui ai conseillé de ne pas leur mentir, de ne pas leur dire que tout va bien se passer car elle-même n’en savait rien. Ne dire ni « Papa va revenir », ni « Papa est un salaud ».

Mais leur dire ce qui est :

« Je pleure car je suis très triste de ce qui se passe avec votre papa et je ne sais pas si nous allons réussir à nous retrouver. Mais quoi qu’il arrive, je vais le traverser. Comme on traverse une tempête ».

Si la situation est confuse, si vous ne pouvez rien leur en dire, il y a tout de même beaucoup de choses que vous pouvez leur transmettre. Vous pouvez les aider à différencier en vous le parent de l’adulte. L’adulte en vous, celle qui est en relation avec son conjoint, n’est pas le parent de l’enfant. Le parent de l’enfant continue d’aimer son enfant.

Qu’il s’agisse d’une dispute bruyante ou d’une séparation douloureuse, n’hésitez pas à rassurer l’enfant qui a tendance à se croire impliqué, voire coupable dans tout ce qui arrive à ses parents :

« La dispute concernait une affaire entre adulte et je suis désolée que tu aies assisté à cela, ça ne te regardait pas, tu n’es absolument pour rien là-dedans ».

Se disputer au lieu de discuter, c’est fréquent.

C’est frustrant, énervant… et décevant. En mettant des mots sur le fait de se disputer, vous aidez votre enfant à faire le tri, à relativiser, à déculpabiliser le cas échéant, et sûrement, pour plus tard, à mieux aimer.

valerie

Valérie de Minvielle est psychologue clinicienne. Après 20 ans d’expérience en psychologie clinique et art-thérapie, elle a fondé en 2015 « ma juste place », une méthode d’accompagnement personnalisé pour les femmes qui veulent trouver leur équilibre et se sentir à leur juste place dans leur vie de couple, en tant que mère, et dans leur vie professionnelle et sociale. Valérie anime également des formations à la connaissance de soi dans plusieurs instituts de formation et établissements scolaires, en France et en Belgique. La joindre sur http://www.majusteplace.com/ et sur https://www.facebook.com/valeriemajusteplace/

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4 Comments

  1. Joëlle Collaud

    Qui n a jamais été confronté à celà. Une fois mon conjoint et moi nous nous discutions et notre fille jouait à côté. Nous pensions qu elle n écoutait pas. Quand tout d un coup elle arrive à la cuisine et nous a dit « papa et maman Il faut vozs calmer ». Ma fille a 3 ans et nous avons pris une leçon ce jour.

  2. ManueC

    Oh que c’est bon de lire ça !
    Merci Valérie !!!
    C’est tellement important de mettre des mots et d’être à l’écoute de nos enfants qu’on a tendance à surproteger par peur de les blesser… 👌

  3. Merci ManueC ! Etre un filtre ou un guide pour eux plutôt qu’un paravent : c’est tout à fait ça ! Valérie

  4. Merci Joëlle pour ce partage d’expérience ! Valérie

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