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Courtise-moi

Hélène Dumont 31 juillet 2026
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« Mais enfin, qu’il me courtise ! » 

Le ton est sec, excédé. Cela fait à peine 5 ans qu’ils sont ensemble, 3 ans qu’ils vivent sous le même toit, 18 mois qu’ils sont parents et Sophie se désole : son conjoint ne se bouge plus pour elle.

En entendant ses paroles, il la regarde, agacé. La faute à la maternité ? « Pas du tout, c’était le cas avant » répond-elle. Alors ? 

Sophie et Arnaud ont 29 et 32 ans. Ils sont sympa, dynamiques et leur petit garçon est adorable. Tout va bien. 

Tout, sauf une chose : Sophie ne se sent pas désirée.

Alors si, pour faire des galipettes sur le canapé, Arnaud est toujours plein d’initiatives, mais pour lui jouer de la guitare et lui faire les yeux doux, lui offrir un bouquet de roses — même si c’est cliché, Sophie adore — là, vraiment, il est plutôt mauvais. S’il assure, c’est si, et seulement si, Sophie lui fait une scène qui le remet en selle. 

« Pourquoi est-ce si compliqué de me courtiser ? »,

s’écrie-t-elle. Il ne sait pas. Il le fait tout de même, mais pas assez, reconnaît-il. « Je te l’ai déjà dit, je t’aime, nous habitons ensemble, nous avons un enfant, tout ça ne vaut pas comme preuve d’amour ? » Le problème n’est pas là. Sophie veut être courtisée, draguée, romancée. 

Elle se souvient avec nostalgie de ce temps où il venait la chercher en scooter. Son cœur battait la chamade. Pour elle, il s’était même mis à confectionner des tartes au citron, son dessert préféré. Il prenait le temps de la courtiser en lui proposant des expos, des escapades ou en lui offrant des bonbons.

Sophie adorait et le lui rendait bien. 

Elle était amoureuse, l’admirait et débordait de désir pour lui. Ils aimaient faire l’amour, se dévorer de baisers et recommencer le lendemain. Sophie se souvient de ce temps comme d’un paradis perdu. « Mais où est l’homme que j’ai connu ? Tu m’as bien eu. »

Arnaud se défend, tout cela n’était pas calculé.

Pour lui, cette période d’avant fait référence au temps de la drague, où rien n’était sérieux, ni acquis. Et c’est justement là que le bas blesse. Sophie ne veut pas se sentir acquise, quand bien même elle a désiré de tout son cœur vivre avec lui et porter un enfant de lui. Ces différents engagements sont le résultat de leur amour et de leur attachement, mais en aucun cas ne doivent faire fi du désir qui les a reliés quelques années plus tôt.

Arnaud n’a pas l’impression de désinvestir la relation. Bien au contraire, il a travaillé dur pour évoluer dans son travail et mettre de l’argent de côté pour acheter bientôt un vieil appartement qu’ensemble ils pourront rénover. Ce à quoi Sophie lui répond : moi aussi. Il a revu ses horaires pour aller chercher leur petit à la crèche plusieurs fois par semaine, s’implique dans le rangement de la maison, les courses, prend soin de lui pour rester séduisant, et reste préoccupé par le bien-être de sa conjointe. Ce à quoi Sophie lui répond… mais moi aussi !

Arnaud finit un jour par s’exclamer, un brin narquois :

« Et toi, est-ce que tu me fais la danse du ventre, hein ? Est-ce que tu me dis encore que je suis le meilleur, le plus beau ? Est-ce que tu viens m’applaudir lors de mes triathlons ? Non. Tu ne le fais plus. Je ne sais pas si tu ne me courtises plus, mais en tous cas tu ne m’admires plus. » 

Un point partout.

Sophie soupire les bras croisés, elle le reconnaît : tout cela, elle a un peu lâché. 

Le couple est nostalgique d’un temps où chacun se sentait éperdument choisi par l’autre, unique et désiré. Ce temps que l’on nomme communément lune de miel, période fondatrice dans la constitution de tout couple, et vécu de façon plus ou moins intense et longue. Une période de liaison et d’attachement nécessaire, faites d’illusions mais aussi de promesses, qui un jour touchera à sa fin, quand la réalité reprendra ses droits, confrontant le couple à l’ordinaire de la vie amoureuse.

Moins glamour — entendre l’autre roter ou faire pipi la porte ouverte — plus basique -— ce soir on mangera du gratin réchauffé — contraignante — étendre les slips troués — accompagnée des mimiques agaçantes et des défauts de l’autre qui nous sautent à la figure.

Certes, on s’aime, la vie est sécurisante et douce, on fait l’amour le vendredi soir après le film, mais soyons honnêtes,

ça manque de pep’s.

Sur ce point, Sophie et Arnaud sont d’accord. 

Pourquoi est-ce si difficile pour le couple de se courtiser ?

D’abord, parce que leur lien est acquis. En tous les cas, leur vie actuelle leur en donne cette illusion. Ni l’un, ni l’autre ne se sent encore tendu par le fait de devoir tout faire pour continuer de se séduire afin de se garder au chaud, le couple ayant décidé il y a quelques années, d’un accord commun et enthousiaste, de s’engager ensemble. 

Ensuite, parce que se courtiser demande un peu de temps et d’énergie. Faire la danse du ventre à 22h quand la maison est enfin rangée, ou acheter des roses en sortant du métro, ça passe plutôt en fin de liste. 

Et puis, on se dit que les demandes de l’autre commencent à devenir capricieuses ; or personne n’aime céder à un caprice. 

Enfin, ça fait cul-cul d’entretenir le rôle du chevalier servant, et ça fait un peu « pute » de continuer à envoyer des SMS chauds. Maintenant qu’on est ensemble, et de surcroît parents, soyons sérieux : Sophie et Arnaud déroulent de nombreuses bonnes raisons de ne plus se courtiser ou de ne plus s’admirer, tout en expliquant que cela les rend profondément tristes. 

Comment faire revivre ces instants magiques qui nous ont transportés ?

Faut-il revenir en arrière ? Impossible.

Faire table rase et recommencer avec une autre personne pour vibrer de ce sentiment amoureux ? À ce stade, ce serait dommage.

Le lien du couple se construit dans une juste tension entre d’un côté l’attachement, l’ordinaire qui amène de la sécurité et de l’autre le désir, la tension sexuelle, le mouvement, la nouveauté. Une tension en évolution permanente, qui cherche à s’adapter aux transformations du couple lui-même. Une reconquête de l’autre, exigeant de rester curieux, de sortir de ses zones de confort, d’admettre que nous en sommes positivement dépendants, pour maintenir un lien vivant. 

Alors oui, cela demande de rester ce chevalier servant-là où la femme l’attend, que ce soit dans un dîner cliché aux chandelles ou un coup d’aspirateur basique.

Ce qui implique pour l’homme de se battre un peu avec sa peur du ridicule ou de paraître cul-cul, si celle-ci devenait un problème, ou de revoir ses représentations. 

Ce qui demande un travail similaire à la femme. Être draguée, courtisée, romancée est une demande légitime ; rester passive dans cette demande interroge. Car si le chevalier doit devenir ou rester conquérant, à la femme de rester ce pays à conquérir, voir d’être à son tour une femme de conquêtes et de désir ; à elle de se demander comment rester cette amante active et non passive, assumant le fait d’être désirée, désirante et désirable.

La reconquête au sein du couple est un espace réciproque d’action et d’imagination, de fantasmes et de conversations partagées, de tensions entre le besoin de sécurité et de désirs joyeux, de crises dépassées et transformées, d’imperfections et de paradis retrouvés, de nouveautés dans la vie ordinaire.

Alors, courtisez-vous, à vos épées, et battez-vous ! 



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants ! Elle est l'auteure du livre Terre éclose : la sexualité au féminin.
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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