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Faut-il en finir avec soi-même

Valérie de Minvielle 10 mars 2022
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Alors que les rayons de développement personnel regorgent de titres vantant l’avantage de chercher à être soi-même pour vivre heureux, d’autres livres « anti-développement personnel » dénoncent ce mouvement comme vaniteux et illusoire. 

En quête de sens

Si certains ouvrages de psychologie témoignent de parcours de résilience inspirants, un grand nombre d’autres promettent un accès rapide au bonheur via une collection d’astuces à effet garanti.

Le philosophe Laurent de Sutter se dresse contre ce mouvement et son injonction phare : « Soyez-vous-mêmes ».

Dans son ouvrage Pour en finir avec soi-même, il rappelle que la notion de soi a fait ses premières apparitions chez les Grecs de l’Antiquité, avec la « persona » qui désignait ce masque utilisé par l’acteur pour incarner un personnage qui n’était pas lui et chez les Romains, qui établissait l’identité d’abord sur des critères de patrimoine, à des fins d’ordre juridique. Ces définitions, éloignées de toute dimension relative à l’être, font dire au philosophe que chercher à être soi-même revient à se conformer à des injonctions extérieures dictées par les thérapeutes, en tout cas par la société.

Chercher « qui je suis » serait une quête vouée à l’échec,

l’auteur faisant valoir plutôt l’intérêt de se poser les questions de « ce que je peux » ou de « ce que j’ai ».

Alors qu’est-ce qui, dans cette proposition d’« être (enfin) soi-même » déclenche un tel succès ?

Est-ce une réponse au nombre grandissant de burn-out touchant les personnes qui, sans aucune conscience de leur état interne, ont continué d’avancer jusqu’à s’effondrer ? Est-ce le signe d’une génération qui, en quête de sens et lassée de se conformer aux normes de son temps, ne veut accepter comme maître que sa propre nature ?

« Être soi-même » reviendrait, pour certains coachs, à se créer une nouvelle personnalité, conforme à nos vœux secrets, et qui serait rendue possible par un effort de volonté. 

Piège narcissique… 

Je vois plusieurs risques à adopter cette croyance : d’abord, celui de nier toute la dimension inconsciente qui préside aussi à nos choix, et dont il est difficile de se faire une idée précise. Ensuite, celui de croire que pour changer, il suffit de « se faire du bien ». Si cette activité peut avoir un intérêt régénérant par ailleurs, ne considérer que soi comme base de réflexion conduit assez vite à perdre toute notion d’altérité. C’est le piège du mythe de Narcisse qui, incapable de se décoller de lui-même, finit par mourir englouti par sa propre image.

« Être soi-même » semble un objectif aussi ambitieux que flou.

D’autant plus que le sentiment de soi évolue au fil de la vie, en fonction des expériences que nous vivons et des êtres avec qui nous interagissons.

… ou force vitale ?

Si le développement personnel a un intérêt, c’est à mon sens celui qui consiste à aider chacun à entendre cette petite voix qu’on écoute si peu tant elle paraît déconnectée de celle de la raison, cette petite voix qui nous signale qu’un choix semble juste ou à l’inverse, incongru. Qu’on l’appelle la voix du cœur, l’intuition ou la petite musique intérieure, il s’agit de celle qui prend appui sur le désir de chacun. Le désir pas seulement au sens de désir sexuel, mais au sens plus large de force vitale qui nous met en mouvement.

Quand mon désir est éteint ou camouflé dans les rouages de la souffrance, le risque est grand de me diluer. Dans le grand tout, ou dans le désir de l’autre. C’est ce qui se produit souvent chez les femmes qui me contactent : elles me disent se sentir perdues, ne plus se reconnaître.

Elles se sont laissé dévorer par leurs différents rôles de mère, de compagne, de professionnelle.

Nous cherchons ensemble dans leurs expériences passées les signes de ce désir. Comment ? En évoquant les moments où elles se sont senties en harmonie avec le monde et ce que cela dit d’elles. En allant voir du côté des héritages et représentations qui enferment, pour trouver comment vivre en bonne intelligence avec eux. En observant leur part créative également. Car quand je crée, j’invente, je joue, je suis portée par mon désir, cette force motrice puissante qui m’est singulière.

Question de justesse

Et si se relier à soi était une saine alternative à la tendance à chercher uniquement dans les yeux de l’autre une reconnaissance de son existence ? Et si s’intéresser à soi-même consistait à chercher ce qui, pour chacun, préside à cette sensation de justesse, rappelant celle que l’on peut éprouver quand on nage et que les éléments extérieurs, nos mouvements et le contact avec l’eau semblent se marier dans une délicieuse fluidité ?

En finir avec le souci de soi comme d’un objet que l’on pourrait définir en une phrase et que l’on chouchouterait amoureusement avec le plaisir d’enfin « s’appartenir à soi-même », d’accord. Mais chercher en soi pour laisser émerger son désir me semble un préalable nécessaire pour se laisser traverser par le souffle de la vie et composer avec les surprises que cette dernière nous réserve.



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Cet article a été écrit par :
Valérie de Minvielle

Psychologue clinicienne, Valérie de Minvielle fonde après 20 ans d'expérience professionnelle "Ma Juste Place", une méthode d’accompagnement personnalisé pour les femmes qui veulent se sentir à leur juste place dans leur vie de couple, en tant que mère, et dans leur vie professionnelle et sociale. Elle est également l'auteur de "Trouver ma juste place - dans le quotidien de 7 femmes inspirantes" paru en janvier 2020.

https://www.majusteplace.com/

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