La magie de Noël se cache dans les petites choses, partie 2 : Noël en phase d’approche - Fabuleuses Au Foyer
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La magie de Noël se cache dans les petites choses, partie 2 : Noël en phase d’approche

Agathe Portail 12 décembre 2023
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Mille manières de fêter Noël, mille tranches de vie à croquer, mille paillettes à lancer au firmament ! Cette année, chère Fabuleuse, nous te proposons d’explorer à la manière Fab ces petits symboles et objets emblématiques de la magie de Noël. Retrouve chaque jour sur nos réseaux sociaux la suite des aventures d’Aurélie, maman de Zazar et Louna, Alice, maman d’Axel et Zélie, celles de Soraya, maman de Fanta, qui vient d’accoucher de Noé et celles de Nicole, qui passera Noël toute seule cette année.

Retrouve les premiers épisodes ici.

1- Rouge Noël

Cette année, Nicole n’a aucune envie de faire le moindre effort pour donner à son appartement un petit air de fête.

C’est la première fois que tous, elle dit bien tous ses enfants et petits-enfants passeront Noël Dieu sait où.

Dans les belles-familles, en Erasmus, au fin fond de la Norvège, comme s’il ne faisait pas assez froid ici. Tout le monde s’est donné le mot et personne ne s’est posé la question de la vieille mamie, pas si vieille d’ailleurs, qui ne recevrait aucune visite entre le 23 et le 27 décembre. Elle est « vénère » comme dirait Mathéo. Pourtant elle s’interdit de leur envoyer des messages passifs-agressifs dans le style « Cette période me rappelle tout le mal que je me donnais pour décorer la maison, emballer les cadeaux, cultiver la magie de Noël pour vous, mes enfants chéris, la prunelle de mes yeux ». Elle se refuse à tomber dans le cliché de la Tatie Danielle. Ils font leur vie, c’est le cours des choses.

Plutôt que de se morfondre devant sa baie vitrée, elle va aller se promener, tiens.

Hop, elle attrape son bonnet, son cabas à roulettes et son gros manteau matelassé. En bas de son immeuble, elle voit rouge. Non, ce n’est pas la colère qui l’éblouit, mais bien la débauche de nœuds cramoisis accrochés au sommet des lampadaires, le tapis en feutre vermillon déroulé sur le trottoir jusqu’à une cabane en faux rondins. Là, un homme en rouge attend que des enfants terrorisés soient déposés sur ses genoux pour la traditionnelle photo avec Papa Noël. Plus Nicole progresse en direction de son petit Radimarket, plus elle doit cligner des yeux pour faire face à l’agression de rubans carmin, boules grenat, rideaux pourpres accrochés dans les vitrines, joues vermeilles, éclairage public rougeoyant.

On se croirait chez les Bolcheviks, songe-t-elle exaspérée en entrant dans le magasin bondé.

C’est amusant tout de même que la couleur emblématique de Noël soit aussi celle de la colère. Ne dit-on pas « rouge de colère » ? Elle bouillonne intérieurement face à l’étalage indécent de foies gras sous vide, de saumon au rose suspect, encore un coup des colorants industriels, et tout à coup, face au rayon boucherie, devant l’alignement parfait des boudins blancs, elle fond en larmes. Ça lui rappelle les dîners de fête avec ses petits, quand leur père était encore un bon mari. En réalité, elle n’est pas du tout en colère. Elle est simplement triste. Horriblement triste. 

— Donnez-m’en deux, s’il vous plaît. Et pas à la truffe, au piment d’Espelette et tous ces chichis. Deux boudins blancs, bien blancs, nature. 

Elle achète aussi une demi-bouteille de champagne,

parce que c’est toujours plus sage qu’une grande bouteille de mauvais pétillant, et elle claudique jusqu’à la caisse, celle avec une vraie humaine derrière, à qui dire bonjour et merci. Ça fait déjà deux mots échangés dans la journée, ce qui vaut bien quelques minutes d’attente supplémentaire. La pauvre caissière est affublée d’un ridicule serre-tête rouge surmonté de bois de rennes en feutrine. Personne n’échappe à cette épidémie. Mais Nicole n’est plus gonflée d’amertume, elle l’a laissée s’échapper entre le rayon foie gras et le rayon charcuterie. Elle a même une petite idée derrière la tête, qui la réjouit. Alors elle sourit, et elle tend le bras pour attraper un sac en papier verni. Rouge écarlate. 

2- Mon beau chalet

Dans la voiture qui ramène à la maison sa femme et son fils, Driss regrette de ne pas avoir emporté de boules Quiès. Le minuscule Noé est petit par la taille, mais pas par la voix qu’il pousse haut et fort dans son petit couffin. Soraya ne cesse de se retourner et de tendre le bras par-dessus son dossier pour caresser le front violacé de son nouveau-né qui s’agite avec vigueur dans son nid d’ange.

Ça lui donne chaud de hurler comme ça, murmure-t-elle, les larmes aux yeux. Au prochain feu rouge, je passe derrière.

— Tant que ça lui cloue le bec, répond Driss, je suis prêt à faire sauter tous les points qui restent sur mon permis. Hein, mon petit gars, tu nous en mets plein les oreilles !

Malheureusement, par un hasard farceur, tous les feux restent verts et la voiture avance sans ralentir à travers les rues enneigées de Saint-Étienne. 

Essaie la musique, propose Soraya, ça calmait Fanta quand elle était bébé.

Dubitatif, Driss allume la radio et cherche de la main gauche une fréquence plus adaptée que Skyrock.

Activ Radio, impeccable. Aussitôt le flash info terminé, couvert en grande partie par les vagissements de Noé qui se demande probablement à quoi rime cette valse au rythme des ronds-points et des carrefours, une mélodie de saison s’élève dans l’habitacle.

— Pitié, pas Tino Rossi, gémit Driss, prêt à changer de station.

Attends, laisse, ça lui plait, à Noé ! intervient Soraya. Et ce n’est pas Tino Rossi, c’est Hugues Auffray. 

La magie du vieux chant helvétique opère tout doucement.

« Là hauuuut sur la montagneu, l’était un vieux chalet… » Sur la banquette arrière, le petit Noé ouvre grand ses yeux flous, puis se met à dodeliner de la tête, plus ou moins en rythme, avant de laisser tomber ses paupières tout doucement et de s’endormir. 

— Ça marche, ça marche ! se réjouit tout bas Soraya. C’est vraiment un bébé de Noël, cet enfant, je te parie que Petit Papa Noël et Mariah Carey fonctionneront tout aussi bien.

— Restons-en au chalet pour l’instant, ma chérie, sinon je vais faire une overdose de grelots. 

Une fois la voiture garée au parking et la porte de l’appartement ouverte, Soraya éclate de rire, ce qui fait sursauter Noé dans ses bras. 

– Fanta ! Ma parole, tu n’as pas fait les choses à moitié !

Chaque mur de leur pièce de vie est recouvert de palettes sur lesquelles Fanta a punaisé des branches de sapin glanées dans les haies du lotissement voisin. Un vieux rideau brun tendu entre le plafonnier et le haut des palettes figure un toit en pente sur lequel l’adolescente a collé des centaines d’étoiles dorées.

Quand on n’a pas de fric, on a des idées, sourit Fanta, ravie. Alors, il en pense quoi, Noé, de notre ambiance chalet ?

Soraya et Driss échangèrent un regard malicieux avant de répondre d’une seule voix : 

— Il a-dore !

3- On l’appelait Nez rouge

— Aaatchoum ! éructe Zazar avant de se moucher avec fracas. Oh, maman, c’est tellement nul d’être enrhumé à Noël, je ne vais pas sentir le goût du chocolat…

Aurélie hoche la tête avec gravité et se penche sur Zazar qui frissonne dans sa robe de chambre. 

— Mon bonhomme, il me semble que c’est un peu plus ennuyeux qu’un rhume. Laisse-moi appeler madame Rombiasse, je vais te garder à la maison. Si tu restes bien au chaud, ta grippette va partir aussi vite qu’elle est arrivée. Je te ferai même des tisanes au thym et au miel, tu vas voir.

Il va sans dire que Madame Rombiasse accepte du bout des lèvres la journée de télétravail réclamée par son employée, mais Aurélie n’en a que faire. Elle se sent prête à tout pour repousser l’assaut des microbes qui se sont mis en tête de venir gâcher ses quelques jours de vacances avec ses enfants. Une fois Louna partie pour l’école, elle coupe le chauffage de l’appartement, enfile un bonnet à Zazar, lui fourre une bouillotte sous la couette et ouvre les fenêtres en grand pour chasser les miasmes. Le pauvre enfant a les yeux bouffis et le nez qui coule, mais il ne bronche pas lorsque la température de sa chambre descend en dessous de dix degrés. 

De l’air frais, un demi-oignon sur la table de nuit et des tisanes bien sucrées, je te garantis que demain tu vas gambader comme un cabri ! s’écrie Aurélie. 

— Pourquoi un oignon ? Ça sent la soupe ! proteste Zazar, le nez rougeoyant.

— Ça fait couler le nez et ça chasse les infections. 

Super, tes trucs de grand-mère, marmonne Zazar en attrapant un mouchoir.

Au retour de Louna, l’appartement a retrouvé une température correcte et une odeur à peu près respirable. Seul Zazar larmoie encore au fond de son lit.

— Ça, pour marcher, ça marche, le truc de l’oignon qui fait couler le nez. J’ai une patate écarlate au milieu du visage, maintenant ! gémit le petit malade.

— Oh, mais c’est trop mignon, justement, sourit Louna. Tu connais l’histoire de Rudolph, le petit renne du père Noël ? Attends deux secondes…

Aussi rapide que l’éclair, Louna rejoint Aurélie dans la cuisine, ouvre le frigo et sort un babybel de son emballage. 

— Tiens Mams, on va faire un spectacle à Zazar, ça va lui remonter le moral. Tu mets la moitié de la coque en cire sur ton nez, moi je mets l’autre, et on va lui chanter la chanson du petit renne au nez rouge. 

Cinq minutes plus tard, Zarar larmoie plus que jamais, mais de rire, cette fois.

Voir sa sœur et sa mère se dandiner en chantant vaut bien tous les rhumes et les oignons du monde. Jusque tard dans la soirée, la petite famille fredonne en chœur :

« On l’appelait Nez rouge

Ah comme il était mignon

Le p’tit renne au nez rouge

Rouge comme un lumignon »

4- Cannelle

Tout commence lorsqu’Antoine rentre du travail. Galvanisée par l’élan que lui insuffle secrètement sa liste de souhaits pour Noël, Alice s’est lancé le défi de cuisiner chaque soir un « vrai » plat familial. Au menu du dîner : gratin dauphinois et salade à l’huile de noix, puis jolie pavlova aux agrumes de saison. La meringue est blanche et croustillante, elle a longuement séché dans le four tout l’après-midi tandis qu’Alice terminait l’analyse feng shui de l’espace que vient de lui confier un couple fraîchement arrivé dans la région.

La jeune mère de famille affiche un large sourire lorsque le bruit de la voiture de son mari s’approche du chalet.

Elle a tenu sa résolution d’offrir à chacun de ses enfants vingt minutes d’attention exclusive et l’ambiance à table s’en ressent nettement. Difficile de croire que jouer 1 200 secondes aux Lego Star Wars avec Axel puis coiffer les cheveux de Zélie, la crinière rose du poney Barbie et les poils du mouton à bascule suffit à expliquer l’harmonie qui règne autour de la table.

— C’est moi ! annonce Antoine en jetant ses clés sur le meuble de l’entrée. Mmh, qu’est ce que ça sent bon !

Le sourire d’Alice s’élargit.

Ça sent le pain d’épices, complète son mari en embrassant le sommet du crâne, particulièrement bien peigné, de ses deux enfants. 

Le sourire d’Alice descend d’un tout petit cran. 

Perdu, chéri, ce soir je vous ai cuisiné un gratin dauphinois, et une pavlova aux agrumes. Point de pain d’épices !

Avec un hochement de tête appréciateur, Antoine jette un regard à travers la vitre du four et s’assied à table, humant de nouveau l’air parfumé qui règne dans la cuisine.

— Étonnant, ça me rappelle vraiment… le vin chaud, le pain…

— D’épices, oui, tu l’as déjà dit, interrompt Alice qui, elle ne sait trop pourquoi, a l’impression de recevoir une critique directe.

Le gratin est magnifique, doré à souhait, le plat a été judicieusement chemisé avec une gousse d’ail, tout est parfait. Pourtant, à la première bouchée, Antoine, Zélie et Axel font une drôle de tête.

— Quoi, il est trop salé ? s’inquiète Alice qui porte à son tour sa fourchette à sa bouche.

— Non… non, ce n’est pas ça. Ça n’est pas mauvais d’ailleurs, chérie, c’est juste… tu n’aurais pas confondu la noix de muscade avec la cannelle ?

Les larmes montent aux yeux d’Alice. Après le mal qu’elle s’est donné ! La voilà défaite.

Mais Axel et Zélie s’exclament d’une même voix : 

— T’es tellement forte maman, tu as inventé une recette comme à Top Chef !

Entre ses larmes, Alice sourit, d’autant plus qu’Antoine se ressert. 

— La prochaine fois j’essaierai d’éviter les Cinnamon rolls à la muscade, plaisante-t-elle faiblement.

Tu nous traites comme des rois, mon amour. À ce rythme nous allons arriver à Noël avec le foie dans les chaussettes et toi, tu vas exploser en plein vol à force de cumuler boulot, enfants et restau trois étoiles. Demain c’est mercredi ? Je rentre plus tôt et on se fait un vrai Top Chef. La cannelle revisitée par Zélie, Axel, papa, et dégustation par maman. 

— Moi je fais une tisane aux épices ! s’écrie Axel. Maman, elle adore la tisane.

— Moi, je fais des pancakes à la cannelle et au citron, répond Zélie.

— Et moi, vous me laissez le plat, sympa… fait mine de se renfrogner Antoine. Alors ça sera… Tajine d’hiver à la patate douce ! 

Puis il se penche vers Alice et lui embrasse le creux de la main : 

— Tu as mis la barre tellement haut, il va falloir que je prenne mon aprèm.

5- Deux oranges

La queue est bien longue et Nicole sent que ses jambes ne vont pas la porter beaucoup plus longtemps. Elle est pourtant dans de meilleures dispositions qu’à son entrée dans RadiMarket, mais voilà, elle n’a aucune envie de s’écrouler sur le carrelage douteux du magasin et la jeune femme juste devant elle pose ses articles sur le tapis comme si elle avait l’éternité devant elle. Comble de malchance, la voilà qui se met à hésiter devant les calendriers de l’avent !

Si elle est du style à comparer chaque prix, puis le nutriscore, puis le je ne sais quoi, Nicole va vraiment faire un malaise.

Sa bonne humeur s’évapore et lorsqu’enfin, la jeune femme revient après avoir remis en rayon deux malheureux articles pour décrocher du présentoir le grand calendrier de l’avent by Ferrari Rochon, Nicole ne peut s’empêcher de lâcher un commentaire à l’aigreur bien dosée : « Nous, on avait des clémentines et on était bien contents ! », juste assez fort pour que la mère de famille devant elle l’entende. C’est alors qu’elle se dit qu’avec ses boudins blancs, elle aurait bien fait une salade d’oranges. Le rayon fruits et légumes est si loin, si… pouf !

Nicole s’affale par terre.

Sa jupe lui remonte au-dessus du genou, on lui voit le haut des bas de contention, mais elle est tellement dans les choux qu’elle n’y songe même pas. La jeune mère de famille qui la précède dans la queue se penche vers elle et lui tapote les joues. 

— Madame ? Madame ? Ça va ?

Difficile de répondre quelque chose de sensé, songe Nicole qui ouvre la bouche pour répondre que, non, manifestement ça ne va pas trop trop. C’est alors qu’une deuxième femme s’approche et s’agenouille à ses côtés. 

— Je suis infirmière. Je vais vous aider à vous relever. 

La jeune femme lui passe la main sous le crâne, lui palpe le cou pour vérifier que rien n’a fichu le camp au mauvais endroit, et tout doucement, l’aide à s’asseoir. La femme au calendrier de l’avent emballe ses achats et revient une seconde s’assurer que tout va bien. 

Désolée pour les clémentines, marmonne Nicole, assise au pied de la caisse, tandis que l’infirmière lui passe un bras sous l’aisselle. 

— Allez hop, vous vous mettez à quatre pattes, puis vous me tendez les bras, un genou, puis l’autre, et vous voilà sur pied !

Nicole obéit en pilote automatique.

Le sourire de l’infirmière est tellement lumineux qu’elle est obligée de sourire aussi, alors même qu’elle sent son bas gauche se ratatiner façon accordéon autour de sa cheville.

— Oh, mais c’est un tout petit bébé que vous avez là ! s’écrie Nicole en découvrant dans l’ouverture du manteau de l’infirmière un tout petit crâne brun. 

C’est Noé, il a cinq jours. Juste avant que je parte, vous avez besoin de quelque chose ?

— Non. Oui : deux oranges. Vous pouvez m’apporter ça ? 

Quand la jeune femme dépose les deux fruits ronds sur le tapis roulant de la caissière, Nicole se dit qu’ils sont à peine moins gros que le crâne du nourrisson qu’elle a effleuré de la paume. Ça faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas caressé un bébé.

Retrouve tous les épisodes ici.



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Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d’adoption, Agathe Portail écrit des romans adultes édités chez Actes Sud, Calmann Levy et J'ai lu, mais aussi des romans historico-fantastiques édités par Emmanuel Jeunesse.

https://www.fnac.com/ia9173370/Agathe-Portail

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