HB - retomber amoureuse

Peut-on retomber amoureuse de son conjoint ?

« Je me sens seule, il ne me regarde plus. Je suis épuisée de vivre à ses côtés où il ne se passe plus rien. D’ailleurs, je n’ai plus de sentiments. Pensez-vous que l’on puisse retomber amoureuse de son conjoint ? »

Énoncées le visage tendu, ces paroles de Fabuleuses m’ont été confiées de nombreuses fois.

Une question pas facile, angoissante et exigeante :

Comment se projeter sereinement dans un avenir à deux quand l’encéphalogramme amoureux ne répond plus ? Comment ne pas se laisser courtiser, de façon sous-jacente, par la question de la séparation, sans pour autant la désirer ?

  • On pourrait accuser la routine, la paresse, le rythme infernal de nos journées chargées.
  • On pourrait se blâmer de passer beaucoup trop de temps sur nos écrans, accuser nos familles et belles-familles d’être à l’origine de bien des maux, ou encore regretter les tabous et les conflits laissés consciencieusement sous le tapis.
  • On pourrait pointer du doigts ce que l’on n’a pas su faire pour entretenir la flamme et se regarder partir chacun de son côté.
  • On pourrait dénoncer l’alchimie hormonale et ses trois ans d’efficacité. Au-delà de cette date, nos sentiments seraient périmés.

Oh ! Nous pourrions trouver tant de choses rationnelles pour expliquer l’éloignement amoureux ou le vague à l’âme de la petite flamme. Et si ces derniers points évoqués ne facilitent pas le désir de l’autre et le maintien du lien, on constate assez vite que, bien souvent, les raisons profondes sont plus complexes et très intimes. Il se joue en effet dans le lien amoureux bien des choses de notre histoire personnelle et familiale qui nous ont poussé à choisir cet autre et à faire un « pacte » avec lui :

« Révèle moi à moi-même ! »

La question est délicate.

  • Comment révéler à soi la personne que l’on aime, ou encore se laisser révéler par son aimé, sans prendre le risque de « titiller » son intimité ?
  • Comment grandir ensemble de façon sécurisante sans un brin de routine ?
  • Comment accepter de bâtir son amour sans toujours éprouver un émoi passionnel ?

Tout d’abord, il s’agit de prendre conscience que l’amour n’est pas le sentiment. Penser que l’amour romantique confirme l’attachement est une condition nécessaire, bien souvent première, mais non suffisante. Sur le long temps de notre histoire conjugale, il y a aura des hauts et des bas, du pétillant orgasmique et de l’ennui profond, ainsi que tout un panel de nuances émotionnelles et sentimentales entre les deux.

Ce que nous pouvons interroger, c’est le besoin d’éprouver l’amour au niveau sensoriel comme un besoin de se sentir vivante : « Pourquoi ai-je besoin de me sentir transportée pour être bien certaine de mon amour pour l’autre ? » Et à contrario : « Pourquoi le calme amoureux me dérange ou m’affole-t-il ? ».

En quoi cela vient-il interroger vos croyances et votre histoire ? Sauriez-vous y répondre ?

Je dis souvent aux couples que j’accompagne que si nous étions habités par nos sentiments amoureux en permanence, nous serions fatigués. En effet, le filtre amoureux rend joyeux mais inquiets, agités, un peu fou, tout en biaisant notre rapport à la réalité ! Alors, s’il est bon d’être amoureux, de vibrer à cette occasion, il est tout aussi bon de se poser auprès de l’autre avec confiance et apaisement, sans jeux de séduction ou sans le désir de sentir son cœur palpiter.

Être juste là. Ensemble.

Avec ces mouvements d’éloignement et de rapprochement qui caractérisent le lien à l’autre. Il s’agit ensuite de faire un état des lieux de notre lien amoureux, comme si l’on revisitait une maison afin d’établir la liste des petits ou des gros travaux :

« Quelles sont les choses à revoir, à classer ou à ranger ? Peut-on revisiter nos tabous ? »

Bien souvent, si nous avons tellement peur d’ouvrir les portes de ces réflexions à deux, c’est que nous connaissons l’exigence de cet exercice. Nous savons que nous allons devoir regarder sans tricher les blessures plus anciennes que nous n’avons jamais vraiment colmatées. L’autre m’aimera-t-il toujours si je lui montre ma vulnérabilité ? Et si je grandis, si je dépasse mes peurs, si je deviens plus forte, m’aimera-t-il encore, lui qui aimait tant me consoler ?

Regarder enfin nos routines conjugales :

« Quelles sont celles dont je ne peux me passer et qui me sécurisent, comme ce baiser en bas de l’escalier qui me signifie chaque matin la présence de mon conjoint, et celles qui alourdissent notre relation et émoussent notre désir, comme pourrait l’être ce même baiser ? » Qu’en est-il de votre conjoint : partage-t-il votre avis ?

La routine, c’est comme un « package » : ça va avec. Ça alourdit mais ça étoffe et ça rassure. C’est ainsi que bien des couples ne voudraient perdre, pour rien au monde, cet ensemble familial, social et professionnel qui contient leur amour et au-delà, leur vie.

En prenant le temps de parcourir ces interrogations intérieures et de vous les partager, le lien entre le passé et le présent deviendra plus clair et vous aidera à penser un avenir meilleur, tout en dégageant les fils entremêlés de ce qui vous appartient et de ce que vous devez laisser partir. Peu à peu, les rancœurs se draineront et laisseront émerger une connaissance personnelle et mutuelle plus juste et plus fine.

Cet échange est également source d’une grande richesse et développe l’empathie conjugale. En racontant mon histoire, en confiant mes émotions et questionnements, j’accepte de me laisser visiter par celui avec qui j’ai choisi de partager ma vie. Inversement, il s’agira ensuite de se déplacer chez lui pour une meilleur compréhension de son monde.

Au fur et à mesure de ces exercices, vous dégagerez un peu de place en vous-même. Alors, le désir pourra s’y loger de façon nouvelle, il reviendra sur la pointe des pieds, avec la discrétion d’une main posée sur une épaule, la délicatesse d’une parole bienveillante ou d’un baiser.

Oui, pour que les sentiments reviennent de façon paisible il vous faut un cœur désencombré. Pas un cœur naïf, tout beau, tout propre, mais un cœur qui cherche à se remplir de vos imperfections, sans avoir peur d’en être écrasé. Un cœur suffisamment vide pour s’y asseoir de temps à autre, comme un rendez-vous avec vous-même, avec la conviction que cette solitude bienveillante ne sera pas un abandon.

Alors « peut-on retomber amoureuse de son conjoint ? »

Parce que nous sommes deux, le pari est difficile à relever et la réponse de l’autre ne peut vous appartenir, j’en suis bien consciente. Nous ne bougeons pas toujours en même temps et les désirs sont parfois bien lointains, mais il ne tient qu’à vous d’essayer et de souffler patiemment sur les braises de ce qu’il reste de vos amours tourmentées.

Tu as aimé ce texte ? Va lire cet autre article d’Hélène Dumont sur un sujet central de la vie de couple : les SMS !

Et si tu veux être encouragée chaque matin par une pensée motivante, inscris-toi juste ici :

HB-article-lettre qui illumine

profil-helenedumont2-chroniqueuse

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle garde l’intuition que celle-ci ne peut être pensée sans la présence du masculin. Elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !

conseilconjugaletparentalite.com

Je partage sur Facebook