Ose prendre soin de ta santé mentale - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Ose prendre soin de ta santé mentale

Rebecca Dernelle-Fischer 5 juillet 2020
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Nous sommes en novembre, il neige sur le cimetière où nous attendons pour présenter nos condoléances à la famille qui vient de perdre sa fille aînée dans un accident. 20 ans. Le drame. J’arrive à la hauteur de la petite dernière de cette famille, qui tremble de froid sous les flocons de neige. La file est encore longue derrière moi.

Je prends ses mains gelées dans les miennes et lui demande :

« Tu veux mon manteau ? Ne t’en fais pas, je vais directement m’installer dans la voiture, je n’aurai pas froid. Viens par là ».

Elle fait oui de la tête, j’enlève mon vêtement et j’emballe cette jeune fille dans mon manteau, serre ses parents dans mes bras, rejoins la voiture et suis de nouveau au chaud. Rien, il n’y a rien de ce que je pourrais faire qui rendra à cette famille l’être cher perdu à jamais. Un manteau sur les épaules d’une jeune fille qui tremble c’est tellement peu au fond, et c’est pourtant déjà beaucoup.

Quand j’écris mes articles pour les Fabuleuses, quand je lis vos réactions sur Facebook et sur le blog, je réalise combien les mots qu’on écrit sont insignifiants en même temps qu’ils sont importants. Comme ce moment où j’ai glissé mon manteau déjà détrempé par la neige autour des épaules d’un être en deuil : tout ce qui reste, c’est la chaleur que j’ai laissé dans les plis de ma veste. 

Et t’écrire, c’est pour moi, un peu comme te passer un instant une tasse de thé chaud au milieu de l’automne, comme ouvrir la fenêtre dans une pièce qui manque un peu d’air frais, comme te sourire entre deux catastrophes parce qu’on se comprend :

C’est peu et c’est beaucoup en même temps.

Et quand tu partages ces articles à tes amies, je sais que tu fais la même chose que moi : « Tiens, lis ça, j’ai pensé à toi… ».

Et ces derniers temps, j’ai beaucoup pensé à toi et aux autres Fabuleuses. J’ai pu observer chez moi aussi les effets que la pandémie avait sur mes nerfs de maman.

Le confinement et le déconfinement des derniers mois a mis beaucoup d’entre nous à rude épreuve. Les nerfs ont été piétinés, les soucis multipliés, la peur a joué à cache cache avec la frustration et il a fallu s’adapter continuellement à de nouvelles “règles du jeu”. Ne parlons pas des informations contradictoires auxquelles nous sommes encore confrontés et à l’incertitude en ce qui concerne les mois à venir.

Sorry, ça sonne vraiment déprimant. Bref, comme dirait la fille d’une amie :

« L’année 2020, c’est une peu comme quand tu regardes deux fois à gauche et à droite avant de traverser la rue et que tu te prends un avion en pleine face ».

Certaines d’entre nous gèrent cette situation avec un peu plus d’aisance, d’autres ont vraiment perdu leur équilibre (qui était peut-être déjà fragilisé).

Un tel événement peut nous faire craquer ou encore agrandir les fissures de notre santé psychologique qui étaient déjà présentes.

  • On flirte avec les troubles de l’angoisse, les troubles du sommeil, les addictions, la dépression peut-être aussi…
  • On se bricole des demi-solutions, on se dit qu’on doit gérer, que ça n’est pas plus facile pour les autres,
  • On fume plus (ou de nouveau), on prend des somnifères,
  • On s’anesthésie à coup de séries télé dont on regarde quatre épisodes à la fois, etc.

Entre nous, tout cela n’est pas nouveau.

La santé mentale des mamans – des parents – est un thème important mais encore très fortement emballé dans de gros préjugés, dans la honte et le secret. J’aimerais prendre le temps, durant quelques articles, de déballer le sujet avec vous. Un petit pas à la fois.

Je pense que la première étape est de tout simplement réaliser qu’on a tendance à traiter notre santé mentale autrement que notre santé physique. Quand on va pas très bien mentalement, bien souvent, on attend trop longtemps avant de chercher de l’aide et on se met sous pression pour tout de suite aller mieux… Bref, à vouloir en sortir au plus vite, on s’enfonce dans le marais.

Mais au fond, ma chère Fabuleuse, que fais-tu quand ta vue baisse ? Que fais-tu quand ta gorge est enflammée ? Quand ton rhume des foins te torture au beau milieu du printemps ? Et si quelqu’un te parle de sa rage de dents ? Moi, tout comme toi, je cherche le médecin à consulter, je passe à la pharmacie, je prends les médicaments qui m’aident, je porte des lunettes sans avoir honte. Autant de réflexes qui nous semble naturels.

Et pourtant, là où l’on prend soin de nos symptômes physiques avec une certaine rapidité et efficacité, en comparaison, on écoute très peu nos symptômes psychiques.

On relativise un temps ou alors on a un peu honte.

  • On cache, on retouche, on se reproche de ne pas faire assez d’efforts.
  • On attend, on espère que ça va passer tout seul.
  • On s’impose des années d’insomnies, on jongle tant bien que mal avec des substances psychoactives,
  • On se dit qu’on est vraiment nul de pas gérer,
  • On se dit qu’il faut juste faire un effort et hop, on s’enfonce encore un peu plus profondément.

La souffrance psychique est une vraie souffrance, les symptômes sont différents des maladies physiques, mais ils sont là.

Tu ne diras pas à quelqu’un : « C’est pas bientôt fini, ton nez qui coule ?! »

Pourtant tu pourrais dire à quelqu’un : « Essaie de te bouger un peu, distrais-toi, arrête d’y penser, tu exagères, on a tous des problèmes dans la vie… ». Un enfant qui accourt avec son genou écorché, ça fait réagir : on plonge dans l’armoire à pharmacie, on désinfecte, on souffle pour que ça ne pique pas trop, on soigne.

Alors, pourquoi ne fait-on pas la même chose avec nos bobos internes ? Pourquoi fait-on si souvent de notre santé mentale un sujet de deuxième classe ? Pourquoi avoir honte, pourquoi cacher, pourquoi interpréter abusivement ce qu’il se passe, pourquoi se forcer à aller mieux sans aide ni soins ?

Ce premier article sur la question de la santé mentale est une invitation. C’est une invitation qui s’adresse à toi ma chère Fabuleuse. Une invitation à prendre ton bien-être mental au sérieux.

Une invitation à faire taire ta honte “d’avoir des symptômes psys”, à faire taire ta peur “d’être anormale ou folle”, à te soigner, à oser chercher de l’aide auprès de personnes professionnelles, à ouvrir tes bagages et sortir certains cailloux trop lourds.

Sache que tout comme il y a de supers traitements pour les maladies du “corps”, il y a de nos jours beaucoup de traitements efficaces dans le domaine de “l’esprit” (je l’écris comme ça, un peu en opposition, mais les deux sont aspects sont imbriqués et interagissent continuellement l’un avec l’autre).

Un manteau sur ses épaules, un manteau sur tes épaules.

Mes mots ne sont qu’un léger manteau sur tes épaules. Je ne sais pas ce que tu traverses pour l’instant, si le confinement t’a poussée dans le fossé, si la naissance de ton dernier enfant t’a laissée sans voix et avec une angoisse de mort qui te vole tes jours et tes nuits. Je ne sais pas si tu frôles l’anorexie ou la boulimie, si la dépression fait partie de ton quotidien, si des tocs t’empêchent d’agir librement, si tu bois en cachette pour te calmer…

Je ne sais pas.

Mais je t’invite à prendre ces symptômes au sérieux, à ne pas te faire de reproches pour tout cela. Je t’invite à observer un peu ce qu’il se passe et à chercher de l’aide si besoin. Je t’invite à ne pas minimiser ton mal-être, à ne pas non plus sombrer dans le désespoir. Tu n’es ni la seule à passer par là, ni une mauvaise personne si tu as des problèmes psychologiques. Tu n’es pas non plus à blâmer, et tu n’as pas besoin de tout résoudre seule.

N’aie pas honte, s’il te plaît.

Alors que je pensais que « jamais je n’aurais besoin d’une thérapie », j’ai moi-même refusé les anxios et autres médicaments qui auraient pu m’aider bien vite… jusqu’au jour où j’ai compris que j’avais besoin d’aide pour sortir de mon mal-être. Je l’ai d’abord fait pour mes filles et puis j’ai réalisé, au cours des années, combien c’était important pour moi. 

Alors, oui, j’ai pris les médicaments que mon médecin m’a prescrits et oui, j’ai entrepris un suivi psychologique qui se poursuit encore aujourd’hui. Et OUF, qu’est-ce que ça aide et soulage. En début de confinement, une de mes filles m’a demandé : « Rassure-moi maman, tu peux quand même aller voir ton psy pendant les semaines qui viennent ? » J’ai ri en lui répondant : « Oui oui, on fera des consultations par téléphone ou en visio si nécessaire ». Elle a soupiré de soulagement, et moi aussi.

Et durant toutes ces semaines, c’était d’une énorme aide de pouvoir me ressourcer auprès de mon psy, de prendre le temps de rétablir toujours et encore mon équilibre, d’être attentive à mes besoins et de prioriser en fonction de ceux-ci.

J’espère que mes mots t’encourageront à oser prendre en considération ta santé psychologique. À chercher de l’aide si tu en as besoin. Il faut briser le tabou qui nous pousse à nous cacher derrière de grande façades et des : « Ça va ? »…« Ça va ».

Et peut-être que ces mots t’aideront aussi à rencontrer les autres avec plus de compréhension, comme certaines de tes amies qui coulent peut-être en secret. Des mots comme un manteau que tu peux glisser gentiment sur leurs épaules, rien qui résolve leur problème mais un geste qui leur partage ton affection et ton soutien, si petit soit-il.



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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