HB - article HUM aidante tour faire

Non, je ne peux pas tout faire

Il y a quelques années, mon ostéo, après m’avoir remis les cervicales en place pour la énième fois, m’avait fait cette sortie :

« Vous savez comment on appelle ces douleurs cervicales ? »

« Euh… Le syndrome de la femme-qui-en-fait-trop ? »

« Non. Le syndrome d’Atlas. »

Une rapide recherche sur Wikipédia avait permis de rafraîchir mes cours de mythologie grecque. Atlas est un Titan qui apparaît dans plusieurs légendes de la mythologie grecque. Après avoir participé à la révolte des Titans, il se voit condamné par Zeus à porter pour l’éternité la voûte céleste sur ses épaules.

Je me suis répétée cette phrase en boucle :

« Il se voit condamné par Zeus à porter pour l’éternité la voûte céleste sur ses épaules. »

Cette expression “voute céleste”, avec son côté poétique, m’a beaucoup plu.

Ma voûte céleste, c’est

  • mon quotidien
  • ma vie de famille
  • mon enfant différent
  • les trésors de patience dont je dois faire preuve parfois pour qu’il accepte simplement de se déshabiller seul
  • … (je te laisse compléter la liste en fonction de la personne que tu es amenée à aider au quotidien : ton enfant malade, ton conjoint en burn-out, ta maman vieillissante…)

J’aime cette image. Mais suis-je condamnée par qui que ce soit à la porter sur mes épaules ?

Je ne suis pas un personnage de mythologie, soumis à une quelconque fatalité, à une sorte de “punition”. Pourtant, cette fatalité et cette punition sont deux notions – mortifères – qui pèsent sur nos épaules, nous, mamans fabuleuses qui sommes “aidant familial” (de notre enfant différent, de notre conjoint malade, de nos parents vieillissants…) .

Ce poids du destin, ces erreurs et ces punitions, que l’on retrouve partout dans les aventures des dieux et héros grecs qui ont accompagné mon adolescence et mes études de littéraire, j’en ai toujours eu horreur.

Et aujourd’hui, encore plus. Car cette idée de fatalité et de punition m’enlève ma propre responsabilité : celle de traverser au mieux, du mieux que je peux, cette particularité de la différence qui singularise ma voûte céleste.

Peut-être que la maladie de ton enfant, tu as du mal à la voir comme autre chose qu’une punition. Peut-être que le handicap psychique de ton conjoint, tu la vois maintenant comme une fatalité. Ou que le vieillissement de tes parents qui te tombe dessus, tu as du mal à le voir comme autre chose qu’une charge supplémentaire.

Alors voilà. Depuis plusieurs années, j’ai appris à choisir ce que je porte, ce que je ne veux pas porter et ce que je ne peux tout simplement pas porter.

J’ai appris à construire et à composer ma voûte céleste.

Ma voûte céleste, ce sont ces moments partagés avec mes loulous, pas mon énergie gaspillée à anticiper sur tout et à stresser sur tout.

Je dois donc, au quotidien, choisir que certaines choses n’en font pas partie.

Dernier exemple en date : les trajets pour conduire mon fils à certains rendez-vous pour sa prise en charge.
Pendant plus de trois ans, j’ai effectué deux heures de trajet au rythme de deux fois par semaine. J’étais épuisée. Au bout du rouleau. J’en suis même venue à maudire mon fils intérieurement.

Mais rien qu’à l’idée de me décharger sur quelqu’un d’autre – une aide ménagère ou un taxi – et je me retrouvais engluée dans la culpabilité.

« Mais quelle mère ferait ça ? »

Et puis, j’ai accepté : j’ai accepté de revenir à ma place de mère et de gérer en priorité les choses relevant de ce rôle-là, pour laisser à quelqu’un d’autre prendre en charge ce qui est dans son domaine de compétence. Ainsi, depuis un an, je n’ai plus qu’un seul trajet de deux heures à honorer chaque semaine. Pour l’autre trajet, c’est un taxi qui emmène mon fils.

Cette décision fut un vrai cap à passer, mais elle m’a permis une prise de conscience : j’ai beau avoir une grande responsabilité au quotidien, je ne suis pas responsable de tout.

Non, je ne peux pas tout faire.

Et toi, fabuleuse « aidante » de ton enfant, de ton conjoint, de ta soeur ou de tes parents, tu ne peux pas tout faire non plus.

En tant que maman aidantes, nous avons certes une lourde charge à assumer, mais personne n’a jamais dit que nous devions absolument tout gérer nous-mêmes, ni que nous devions le faire parfaitement.

Personnellement, cette prise de conscience m’a permis de plus choisir mon quotidien, de moins le subir, d’en reprendre toute la responsabilité, mais rien que la responsabilité ! Elle m’a aussi permis de sortir d’une forme de toute-puissance, négative pour moi, mon conjoint et mes enfants.

Chère Fabuleuse, toi qui es “aidante” de ton enfant, de ton conjoint ou de tes parents : non, tu ne peux pas tout faire.

HB-article-lettre qui illumine

profil-anna-chroniqueuseDepuis plus de 10 ans et après une école de journalisme, Anna Latron met sa plume au service de l’information en collaborant à plusieurs magazines, sites et radios. C’est en réalisant un dossier sur l’imperfection heureuse qu’elle rencontre Hélène Bonhomme dont elle est aujourd’hui collaboratrice, notamment pour le programme de formation continue du « Village » et la rédaction en chef du blog. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans et après avoir traversé un cancer, Anna débarque dans l’univers de la maternité il y a 7 ans en devenant maman d’Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Une confrontation à la différence qui met cette jeune maman face à un défi : accepter les limites de son enfant, mais surtout les siennes, en choisissant la voie de la liberté ! Quant à Aymeric, le petit frère d’Alexis, c’est un fabuleux bêtisier de 3 ans qui pousse sa maman à persévérer dans l’acceptation de sa propre imperfection !

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  • Myriam

    Je remercie mes parents qui m’ont toujours appris à demander l’aide, à oser dire je suis fatiguée. Pour ma belle mère ça ne se fait pas de prendre soin de soi… Moi ça m’a sauvé la vie et me permet d’avoir de la joie dans mon quotidien de maman de 7 enfants dont un différent…. Les joies et les peines sont partagées… Ma Maxime… « La vie est belle quand elle est partagée »

  • 3 kleine grenouilles

    Merci pour cet article ! Je suis aidante de ma plus jeune fille qui souffre d’une maladie orpheline. Je ne suis pas dans la culpabilité mais dans le sacrifice de soi (ce n’est pas mieux ! 😉 ). Pour que ma fille ait la meilleure prise en charge et soit la plus heureuse possible (ainsi que son frère et sa sœur), j’ai sacrifié mon envie de reconversion professionnelle et je vis avec mon mal du pays (nous vivons en Allemagne depuis plusieurs années et la France me manque).

  • Bonjour ! Merci pour ton témoignage. Je t’invite à nous l’adresser par mail à l’adresse contact@fabuleusesaufoyer.com
    Merci !!

  • Esther Myriam Veltz

    MERCI !
    Allez je poste un commentaire ici ; j ose .
    Comme je me retrouve dans ces differents articles qui parle de l aidant ou du fait d avoir un enfant different .
    Apres 5 ans d errance face a un enfant qui m a interpellé j ai enfin chercher de l aide il y a un an contre l avis de mon mari ( dans un certains deni )
    Et comme ca fait un bien fou d avoir une ecoute et de l aide et un diagnotic !!
    Demander toute un apprentissage !