Que faire de mon regret d’être mère ? - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Que faire de mon regret d’être mère ?

regret maternel
Valérie de Minvielle 5 septembre 2022
Partager
l'article sur


Dans la vie d’une mère, il y a regrets et regret. 

Certaines femmes se plaignent du carcan où les contient le fait d’être mère. Que la maternité implique le risque d’un sentiment d’enfermement, l’idée n’est pas neuve. Mais il y a une différence entre les regrets du quotidien et le regret profond d’avoir donné la vie. 

Les regrets du quotidien surgissent fréquemment dans la vie d’une mère. Ce sont ces impressions de saturation les soirs où vos trois enfants vous sollicitent en même temps à 19h alors que vous venez de rentrer d’une journée pourrie au travail et que vous rêvez d’une douche au calme, par exemple. C’est cette exclamation que pousse Sandrine pendant la séance — « Mais pourquoi j’ai tant voulu avoir des enfants ? » —, alors qu’elle doit annuler un week-end entre copines parce que son mari a une urgence dans son travail. Ces regrets-là surviennent quand les efforts sont un peu trop lourds, quand la place donnée à ton rôle de mère étouffe le reste. Ils sont précédés de joies et suivis de réajustements. Ces regrets-là, plus ou moins fréquents, font partie de l’ambivalence qui anime les sentiments de toute mère. 

En effet, la maternité remue.

C’est un chemin qui nous fait sortir de nous-mêmes en même temps qu’il nous renvoie sans cesse à notre propre relation à nos parents, que nous en soyons conscientes ou pas. C’est une aventure qui nous engage complètement.

Qu’ils prennent plaisir ou pas à vivre cette aventure, certains jeunes parents y voient un fabuleux apprentissage, une opportunité de grandir et d’accéder à un monde de beautés dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. 

Mais les voix féminines qui s’élèvent depuis quelques mois sur les réseaux sociaux disent autre chose : elles évoquent le regret d’avoir mis au monde leur enfant. 

La vie est une suite de renoncements.

Un déménagement nous oblige à faire le deuil d’une tranche de vie qu’on a vécue à cet endroit, d’objets qu’on aimait. Un anniversaire fêté — 40 ans ou 50 ans, au hasard — comporte son bouquet de deuils à faire. « J’ai du mal à me dire que je ne serai plus enceinte, j’en souffre vraiment », me dit Coralie. « Je ne supporte pas que mon corps me lâche », pleure Sonia. Coralie et Sonia auraient pu continuer à vivre leur vie en s’accrochant à la nostalgie des plaisirs vécus avant. Mais elles ont choisi d’en chasser l’amertume et sont venues toquer à ma porte pour se mettre au travail. Un travail… de deuil.

Quel deuil est impossible à faire pour celle qui regrette d’avoir mis au monde des enfants ? 

A-t-elle la sensation que la charge éducative l’oblige à renoncer à vivre ce qui compte vraiment pour elle ?  Est-elle devenue esclave de son enfant ou de son rôle de parent ? A-t-elle peur de devoir renoncer, en devenant mère, à être femme ? Devant la responsabilité de cet enfant, se sent-elle paralysée par un sentiment d’impuissance ou une terreur de souffrir au cas où il lui arrive malheur ? A-t-elle l’impression de devoir se priver de toute insouciance en devenant responsable d’une autre vie que la sienne ? 

Et si ce n’était pas vraiment cet enfant qui la prive de liberté, mais plutôt ce que cet enfant vient réveiller de son histoire à elle ? 

Clara souffre de devoir s’occuper de ses enfants exclusivement car son mari, médecin urgentiste très mobilisé par son travail, est peu présent à la maison. Elle se sent empêchée de travailler par sa vie de famille et me dit : « Mes enfants me pourrissent la vie ». Cela ne l’empêche pas de les aimer de tout son cœur. Mais elle sent qu’elle nourrit une rancœur contre eux et souhaite ne pas laisser ce sentiment abîmer ni la relation, ni ses enfants directement. C’est une des motivations qu’elle expose en toquant à la porte de mon cabinet. Nous découvrons ensemble qu’elle a renoncé il y a bien longtemps à un rêve qu’elle avait, et que ce renoncement-là est toujours douloureux, aujourd’hui. Si nous étions dans le cadre d’une thérapie, je lui poserais des questions sur la relation à sa mère quand elle était enfant. 

La maternité fait revenir à la surface les traces que chaque mère porte en elle, de la petite fille et de la jeune fille qu’elle a été. Ces traces sont parfois celles de blessures profondes et pas toujours conscientes. 

Parler de son regret, pour quoi ?

Pour lever un tabou et permettre à d’autres femmes qui se reconnaissent dans ces témoignages de se sentir moins seules et de vouloir faire quelque chose de leur regret ? D’accord.

Mais clamer ses regrets sur les réseaux sociaux, au nom d’une liberté assassinée, non. Exposer ce regret à tous, qui plus est à son enfant, me semble une violence pour lui. Comme un secret se transmet de façon inconsciente, l’amertume se diffuse dans la trame de la relation. Elle est reçue par l’enfant, quel que soit son âge, comme un rejet. Par ailleurs, celle qui vit ces regrets est confrontée à l’émergence d’aspects de soi qu’elle rejette et qui nourrissent des émotions lourdes, comme la culpabilité, par exemple.

Il est de la responsabilité de chacune de s’occuper de ce qui a été blessé chez elle. 

À toi, mère qui regrette de l’être devenue : au lieu de porter en toi les renoncements faits avec la maternité, interroge cette soif de liberté qui ne pourrait s’épanouir que sans enfants, utilise tes ressources, celles dont tu ne connais presque rien, pour embrasser ta vie dans d’autres conditions, t’épanouir différemment de ce que tu avais imaginé.

Découvrir que tu peux vivre une vie de femme libre tout en étant mère, trouver comment le réaliser : c’est peut-être le cadeau derrière la galère.



Partager
l'article sur


CHÈRE FABULEUSE
La mail des Fabuleuses
Les aléas de ta vie de maman te font parfois oublier la Fabuleuse qui est en toi ? Inscris-toi ici pour recevoir chaque semaine le meilleur du blog des Fabuleuses ! Une piqûre de rappel pour ne pas oublier de prendre soin de toi, respirer un grand coup et te souvenir de ton cœur qui bat. C’est entièrement gratuit et tu peux te désabonner à tout moment.


Cet article a été écrit par :
Valérie de Minvielle

Psychologue clinicienne, Valérie de Minvielle fonde après 20 ans d'expérience professionnelle "Ma Juste Place", une méthode d’accompagnement personnalisé pour les femmes qui veulent se sentir à leur juste place dans leur vie de couple, en tant que mère, et dans leur vie professionnelle et sociale. Elle est également l'auteur de "Trouver ma juste place - dans le quotidien de 7 femmes inspirantes" paru en janvier 2020.

https://www.majusteplace.com/

> Plus d'articles du même auteur
Les articles
similaires
Je souris en repensant à ces années
bip-bip-bip, il est 7 heures 15. J’éteins mon réveil. Je me lève, je vais à la cuisine préparer mon café.[...]
La bonne ou la mauvaise mère
Un sentiment d’écrasement s’empare souvent de moi lorsque je contemple ce qu’est devenue ma vie depuis que je suis mère,[...]
Honorer les mamans au front
Chère Fabuleuse, permets-moi de commencer cet article par une citation qui a modelé mes échanges avec les autres, surtout quand[...]
Conception et réalisation : Progressif Media