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Vie de famille

5 fake news de la parentalité

Marie Chetrit 8 octobre 2026
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Chère Fabuleuse, 

Tu le sais : il semble que quand on devient maman, le bébé débarque à la maternité avec un bon gros paquet cadeau planqué dans le dos, et paf ! Dès que tu ouvres le paquet, la culpabilité te saute dessus, se colle à la figure comme un vieux chewing-gum dégoûtant et te rentre par les trous de nez, pour s’insinuer dans ton cerveau déjà bien éprouvé par le post-partum et ne plus jamais te lâcher.

C’est alors que tu te transformes en bonne cliente pour les personnes culpabilisantes et pleines d’assurance, qui vont t’asséner de manière péremptoire qu’il faut se comporter comme ceci avec ton enfant, faire comme cela pour l’éduquer / le rassurer / lui donner confiance en lui / l’éveiller, et ne surtout jamais, mais alors JAMAIS, te comporter comme cela sous peine des pires catastrophes et de ruiner irrémédiablement l’avenir de ton rejeton et de sa descendance, sur 7 générations.

Maintenant, je suis une « vieille » maman.

Mon dernier quitte l’école primaire, et la vie m’a appris que bien des impératifs que je m’étais fixés n’avaient en fait pas grande importance. Cela m’aide à avoir désormais un sacré recul sur toutes les injonctions éducatives, incluant celles qui sont « scientifiquement prouvées ». Tu sais bien, ce post insta qui t’énonce une vérité incontestable commençant par « une étude scientifique a démontré que… ». Des posts comme celui-ci, tu peux les enfiler comme des perles et en faire des colliers d’une longueur incroyable, que tu vas ensuite porter bien serrés autour de ton cou, jusqu’à ce qu’ils t’étouffent d’angoisse.

Il y a quelques mois, j’ai rédigé un ouvrage où j’ai examiné 30 sacro-saintes vérités scientifiquement prouvées. Et, à ma grande surprise parfois, ce que je lisais sur les réseaux sociaux n’avait pas grand-chose à voir avec ce que la science racontait vraiment (la science est une sacrée bavarde, apparemment !)

Dans cet article, j’en ai choisi 5 qui me paraissent représentatives des recommandations qui pleuvent sur les jeunes mères. Je les décortique pour toi ci-dessous :

1. “La péridurale altère le lien d’attachement entre la mère et son bébé.”

Imagine un peu : tu as choisi d’accoucher avec la péridurale, si besoin, et tu lis quelque temps après un post apocalyptique d’une influenceuse en parentalité (ni sage-femme, ni gynéco, juste auto-proclamée « accompagnatrice en grossesse et naissance physiologique »). Il y est écrit que des expériences ont démontré que l’usage de la péridurale altère le lien d’attachement entre la mère et l’enfant, et en conclusion la petite phrase perfide « Fais ton choix de manière éclairée. » Gloups.

En réalité, cette croyance repose sur l’idée que la péridurale diminue la sécrétion d’ocytocine, connue du grand public comme « hormone de l’attachement », d’après une étude scientifique riquiqui et de très mauvaise qualité publiée en 1983. Des études ultérieures rigoureuses effectuées sur un nombre bien plus important de patientes ont montré soit l’inverse, soit aucun effet.

Une deuxième expérience a été largement instrumentalisée pour répandre cette croyance. Il s’agit d’une étude menée sur des brebis, animal fort peu maternant. Chez les brebis, l’injection d’ocytocine améliore le comportement maternel envers un agneau qui n’est pas le sien. Il n’en fallait pas plus pour décréter que « la science a démontré que la péridurale altère le lien d’attachement entre la mère et l’enfant. » Mais tu l’auras compris, ce n’est pas vrai, car tu n’as pas de toison en laine sur le dos.

En conclusion : accouche comme tu le souhaites. Péridurale ou non, césarienne ou voie basse, tu peux être fière de ce qu’a accompli ton corps. Toute naissance mérite d’être célébrée !

2. “Un enfant maltraité devient automatiquement maltraitant.”

Cette idée-là me tient beaucoup à cœur, car je sais le nombre de mamans dans la communauté des Fabuleuses qui ont souffert de violences de la part de leurs parents. Et c’est terrible de s’entendre dire à longueur de temps, qu’on basculera automatiquement dans la violence envers ses propres enfants, car on a été formatée pour cela par notre enfance.

Cette idée est basée sur le fait que de nombreux auteurs de violences ont effectivement vécu des enfances chaotiques. La société tout entière a donc un biais important. Mais on oublie que tous ceux qui ne reproduisent pas la violence subie sortent des radars ! En réalité, la transmission intergénérationnelle de la violence n’est pas un destin inéluctable.

Une étude britannique menée sur 4351 familles a démontré que 93,3% des parents ayant subi des violences durant leur enfance, ne reproduisaient pas ces violences sur leurs propres enfants. Inversement, parmi les parents qui maltraitaient leurs enfants, les deux tiers n’avaient jamais subi eux-mêmes de violences.

Enfin, il a été montré que les facteurs socio-économiques positifs protégeaient de la reproduction de la violence.

En conclusion : Non, tu ne deviendras pas automatiquement une mère violente si tu as toi-même été violentée. Fais-toi confiance et n’hésite pas à demander de l’aide si tu te sens perdue <3

3. “Les parents exercent une influence décisive sur le destin de leurs enfants.”

Être parent de nos jours, ce n’est pas juste nourrir et éduquer son enfant, c’est bien plus que ça : développer son potentiel intellectuel et ses qualités sociales, lui faire faire des études poussées, bref : lui assurer un bel avenir. De nombreux parents se mettent en mode « coach parental » et espèrent ainsi modeler positivement la personnalité de leur enfant. Mais est-ce vraiment possible ?

Bien sûr, en offrant à nos enfants de la compréhension, de l’amour et du soutien, on leur procure le meilleur environnement possible pour devenir pleinement eux-mêmes. Mais ça ne fait pas tout !

En 2015, une publication exceptionnelle a recensé toutes les études de personnalité réalisées sur 14 millions de paires de jumeaux. Il en ressort que la personnalité est déterminée à 50% environ par la génétique, puis par les expériences personnelles de chacun (dont les fameux copains avec qui nos enfants passent la majeure partie de leur temps), et en bon dernier, par l’environnement familial. Cela explique pourquoi des jumeaux séparés à la naissance peuvent avoir mené des vies étrangement identiques, alors que des frères et sœurs élevés par les mêmes parents peuvent être aussi différents.

En conclusion : fais des activités d’éveil avec ton enfant si tu en as envie, n’en fais pas si tu n’en as pas envie, élever son enfant n’est pas une course à la performance !

4. “L’allaitement protège les enfants des maladies et les rend plus intelligents.”

Tu as choisi d’allaiter ton bébé, ça marche plutôt bien, et l’aventure lactée se prolonge. Mais tes conditions de vie (au choix, la fatigue, les autres enfants, un problème de santé, l’envie de passer à autre chose) font que tu réfléchis à arrêter. C’est alors que ta voisine ou la sage-femme te disent : « Ah, quel dommage, vous savez que les enfants allaités sont plus intelligents et moins malades ? Ça vaut le coup de faire un effort encore quelques mois, non ? » 

Là encore, les résultats de la recherche sont plus contrastés que ce qu’on lit. En effet, l’allaitement semble diminuer le risque de gastro-entérite, d’otites et d’infections respiratoires. Mais les enfants allaités sont aussi plus souvent et plus longtemps gardés à la maison. Et l’effet protecteur de l’allaitement diminue très fortement quand on prend en compte le mode de garde des enfants.

Concernant l’intelligence, le débat est vif dans la communauté scientifique. Il a été montré que les enfants allaités avaient de meilleures performances que ceux qui n’avaient pas été allaités. Parfois, la différence atteignait 3 points de QI mesurés à l’âge adulte, parfois il s’agissait de meilleures performances à des tests de vocabulaire passés à 5 ans.

Cependant les mères qui choisissent d’allaiter sont majoritairement des femmes d’un niveau éducatif et socio-professionnel plus élevé : le niveau d’études de la mère a davantage d’impact sur le QI de l’enfant que l’allaitement.

En conclusion : allaite ton bébé si tu as envie, ne l’allaite pas si tu n’en as pas envie, ce qui compte surtout c’est l’amour et les câlins dont tu le combles !

5. “Utiliser des récompenses et des félicitations, c’est de la manipulation.”

Depuis quelques jours, tu expérimentes un nouveau système pour que ton fils jette son slip et ses chaussettes puantes directement dans le bac à linge sale, au lieu de les déposer élégamment au pied de son lit. Chaque fois qu’il va au bac à linge, il obtient une gommette et de chaleureuses félicitations, et au bout de 10 gommettes, il a droit à un petit privilège. Tes copines te disent que c’est du chantage et te montrent le compte d’un influenceur en parentalité qui pourfend ce type de pratiques. Qui croire ?

Les récompenses et les félicitations sont parfois fort décriées. Pourtant, utilisées à bon escient, elles sont très efficaces pour aider un enfant à acquérir un nouveau comportement. Contrairement à ce que l’on lit souvent, elles ne détruisent pas la motivation intrinsèque. Au contraire, elles servent de tremplin : au début, l’enfant agit parce qu’il reçoit un encouragement ou une gommette, puis, peu à peu, il intègre le comportement et n’a plus besoin de cette aide extérieure.

Bien sûr, le but n’est pas de récompenser chaque geste du quotidien et transformer toute la vie familiale en négociation permanente. Mais féliciter un enfant pour ses progrès ou utiliser un tableau à gommettes pendant quelques semaines pour installer une nouvelle habitude, ce n’est pas du chantage : c’est une technique éducative dont l’efficacité est largement documentée par des décennies d’études en psychologie !

En conclusion : n’aie pas peur de dire « bravo » à ton enfant ni de sortir quelques gommettes si elles peuvent l’aider à franchir une étape. Et si un jour il met enfin son slip sale dans le panier de son propre chef, tu pourras discrètement t’auto-décerner une gommette, toi aussi !

Voilà, chère Fabuleuse, un aperçu des sujets sur lesquels j’ai travaillé.

Le but n’est pas de décréter que tout ce qu’on lit est faux. Il est simplement de rappeler que la science est plus nuancée que les slogans qui circulent sur les réseaux sociaux.

L’éducation d’un enfant est l’une des choses les plus complexes qui soit ; nul ne peut t’affirmer que la science a prouvé la supériorité de telle pratique parentale. La seule chose réellement démontrée par la science, c’est l’impact négatif de la violence. Pour le reste, cela relève de ta personnalité et de ta liberté ! Alors souffle un bon coup, et fais confiance à ton cœur de maman !

Si tu veux plus de détails et de chiffres sur les études relatives à ces sujets (et bien d’autres !), tu peux les retrouver dans le guide anti-fake-news de la parentalité ! 

Ce que je garde de tout ce que j’ai pu lire avec avidité : les aimer et les protéger. Et cela peut se faire de bien des manières.



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Cet article a été écrit par :
Marie Chetrit

Marie est maman et belle-maman de deux étudiants et deux jeunes collégiens. Biologiste, elle travaille dans la recherche publique. Son hobby est la vulgarisation scientifique appliquée à la parentalité. Elle est l’autrice de Éducation positive : une question d’équilibre ? (2021) et du Guide anti-fake news de la parentalité (2025). Son but : aider les mamans à lâcher du lest sur leurs exigences de performance parentale, parce qu’entre ce que disent les réseaux sociaux et ce que montre réellement la recherche… il y a parfois un grand fossé ! Son blog (qu'elle juge un peu poussiéreux mais qu'on adore) : https://prgr.fr

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