Je ne t’apprends rien : c’est la crise (économique / politique / sociétale / climatique…). L’anxiété fait rage, en particulier chez les mamans. Quel monde pour nos enfants ? La réponse n’a jamais été aussi incertaine — et les emballements technologiques ajoutent de la peur à la peur.
Chère Fabuleuse, la déferlante d’images te laisse-t-elle choquée, triste, impuissante et inquiète ? Te demandes-tu comment parler de l’actualité à tes enfants ?
Au début de la pandémie, j’avais reçu Paul Dewandre, qui venait de publier La parabole du kayakiste.
Six ans après, son ouvrage est plus pertinent que jamais. Selon lui, la vie est une rivière, qui comporte des courants, des rapides et des imprévus. Après la Seconde Guerre mondiale, pour échapper à l’incertitude, nous avons construit un barrage : nos sociétés ont tout misé sur la sécurité, la stabilité, la croissance économique et le contrôle. Le barrage a formé un lac tranquille, où chacun pouvait espérer vivre confortablement.
Mais le barrage se fissure… et il est sur le point de céder.
Les systèmes censés nous protéger ne garantissent plus notre sécurité. Deux attitudes sont possibles :
- s’accrocher au barrage, tenter de le réparer à tout prix et regretter le monde d’avant,
- ou accepter de quitter le lac, pour retrouver la rivière et apprendre à naviguer dans un environnement incertain.
Devenir kayakiste, c’est changer de logique : au lieu de chercher à tout maîtriser, on développe des compétences propres à la navigation : l’agilité, le courage, l’adaptation, la confiance, la coopération, la créativité…
La véritable sécurité devient alors intérieure.
À la base de sa pyramide, Maslow a placé dans les années 1940 le besoin de sécurité matérielle comme le préalable pour ensuite apprécier les relations humaines, puis envisager un accomplissement de soi, qui intervient en dernier lieu.
Cette mentalité a énormément influencé notre société d’après-guerre, qui s’est construite sur l’idée que la sécurité matérielle est la garantie du bonheur. Or les événements qui font rage sont une preuve supplémentaire du peu de contrôle que nous avons, en réalité, sur les événements.
Pourtant, nous pouvons agir. Comment ? En renversant la pyramide pour remettre nos priorités dans le bon ordre !

C’est-à-dire, en commençant par soi :
« Quelles sont mes valeurs ? Comment construire ma vie ? Comment puis-je faire en sorte de devenir plus solide intérieurement ? Quelle est la pierre que je veux mettre à l’édifice ? »
Selon Dewandre, une fois ce socle constitué, il devient beaucoup plus simple de créer des relations épanouissantes. Quant à la sécurité matérielle, elle reste bien sûr agréable, indispensable même, mais elle ne représente plus notre but premier — ce qui nous libère d’un énorme poids.
Tandis que le virus de l’anxiété ne cesse de gagner du terrain,
cette parabole me fait du bien. Et, elle me donne une image simple à partager avec mes enfants :
- La vie est une rivière.
- Jamais nos petits bras ne sauront retenir les flots.
- Par contre, si nos cœurs sont solides, nous pouvons tous attraper des rames et descendre les rapides avec agilité, et peut-être même une pointe de joie.
Je refuse de rester spectatrice de la rupture du barrage.
Je suis convaincue que les mamans sont une partie de la réponse dont ce monde a besoin. Une maman kayakiste, ce sont des enfants kayakistes… En voilà, une pensée qui me donne de l’espérance.





