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Passer du temps à deux : la recette d’un couple heureux ?

Hélène Dumont 23 octobre 2026
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« Pour réussir votre couple, prenez du temps ensemble ! » 

Les couples que j’accompagne se montrent sensibles aux messages véhiculés sur les réseaux, de « réussite » d’une vie conjugale dont le temps passé ensemble serait la recette.

Temps de qualité réguliers, week-end en amoureux et dolce vita pour « se retrouver », « se réaligner », « retomber amoureux », enfant(s) gardé(s) par de gentils grands-parents ou amis disponibles, et in fine, photos pour preuve de ce bonheur au visage éclatant. Comme si prendre du temps ensemble devait rimer avec romantisme ou escapades très régulières et extraordinaires.

S’il suffisait de prendre du temps ensemble, évidemment que tout le monde le prendrait.

Et si ce bon conseil tombe sous le sens — même ma grand-mère me l’a glissé dans le creux de l’oreille quand nous nous sommes mariés — il ne coule pas de source.

D’abord, parce que prendre du temps ensemble est une question subjective.

Il y a mille façons de le faire, et tous les couples n’en auront pas les mêmes représentations. C’est peut-être la première chose à interroger : « Pour toi, pour moi, pour nous : que veut dire passer du temps ensemble ? »

Pour Olivier, passer du temps avec Maryline se trouve dans le fait d’être ensemble mais sans forcément parler.

Il évoque le fait d’être dans la même pièce, chacun affairé dans une activité. Il se souvient également d’un temps de jardinage, lui ramassant les feuilles, elle taillant les massifs. Se sentir en présence de l’autre lui est agréable et parfois suffisant. Il complète sa description en ajoutant les temps en famille avec leurs deux enfants ou entre amis. Certes, le groupe est là, mais il se sent particulièrement heureux de les vivre avec Maryline et d’exercer sa complicité avec elle dans ces moments particuliers. Pour Olivier, en définitive, passer du temps ensemble, c’est « être bien avec », peu importe la forme, il préfère jongler de façon intuitive et en fonction des évènements plutôt que de se charger d’injonctions où « il faudrait passer du temps ensemble coûte que coûte, comme ceci ou comme cela ». La vie lui montre que parfois, le temps ensemble sera facilement pris en couple et tant mieux, parfois il en sera autrement. La confiance qu’il a dans son lien conjugal — imparfait mais bien sécure et vivant — lui permet de passer au-delà d’éventuelles frustrations et surtout de prendre de la distance avec les bons conseils.

Pour Maryline, passer du temps avec Olivier comprend deux éléments essentiels : parler et être seulement à deux.

C’est ainsi qu’elle se sent en « ensemble ». Ce qui la pousse à programmer des soirées en amoureux pour retrouver cette exclusivité relationnelle et de langage. Pour cela, elle prévoit un budget baby-sitting, s’efforce de trouver de nouveaux cafés sympas, court acheter un jeu de cartes pour couple afin d’étayer la conversation, anticipe une balade quand les enfants sont par bonheur tous deux occupés par un même match de foot, bave devant le prochain week- end de libre où les enfants seront gardés en imaginant une soirée romantique, chacun se redisant son amour. Cet « ensemble » exclusif lui permet également de mettre plus facilement ce qui la tracasse au quotidien à distance, comme si les limites entre ce qu’elle vivait en dehors de son couple et au-dedans de celui-ci étaient un peu poreuses. Il faut donc un cadre bien défini pour se sentier reliée à Olivier et s’en nourrir, s’en remplir.

En réalité, ce dont ce couple me parle, ce n’est pas tant de temps passé ensemble mais plutôt de la façon dont chacun se sent en intimité avec l’autre et de la souffrance que cela engendre quand elle vient à manquer — pour l’un, pour l’autre ou encore pour les deux. 

Double frustration

Pour Olivier, la façon d’être en intimité selon Maryline lui semble parfois exigeante ou rigide, ou pas assez simple. Il rêve de quelque chose de plus instantané, de plus léger aussi.

De son côté, Maryline a l’impression de porter la charge émotionnelle et relationnelle du couple, de se bouger seule pour organiser de « l’ensemble ». Olivier ne comprend pas : si ces moments sont sympa — et il se sent tout de même à l’initiative de certains — ce n’est pas non plus un besoin premier pour lui puisque dans sa représentation, être ensemble revêt une définition plus large.

Cela signifie que nous n’avons pas la même façon de rentrer en lien, ni la même façon de goûter ce lien quand il est là.

Dans un couple, chacun a une expérience différente de l’espace, du temps et du groupe.

  • Le salon ou le jardin offriront un excellent cadre de retrouvailles pour l’un, là où l’autre aura besoin de s’en extirper pour se recentrer et mettre à distance un quotidien envahissant.
  • 10 minutes ensemble pour l’un, suffiront pour se faire un shoot de l’autre, là ou l’autre aura besoin d’une bonne demi-heure pour se sentir comblé.
  • Être ensemble souvent sera rassurant pour l’un, là où l’autre aura besoin de plus de temps seul pour entrer ensuite en relation.

« Être ensemble » évoque nos sécurités internes,

nos peurs d’être abandonnés ou au contraire envahis et la manière dont le lien du couple peut y répondre ou au contraire les attiser.

Une sécurité interne et forte permettra de vivre les éloignements et les retrouvailles de façon plus paisible et de penser cet « ensemble » de façon ajusté, loin des injonctions médiatiques.

Le curseur sera donc bien différent d’un couple à l’autre et pourra, comme pour Maryline et Olivier, provoquer quelques frictions de temps à autre avec de nécessaires réaccordages. 

Dire que passer du temps ensemble en couple est la clé de la réussite me semble caricatural et excessif.

Car si le fait de passer du temps ensemble participe au bien-être du couple, plus encore c’est la capacité à rester reliés — amis, amants, complices, partenaires … — qui permettra au couple de préserver ce qui leur est cher.

Ainsi, il ne s’agit pas tellement de passer du temps ensemble, malgré les évènements, la fatigue, le travail, les enfants… mais plutôt de comprendre ce qui nous fait du bien pour se sentir « ensemble ». 



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants ! Elle est l'auteure du livre Terre éclose : la sexualité au féminin.
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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