Santé mentale : la détresse des mamans - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Santé mentale : la détresse des mamans

Rebecca Dernelle-Fischer 20 septembre 2020
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Chère Fabuleuse, aujourd’hui, je voudrais continuer à te parler de la santé mentale des mamans. Ou plutôt de la détresse des mamans, de la manière dont elle est entendue, quelles réponses elle reçoit et de quelle manière elle est entretenue par notre société.

La bouteille de sirop de cassis vient de glisser des mains d’un des enfants, elle s’écrase sur le sol en éclaboussant de milles gouttelettes sucrées et collantes la cuisine fraîchement lavée. Ma Fab crie, hystérique :

« Je n’en peux plus de faire la bonne pour tout le monde ».

Et on lui répond : « T’as tes règles ou quoi ? ».

Ma Fab pleure de gros sanglots le premier jour de la rentrée pour son cadet, une page se tourne, elle le sait. Mais on se demande ce qu’elle a : « Instable cette maman, vraiment trop sensible ».  

Elle soupire en passant en revue la semaine à venir, toutes les choses à faire et pense au dernier post de son amie sur Facebook : « Apprenez à dire non sans vous sentir coupable »

Et elle se sent encore plus mal : ça doit être de sa faute à elle.

Elle se lève fatiguée, conduit fatiguée, travaille fatiguée, s’endort fatiguée. Et son ado de lui lancer au saut du lit (à 11h) : « De toute manière toi t’es tout le temps crevée ».

Ma Fab raconte à sa meilleure amie qu’elle se sent vidée, au bord de l’implosion et la réponse qui revient toujours c’est :

« Oui mais c’est normal, on se sent toutes comme ça ».

Et si elle dit qu’elle a des angoisses, qu’elle croule sous une montagne de trucs à faire qu’elle ne sait même plus faire convenablement, qu’elle voit bien qu’elle déçoit tout le monde, elle a droit à « tu es trop perfectionniste » ou encore « il faut dormir quand tes enfants dorment », « essaye de refaire du sport, de la zumba, du yoga », « prends un verre de vin le soir seule, tu l’as bien mérité », « tu fais trop de lessives, de notre temps on ne lavait pas si souvent nos vêtements ».

Les conseils et explications simplistes sont aussi nombreux que les grains de sable sur la plage :

«  T’as trop de choses chez toi »

« C’est la charge mentale »

« T’as essayé les gouttes de valériane ? »

« Tu penses que la ménopause pourrait déjà s’annoncer ? »

« Prend une femme de ménage »

« Tu exagères »

« Tu les voulais, ces 3 enfants »

Reconnais-tu certaines de ces réactions ? Moi aussi.

La détresse des mamans, la détresse des papas… tant de questions non dites, et si elles le sont, combien de fois ont-ils entendu les réponses lapidaires, les explications faciles, les solutions toutes faites ?

On a posé sur les épaules des familles tout le poids de l’avenir de la société, de la planète. Tu dois éduquer des enfants pro écologie, hyper intelligents, cultivés, multilingues, polis, combatifs, qui rêvent grand, qui ont trouvé leur voie, qui mangent peu/pas de sucreries, qui portent du coton fairtrade et qui de plus SONT et seront heureux toute leur vie.

Tout le monde retient son souffle.

Les mamans, les parents d’aujourd’hui sont au centre d’une cible, et on leur tire dessus à bout portant à force d’attentes démesurées. Et les réseaux sociaux sont une arme imbattable pour mettre les familles au tapis. On cache rides, teints fatigués, larmes qui coulent à l’intérieur et tous les petits et grands défauts du quotidien. Le filtre qui embellit les autres rend mon quotidien plus terne, plus moche, et la détresse qui est vécue dans les foyers n’y trouve aucun écho.

Les parents jonglent, la société observe par le trou de la serrure :

Le boulot, les loisirs, la maison, la santé, la carrière, la famille, le sourire, les soins exfoliants, les barbecue entre amis, la maison rénovée à l’ancienne, le gâteau licorne, l’harmonie, les hauts talons, les jeans à trou, les chaussures ergonomiques… Et tout le monde participe à ce jeu délétère et fait « bonne figure ».

On entretient le mensonge de base !

C’est juste impossible, impossible de remplir toutes ces attentes, impossible d’aller tout le temps bien, impossible de tout gérer de manière cool, impossible de ne pas couler si on ne dit pas « merde » aux attentes qui nous écrasent. 

C’est comme un bataillon de soldats marchant au pas sur un pont. Toutes ces attentes et injonctions martèlent notre santé au point de la faire vaciller, de la briser. Comme ces ponts qui risquent de craquer sous les pas rythmés des soldats qui avancent. « Ne pas marcher au pas sur les ponts ». On devrait inventer une règle aussi pour les familles : « Ne pas écraser les familles sous des attentes multiples, impossibles et irréalistes ».

Parfois, on ne fonctionne plus, on n’en peut plus, on tombe malade, on a besoin d’aide. Parfois, le pont craque sous les pas qui martèlent sans répit sa structure.

« J’ai peur de devenir folle »

« Je deviens hystérique »

« J’ai des tocs »

« Je fais des crises de panique »

« Je pleure tous les jours depuis des semaines »

« Je n’ai plus plaisir à rien »

« Je bois trop d’alcool pour tenir le coup »

« Je passe de plus en plus de temps sur internet pour fuir ma réalité»

« J’ai tellement peur des microbes, je relave sans cesse les mêmes vêtements propres »

« Je n’arrive plus à conduire seule »

« Je fais des cauchemars »

« Suis-je suis normale ? »

« Est-ce qu’on m’aimera encore si je craque ? »

« Je voudrais juste dormir 3 mois »

Tous ces mots, je les entends, je les lis, je les observe… parce que quand la confiance est là, quand la personne ose le vrai, quand mon estime pour cette personne ne change pas si je sais qu’elle rame aussi, si elle me laisse voir derrière les coulisses, alors la détresse peut se dire et se faire entendre.

Alors, cette jeune maman peut murmurer entre deux sanglots :

« Je n’arrive plus à aller dormir le soir, j’ai peur de ne pas avoir tout fermé convenablement et qu’il arrive un malheur à quelqu’un que j’aime. Comment faire, Rebecca ? »

Elle est là, la détresse des mamans

« J’ai peur de devenir folle, j’ai l’impression que le sol glisse sous mes pieds, je craque et j’ai peur qu’on me prenne mes enfants si on savait comment je vais. »

Elle est énorme, la pression, elle nourrit le silence autour du mal-être psychologique. Parfois, j’entends : « Oui, j’ai ai parlé, j’ai des médicaments mais je préfère ne pas les prendre ». Comme une manière de rester forte. J’essaye de lui dire, à cette Fabuleuse, que prendre un traitement pour aller mieux, c’est être très forte.

D’autres ont enfin osé parler et se sont vues prescrire des médicaments pour faire taire la détresse, comme un lot de consolation : rien ne change pour ces femmes mais on espère que le traitement les fera fonctionner.

Cela ne suffit pas.

Tu me demanderas peut-être : « Pourquoi certains craquent ? Pourquoi est-ce que certains tombent malades ? Pourquoi moi ? ». On a tendance à chercher des réponses simples à des questions complexes. Quand la santé mentale de quelqu’un vacille, c’est dû à un ensemble de facteurs qui interagissent entre eux, des lignes qui se croisent, une balance qui perd son équilibre, un événement de vie particulier, le manque de soutien social, une fragilité interne qui s’exprime sous un stress intense…et la liste est encore longue.

La santé mentale est influencée par notre bagage génétique, notre caractère, notre environnement, nos relations avec les autres, notre vécu, la société actuelle, notre manière de réagir au stress, de comprendre et d’exprimer nos émotions, notre état général, le soutien que nous recevons d’autres personnes…

Il n’y a pas de causalité facile. Il y a une constellation de facteurs, qui interagissent ensemble : certains nous protègent, nous aident à guérir, d’autres, au contraire, nous enfoncent.

Alors pourquoi nos réponses sont-elles si simplistes ?

Parce qu’il est….

  • plus facile de dire à une femme « tu as tes règles ou quoi ? » que d’entendre que son état exprime une détresse réelle, dans une situation qui l’écrase, face à un environnement qui ne la soutient pas.
  • plus facile pour la société de faire un peu comme si « les femmes exagèrent » que de réaliser qu’on passe nos familles au moulinet en attendant d’elles d’être composées de supers humains capables de tout et son contraire, à toute heure du jour et de la nuit.
  • plus facile de répondre qu’on est tous fatigués que d’écouter une personne nous parler des traumatismes de son enfance qui ressurgissent.
  • plus facile d’écrire des livres remplis de conseils sur l’éducation des enfants que de s’asseoir à côté d’eux pour les écouter nous parler du tourbillon duquel ils n’arrivent pas à sortir.
  • plus facile de faire du bruit que d’entendre une maman dire « j’en peux plus, je n’ai même plus de joie à être avec mes propres enfants ».
  • plus facile de dire à quelqu’un « ça va aller, tu verras » que de lui laisser le temps d’aller mal, de comprendre qu’il faut du temps, un traitement adapté à sa situation, une aide professionnelle pour l’aider à guérir.

Les mamans, les parents, ont non seulement besoin qu’on entende leur détresse, qu’on la prenne au sérieux et qu’on les aide avec de bons conseils ou des boîtes de médicaments, ils ont également besoin qu’on leur offre un soutien plus global. Une intervention qui prenne en compte les aspects biologiques, psychologiques et sociétaux. On est loin du compte, mais on peut tous commencer à faire une différence dans le domaine.

Alors, tu sais quoi, ma chère Fabuleuse, je voulais te dire que ça arrive, peut-être que ça t’arrive…

Oui, parfois notre pont craque, parfois on va mal, et on a des troubles psys que l’on arrive pas à résoudre, et encore moins à résoudre seul. On est humain. Cela n’entame en rien notre valeur intrinsèque.

Tu es unique, fabuleuse, précieuse, aussi…

  • N’écoute pas leur mensonge, ne relativise pas, sois bienveillante avec toi-même, sois ta meilleure avocate, ta meilleure amie, une tendre maman pour l’enfant qu’elle aime si fort.
  • Ne néglige pas ta santé mentale et ne les crois pas. Refuse la pression, fais taire le pas des soldats, envoie-les bouler avec leurs attentes démesurées…
  • Sois importante pour toi-même, tu en as besoin, tu en as le droit… et quelque part, c’est même ton devoir :

Prends soin de toi !



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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