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Vie de famille

Les leçons de ma belle-famille

Marie Chetrit 18 juillet 2021
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Mon mari et moi venons de deux milieux différents. Nous n’avons pas eu du tout la même éducation : chez lui, tout le monde parle en même temps et se coupe la parole, puis s’engueule. Mais il y a une chose que j’admire vraiment dans cette famille : c’est leur capacité à se dire les choses très franchement.

Tellement franchement que parfois, ça hurle entre eux et que les noms d’oiseaux volent, depuis le “Tu me fais ch…” que mon chéri envoie à sa mère, jusqu’au “Mais quel co@*ard” qu’elle lui réplique sans se démonter.

Je les observe, un peu médusée et en retrait, un peu inquiète aussi, mais pas fâchée au fond qu’il soit à ce point capable de se positionner et de marquer, parfois, les limites indispensables à l’indépendance de notre couple – et donc, à sa solidité.

Et le lendemain, comme si de rien n’était, ils s’appellent et se parlent bien gentiment.

Visiblement, l’altercation entre eux n’a laissé aucun stigmate, ils ne sont pas brouillés à mort. Ni elle, ni lui.

C’était juste un orage qui passait.

Et moi, je me demande si je pourrais faire preuve d’une telle spontanéité avec ma propre famille.

Sans chercher trop loin, de manière assez immédiate, la réponse est : non. Je viens d’une famille totalement aconflictuelle.

Se fâcher chez moi, cela ne se faisait pas.

“Crier ? Hausser la voix ? Claquer les portes ? Mais c’est terriblement grossier voyons, c’est pour les gens qui ne savent pas se parler” me dit la petite voix dans ma tête, celle qui sait toujours mieux que moi-même ce qui est bien élevé et que j’imagine avec un petite jupe plissée et un carré bien net, les mains sagement posées sur les genoux et la bouche un peu pincée.

Je me demande souvent pourquoi lui, mon mari, parvient sans peine à exprimer énergiquement son désaccord, au point de raccrocher au nez de sa mère sans aucun état d‘âme, alors que moi, cela m’est totalement impossible. Non pas que j’ai forcément envie de raccrocher au nez de qui que ce soit, mais j’aimerais savoir moi aussi, à petite échelle, affirmer mes positions, de manière bienveillante et tranquille, mais nette. 

Mais je n’ai pas ce talent. Et parfois, je pense que cela vient principalement d’une chose : ma capacité encore réduite à me positionner en tant qu’adulte face à mes parents. J’ai pourtant 44 ans.

Mais l’âge seul ne suffit pas à acquérir l’indépendance émotionnelle vis-à-vis de papa ou maman.

Mon mari le peut-il, lui, parce qu’il a vécu ou assisté à des conflits quand il était enfant ? Est-ce son patrimoine génétique, sa mère étant redoutable à ce jeu-là et n’ayant peur de rien ni personne ? Sans doute un peu de tout cela à la fois.

Chez moi, on visait le consensus.

Mais cela ne prépare pas tellement à plein d’aspects de la vie réelle. Les qualités mises en valeur chez nous, c’était le calme, la capacité à pacifier, à s’exprimer convenablement : je n’ai pas été élevée pour savoir me bagarrer

Si j’ai trouvé ça très positif des années durant, désormais je me rends compte que c’est un véritable handicap. Ma difficulté à m’affirmer, partie de l’intérieur de ma famille, s’est étendue comme une petite tache d’huile à mes relations plus larges. Quand on devient adulte, dans la relation avec son parent, est-on un adulte face à un autre adulte, ou est-on un enfant-adulte face à un parent, toujours ? Je sais que ce n’est pas qu’une question d’être “la fille de” car certains hommes restent toujours les petits garçons de leurs parents.

Encore aujourd’hui, exprimer mon désaccord me met mal à l’aise.

J’y mets beaucoup de formes, je soupèse mes mots, et c’est toujours une épreuve de réclamer auprès d’un magasin qui m’a vendu un produit défectueux ou d’un artisan qui a mal travaillé. Je ne sais pas faire, je suis celle qui essaie d’arrondir les angles, de satisfaire à peu près tout le monde, de trouver les accords. Je trouve toujours des excuses, non pas tant parce que je suis sympa mais plutôt parce que je n’ose pas m’opposer.

Sauf que parfois, je le paye en nervosité et en colère intérieure.

Au cours de mes années de thérapie, j’ai eu maintes occasions de travailler sur cette colère rentrée, et de réfléchir sur ma capacité à m’engueuler avec mes proches. En dehors de mon mari, qui se prend tout ce que je n’ose pas dire aux autres, et de vous toutes qui me lisez, rares sont les personnes qui connaissent l’étendue de mon agressivité intérieure.

Bien sûr que la pulsion d’agressivité doit être maîtrisée.

Mais le but de l’éducation est de lui laisser assez de marge de manœuvre. La pulsion d’agressivité est indispensable pour que je puisse exister pleinement, et non pas subir les autres en permanence.

Alors voilà, j’ai décidé de m’inspirer de l’homme fantastique qui partage ma vie et de ma belle-mère pour progresser et devenir moi aussi une meuf qui ose râler. Je vois plusieurs points  :

  • Sortir de la croyance magique (et un peu enfantine) que ma parole a des pouvoirs paranormaux. Va-t’il se passer des choses catastrophiques – tremblement de terre, ouragan force 9, lynchage en voie publique- si je manifeste mon désaccord ou remets en place un fâcheux ?  Assurément non.
  • Relativiser l’impact de ce que je m’apprête à dire. Est-ce que mon interlocuteur va réellement s’effondrer en un sanglotant petit tas de bouse si je lui dis que je ne suis pas totalement satisfaite de sa prestation ? Certainement pas. Moi-même, je ne fonds pas en larmes quand mon boss me dit que je dois améliorer un dossier. Suis-je réellement puissante au point que mon avis revête une importance capitale pour la susdite-personne ? On se détend, on se masse les chevilles pour les faire dégonfler, ça va aller : je suis juste Marie, une femme normale à la vie normale et à l’influence modérée.
  • Travailler sur ma propre perception de la honte. Si je me prends un bon gros vent en réponse, dois-je sur le champ m’éventrer sur un sabre de samouraï car déshonorée je serai ? Ce ne sera sans doute pas nécessaire. J’ai bien survécu à la fois où j’avais coincé un long bout de PQ — propre — qui dépassait de mon jeans en sortant des toilettes. 
  • Ancrer en moi la conscience que oui, on m’aimera toujours même si je ne suis pas d’accord ou je m’énerve : ça, c’est un challenge difficile quand il s’agit d’exprimer un désaccord avec mes proches. Pourtant, moi-même, j’aime toujours mes enfants, même quand ils me contrarient, et même quand Lapin, fâché, me dit “Maman, t’es moche et tu pues la fesse”.
  • Apprendre à en avoir un peu rien à foutre des gens que je ne reverrai jamais (un peu). Finalement, les personnes avec lesquelles j’interagis parfois sont d’excellentes occasions de s’entraîner à râler un peu, par exemple le gars de l’assurance à qui j’ai dû envoyer 5 mails pour qu’il résilie enfin mon contrat à la bonne date. Vu ma personnalité, j’ai de la marge avant de me comporter comme une mégère impolie.

Et toi, chère Fabuleuse, as-tu d’autres secrets pour m’apprendre à “bien” râler ? Que t’enseignent tes proches ou ta belle-famille ?



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Cet article a été écrit par :
Marie Chetrit

Scientifique de formation et de profession mais littéraire de cœur, Marie Chetrit partage sur son blog de petits textes sur les moments rigolos ou exaspérants de sa vie familiale. Elle et son fabuleux époux ont chacun un grand d’une première union et deux petits diablotins ensemble.
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