Café 13

Rencontrer sa maîtresse, le stress

Chaque année, c’est la même chose : quelques semaines après la rentrée, je demande à rencontrer la maîtresse de mon grand (mon fabuleux enfant différent) pour faire le point. J’ai beau avoir déjà quelques rentrées à mon actif, force est de constater que je n’y arrive toujours pas avec le cœur léger. C’est même carrément le contraire.

Voilà le topo : tout le week-end, j’ai ruminé.

Tout le week-end, je l’ai observé, surtout pendant les devoirs. Je devrais plutôt dire : pendant l’épreuve des devoirs. Relancer son attention, le guider sans le brusquer, l’encourager sans le survaloriser. Et hier soir, dimanche, en me glissant sous les draps pour me requinquer et attaquer la semaine en forme, boule au ventre et pensées en boucle.

L’institutrice sera-t-elle à l’écoute ? Et moi, comment veiller à être aussi à l’écoute de ses observations, de ses questions ? Comment présenter les choses sans les asséner ?

Comment paraître concernée mais pas pénible ?

J’en ai trop entendu, des histoires de parents surprotecteurs et d’instit excédées par les mères poules convaincues que leur enfant est totalement hors norme…

Je tourne et vire dans le lit. Le sommeil finit par m’emporter pour quelques heures de répit. Au réveil, toujours la boule au ventre.

Je suis préoccupée et ça se sent. Peu de patience en ce lundi matin, qui donne pourtant en général le tempo de la semaine qui s’annonce. Je m’énerve trop vite sur les enfants et tombe dans mon travers quand je suis sous pression : agressive et contrôlante.

« Tu n’as pas oublié de lui mettre ses chaussettes ? »

« Tu t’es bien lavé les mains ? »

« Et la table, elle se débarrasse toute seule ? »

… Et je passe sur ma fâcheuse tendance à passer DIX fois l’éponge sur la table de la salle à manger quand je suis dans cet état…

Mon Fabuleux tente une approche :

–       Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Il y a un souci ?

–       Non…Mais je rencontre la maîtresse aujourd’hui.

–       …

–       Tu pourrais venir ? C’est à midi…

–       À midi ? Pas possible, je serai en réunion.

La suite, vous la connaissez par cœur : je lui reproche de ne jamais être là quand il faut pour son fils (notez au passage deux magnifiques erreurs de communication : « JAMAIS » et « TON fils » : décidément, en ce lundi matin, je cartonne ^^).

Résultat de cette magnifique tentative ratée ? Il parle de tout autre chose :

« Faudrait pas oublier de payer la taxe foncière, c’est bientôt la date limite. »

(Genre de remarque qui, à 7h57 le matin, a le don de me mettre en pétard…mais bon, je n’ai rien à rétorquer, je l’ai bien cherché).

Nous nous séparons devant la maison : lui part vers son bureau, moi vers l’école.

Le cœur gros. La matinée passe, et dans ma tête, les scénarios se succèdent.

  • Il perturbe la classe avec ses petits bruits bizarres
  • Les autres élèves se moquent de lui
  • Il n’arrive pas à suivre le rythme des apprentissages malgré la présence de l’AVS
  • Il est lent
  • Il a tendance à provoquer l’adulte
  • Vous êtes sûre qu’il dort assez ?
  • À la maison, ça se passe comment, les devoirs ?

Les devoirs, parlons-en !

Rien qu’en ouvrant son cahier de textes, j’ai de la peine pour lui, pauvre chaton. J’aimerais tellement qu’il puisse profiter de la fin d’après-midi pour se détendre et se remettre après une longue journée au cours de laquelle il a tellement pris sur lui pour coller à ce qu’on lui demande : rester assis, ne pas réagir à la moindre stimulation extérieure (bruit, lumière, odeur…), maintenir le rythme, décrypter les visages de ses camarades et agir en fonction. Et la liste est longue de tout ce que mon petit bonhomme doit mettre en place pour s’adapter.

Mais je sais qu’il est capable…tout comme je sais que ne rien lui demander n’est pas un service à lui rendre. Alors je fais comme toutes les mamans : j’ouvre le cahier de textes et l’aide à se mettre au travail.

Me voilà sur le trottoir devant l’école, à quelques minutes du rendez-vous. La boule au ventre est toujours là. Pourtant, j’ai essayé de penser à autre chose en partageant un café avec une collègue, de quitter mon écran des yeux pour sortir marcher quelques instants et me changer les idées, et, par la même occasion, de lunettes en regardant la situation sous un autre angle : ce rendez-vous, c’est juste une bonne occasion de faire connaissance avec la maîtresse et de lui glisser, au passage, quelques précisions au sujet de son élève afin qu’elle ait des clés en main pour une relation plus constructive et une vie de classe plus apaisée.

La pression retombe un peu. Au moment où la porte s’ouvre, j’aperçois une silhouette familière s’avancer vers moi.

Mon Fabuleux.

Moi, toute honteuse de ma scène de ce matin :

–       Je pensais que tu avais une réunion…

–       Ça s’est fini plus tôt que prévu. Je suis là.

Oui, tu es là et tu ouvres la lourde porte de l’école pour me laisser entrer. Je ne sais pas comment ce rendez-vous va se passer, et au fond, peu importe. D’un seul coup, ta présence m’a débarrassée de cette foutue boule au ventre.

Je sais qu’avec toi à me côtés, je suis plus forte.

Je n’entendrai pas les mêmes choses que toi, et toi, tu n’auras pas les mêmes mots que moi pour parler de notre fils. Alors, tandis que la porte se referme sur nous, je dis MERCI. Et je monte les marches vers cette nouvelle rencontre, vers cette nouvelle page de ma vie de mère. Ensemble, nous montons les marches vers cette étape de notre vie de parents.

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  • Myriam

    Magnifique merci.

  • Sophie

    Je ne peux m’empêcher de commenter quand je lis : « il perturbe la classe, il est lent, il n’arrive pas à suivre le rythme des apprentissages, il provoque l’adulte… » car cela me saute de plus en plus aux yeux que l’école n’est absolument pas adaptée à nos enfants, surtout lorsqu’ils sont différents. On essaye de les mettre dans un moule, de leur faire apprendre un programme alors qu’ils ne sont pas tous prêts, de les discipliner avec des punitions ou des comparaisons et ils perdent peu à peu confiance en eux. Pourquoi mettons-nous l’enfant en cause et non pas l’école ? Un enfant n’est pas biologiquement conçu pour rester assis sur une chaise pour faire des apprentissages pendant près de 6h/jour, il a besoin de bouger, de découvrir par lui-même et de façon ludique grâce aux jeux libres. Je ne veux culpabiliser personne car mes enfants sont scolarisés, mais tous les jours je pense à les déscolariser pour faire l’école à la maison et de façon bienveillante, la seule chose qui m’en empêche est l’aspect financier…

  • Perle Ardichvili

    Merci Anna,pour moi ce n’est pas la maîtresse mais les médecins.Et en enlevant le contexte de l’école et en le remplaçant à l’hôpital,l’histoire est toute pareille.Même avec mon fabuleux!
    Je ne manque pas un seul mercredi avec toi😉Merci,merci.