Le courage de demander pardon
Dans la vie, on blesse parfois sans le vouloir : un mot de trop, une phrase maladroite, et la relation se fissure. Demander pardon ne va pas de soi. Parce qu’on ne sait pas comment s’y prendre. Par fierté. Parce que le pardon ressemble parfois à une injonction de plus. Dans ce texte, la psychologue Rebecca Dernelle-Fischer nous invite à ne pas nous excuser à tout bout de champ… sans pour autant passer à côté des bienfaits du pardon — ce petit acte courageux qui peut tout changer.
La maladresse
C’était il y a quelques semaines.
En répondant à une amie, j’ai dérapé sans le vouloir. Des mots blessants que je n’aurais jamais dû formuler. Le genre de mots qui partent trop vite, sans qu’on ait le temps de les rattraper.
Sans m’en rendre compte, j’avais appuyé sur la gâchette. Trop tard. La balle avait atteint son cœur, à bout portant.
À la réaction de mon amie, j’ai vite compris mon erreur.
Alors, au lieu de me braquer, de me justifier, de faire comme si de rien n’était, j’ai choisi de faire un pas en arrière. De réfléchir… et de demander pardon.
« J’aimerais te demander pardon. Ce que j’ai dit était injuste. J’aurais dû faire plus attention à mes mots. »
Ce que j’ai vécu ensuite m’a profondément touchée.
Au lieu de nous perdre dans un ping-pong d’arguments et dans un échange défensif, nous nous sommes retrouvées dans la même équipe. Car en accueillant ma demande de pardon, mon amie nous a permis de nous rapprocher. Peut-être même un peu plus qu’avant.
Malgré mon erreur, malgré cette petite tempête qui nous avait toutes les deux ébranlées, notre relation a retrouvé toute sa force.
Mon cœur avait retrouvé sa paix.
Ce que ce moment m’a appris
Si je t’écris, ma chère fabuleuse, ce n’est pas pour te donner une leçon. Ce n’est pas non plus pour t’encourager à t’excuser de tout et de rien, à longueur de journée, au point de ne plus savoir vraiment ce qui relève de ta responsabilité.
Si je t’écris, c’est parce que ce jour-là, quelque chose de marquant s’est passé.
J’ai été épatée par le pouvoir de ce petit acte anodin. Par l’apaisement provoqué par le simple fait de demander pardon à mon amie.
Et de l’entendre me dire en retour : « j’apprécie ta demande ».
Alors j’avais envie de te partager ça, ma chère fabuleuse, comme on partage une bonne recette de cuisine ou un remède de grand-mère.
Avec la conviction que ce sera simple, efficace, bon et libérateur.
Pourquoi c’est si précieux
Dans notre culture du « je ne vais quand même pas m’excuser ! », demander pardon reste malheureusement impopulaire. On craint d’apparaître faible. On se justifie, on reporte la faute sur l’autre.
Et pendant ce temps, des liens familiaux, professionnels ou amicaux se détériorent doucement, dans des pardons non formulés et des conflits non résolus.
Comme le dit la psychologue Harriet Lerner : « Parfois, l’absence d’excuses blesse davantage que la faute elle-même. »
Alors j’ai réécouté des podcasts sur le sujet, relu des articles et des livres. Et j’ai découvert combien demander pardon est un acte courageux. Un chemin parfois inconfortable mais… mais qui guérit, qui répare, qui reconstruit ce que l’on croyait brisé à tout jamais.
Et si nous commencions à demander pardon?
Si tu me lis, chère Fabuleuse, le courage ne te fait pas peur. Tu cherches à être responsable de tes actes. Tu veux construire sur le long terme et tu sais ce que cela implique, même si le chemin est parfois épineux.
C’est exactement ce dont nous allons avoir besoin, pour être capables de demander pardon aux autres.
Alors j’ai un rêve : que notre communauté devienne pionnière de ce petit geste trop rare. Que le pardon devienne contagieux et change, doucement, des vies entières.
Le guide fabuleux du pardon réussi
Je t’ai donc concocté un petit guide, inspiré d’Harriet Lerner (« Why won’t you apologize ? ») et de Gary Chapman (« Les langages de la réconciliation »).
Je parle en “je”, orienté vers la douleur de l’autre.
« J’ai freiné trop tard, j’ai abîmé votre voiture, je vous demande pardon. » (Eh oui, avant de remplir un constat et de prévenir les assurances, on peut aussi présenter ses excuses !)
Je fais court. Plus j’explique, moins mes mots ont d’impact. La sobriété est une forme de respect.
Je m’arrête avant de dire “mais”.
« Pardon mais tu étais insupportable » n’est pas une excuse, c’est une attaque déguisée.
Je bannis le “si”. Ce petit mot a l’air inoffensif mais il agit comme une bombe.
« Je te demande pardon si mes mots t’ont blessée », revient à dire : « Ce n’est quand même pas de ma faute si tu es trop sensible ».
Je ne minimise pas. Je ne surjoue pas non plus. Une excuse se dose comme une vinaigrette : avec justesse.
J’accepte l’inconfort. L’Autre a le droit d’exprimer sa colère. Mais une écoute défensive ne résout rien. Si besoin, je fais une pause, et je reprends la discussion plus tard.
Je reconnais ma part, et celle des autres. Demander pardon ne veut pas dire tout accepter.
Je répare, et je m’engage à ne pas recommencer. Les mots sont essentiels, mais ils ne suffisent pas. Je peux aussi demander : « Qu’est-ce qui pourrait t’aider ? »
Je laisse du temps. Parfois, l’autre n’est pas prête à accueillir mes excuses. Je respecte son rythme sans rien forcer. Si la personne a besoin de distance, je patiente.
Je ne demande pas pardon pour être consolée. C’est l’autre qui compte.
Demander pardon, c’est une danse à deux, dit encore Harriet Lerner.
Il faut essayer d’écouter, d’ajuster, et d’avancer pas à pas.
La force du pardon
Oser s’excuser, c’est prendre un chemin de traverse, parfois escarpé et difficile, mais toujours plus riche.
Avoir l’audace de le faire, c’est cimenter les fissures dans nos relations, en renforcer les fondations, et faire entrer la lumière dans les recoins les plus sombres, avec toute la force de notre humanité.
Et si, finalement, demander pardon n’était pas une faiblesse… Mais l’une des plus belles forces que nous puissions cultiver ?





