J'ai envie ET pas envie de faire l'amour - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

J’ai envie ET pas envie de faire l’amour

ambivalence du desir
Hélène Dumont 1 juin 2026
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Vouloir faire ceci autant que son contraire, avoir une idée puis s’empresser d’énoncer l’inverse, aimer et détester son amoureux ; in fine, stagner dans ce no man’s land, tiraillée, sans se positionner. C’est parfois de cela dont il est question en entretien : « Est-il normal d’avoir envie ET de ne pas avoir envie – en même temps – de faire l’amour ? », me demandent certaines femmes inquiètes, pointant du doigt la concurrence qu’elles éprouvent entre deux motivations, se décrivant bien souvent elles-mêmes – et avec sévérité – comme étant « ambivalentes ».

Selon le dictionnaire de la langue française, l’ambivalence renvoie à la coexistence de sentiments ou de désirs contradictoires.

Si l’on s’en tient au désir sexuel, c’est ainsi que l’on peut ressentir, par exemple, un semblant d’excitation dans le creux de son ventre, tout en souhaitant dormir parce qu’envahie de fatigue ; ou encore éprouver un élan de désir pour son bien aimé tout en constatant des relents de rancune suite à la dernière dispute ; cela de façon simultanée. 

Commence alors un débat : faut-il dormir ou se laisser aller ?

Aimer ou pester ? De plus, est-ce si simple de mettre des mots sur cette ambivalence qui nous tenaille ? Ne ressemble-t-elle pas parfois à une boule noire sans nom agrippée à notre estomac ?  

« Quand je commence à me poser ces questions, je me sens perdue, me dit Malaurie. Je suis dans les bras de mon conjoint mais je me sens ailleurs ; parfois alors même que nous avons commencé à faire l’amour ! Lui me paraît pleinement présent. Moi, je réfléchis. Nous ne sommes plus au même niveau. Ça m’agace. Il m’agace. »

Dans ces moments d’intimité, celui-ci le devine et l’interpelle : « Où es-tu ? »

Malaurie ne sait pas et cela finit par la stresser. Elle se tend comme un élastique au lieu de s’ouvrir comme une fleur. Elle sent que ça tire dans son corps et que plus rien ne se détend.

Elle aurait peut-être besoin de temps ? Elle n’en est même pas sûre.

Elle regarde son réveil, compte les heures qui lui restent à dormir. Va-t-elle répondre aux caresses que lui prodigue son amoureux, attentif à continuer d’éveiller chez elle le désir d’aller plus loin, ou doit-elle tout arrêter pour dormir sachant que demain la maisonnée sera levée dès 6h30 pétantes ? 

Comment lui partager son ambivalence sans peur d’être jugée, elle qui s’accuse déjà de ne pas savoir sortir de ces tergiversations ? D’ailleurs, ne lui a-t-il pas dit la veille qu’il la trouvait compliquée ou indécise alors que leur discussion tournait au vinaigre autour d’un simple projet professionnel qu’elle devait mener ? Malaurie rumine.

Dans son article « Honneur à l’ambivalence », Marco Mazzetti écrit :

« L’expérience de l’ambivalence est caractéristique de notre existence en tant qu’êtres humains, si nous nous permettons simplement d’en prendre conscience. C’est l’expression de notre complexité et de notre richesse et des difficultés que cela implique. C’est un témoignage profond de notre condition humaine. »

Ces quelques lignes sonnent comme un rappel dans la conscience de chacune et de chacun : nos sentiments sont teintés de complexité, nous pouvons à la fois aimer ET ne pas aimer une même chose, une même personne, une même situation, la désirer comme la refouler, être conscient de ces mouvements comme ne pas savoir les reconnaître. 

L’attachement, les désirs que nous éprouvons, nos pensées, ne sont ni noires, ni blanches : tout est bigarré, nuancé, chamarré.

Unifier ces tendances demande un travail interne.

Car oui, il est possible d’aimer son conjoint malgré les rancœurs, tout comme il est possible de vouloir partir en goguette pour nous reposer malgré le mauvais temps annoncé, d’aimer les roses malgré les épines. Pour Marco Mazzetti, il s’agit : 

1/ De reconnaître et de légitimer l’ambivalence.

L’ambivalence qui nous habite est une preuve de richesse. L’accepter permet de sortir d’un état de lutte et de retrouver de la sérénité sans s’accuser inutilement, penser « que je suis nulle et compliquée ». 

2/ De distinguer le sentiment de confusion et l’incertitude.

Dans la confusion, nous avons du mal à comprendre ce qui nous est pénible, il faut donc faire un travail de clarification de nos pensées et émotions. Dans l’incertitude, nous sommes capables d’analyser la situation mais nous ne savons pas encore quel chemin prendre, ce dernier étant justement, incertain. 

3/ D’accepter de rester dans l’ambivalence sans chercher à la résoudre immédiatement. 

Dans certaines situations, nous pouvons-nous laisser un peu de temps pour discerner, non ?  

4/ D’examiner attentivement et d’analyser respectueusement les deux pôles de l’ambivalence.

À quels besoins psychologiques chaque pôle correspond-il ? Cette étape me semble cruciale. Elle permet de mieux comprendre ce que nous vivons. Quelle partie de nous-même souhaite vivre ceci et quelle partie ne le souhaite pas ? Ces deux facettes ont probablement de bonnes raisons à mettre en évidence. Peut-on les faire dialoguer ? 

5/ Enfin, il s’agit de reconnaître l’unité fondamentale de l’ambivalence comme les deux faces d’une même pièce.

Autrement dit, ces deux faces ont la même intention : faire en sorte que nous puissions moins souffrir et vivre un apaisement. Elles ne sont pas l’une contre l’autre mais apportent des réponses différentes. Fondamentalement, de quoi avons-nous alors besoin pour être heureuse ? Quelle serait la meilleure décision (même imparfaite) ?

Revenons à Malaurie et au désir sexuel.

Cette jeune femme me partageait que son côté « femme amoureuse » désirait faire l’amour, mais que son côté « maman, avec les enfants qui dorment à côté » s’y opposait farouchement. Elle vivait cela de façon très désagréable comme une intrusion du parental dans le conjugal. Ces deux parties entraient dans un conflit sans fin, ce qu’elle avait du mal à identifier dans un premier temps et ce qu’elle ressentait comme un mal-être interne dès qu’elle avait envie de faire l’amour ou que son conjoint la sollicitait. 

Une jeune patiente me disait qu’une partie d’elle-même voulait faire l’amour et accéder au plaisir mais qu’en même temps, une autre lui reprochait de vouloir devenir cette femme de plaisir, qu’elle cataloguait d’égoïste et de dévergondée. De guerre lasse, elle redoutait de s’engager dans une relation sexuelle, ne sachant pas si elle aurait la force de dépasser ce conflit. 

D’autres femmes se disent plus simplement découragée devant la complexité de leur plaisir qui peine à s’épanouir, fatiguée de leur journée, ou encore irritée de devoir expliquer une fois de plus ce qu’elles vivent à leur conjoint incrédule.

Si tu te sens concernée, de près ou de loin, par l’ambivalence dans ce contexte de la sexualité, je t’encourage à reprendre les différentes pistes de réflexion énoncées ci-dessus.  

Mais pour finir, qu’en est-il de l’homme dans cette histoire ? 

Une chose est sûre : plus la femme se sent libre d’engager une relation sexuelle avec la possibilité d’arrêter à tout moment, sans reproche, sans se sentir responsable de la frustration de l’autre (qui pourrait émerger), sans jugement, plus elle pourra l’entreprendre avec une forme de légèreté.

Plus l’homme accueille cette ambivalence, plus la femme se sentira comprise émotionnellement, ce qui pour certaines, affirmera leur désir. Plus une femme se sent aimée dans sa complexité, plus elle sera apte à s’ouvrir.

L’alliance conjugale est donc essentielle.

C’est au couple de dessiner les contours de ce qu’il s’apprête à vivre, de ce qu’il se donne comme possibilité d’exploration. Cela demande un peu de maturité, de finesse dans la découverte de l’autre, mais cela vaut la peine d’essayer si vous pensez que la sexualité est un lieu de partage et de plaisir, et qu’il pourrait en découler une expérience de rencontre intéressante, même ambivalente …



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants ! Elle est l'auteure du livre Terre éclose : la sexualité au féminin.
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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