Conversation avec Alexandra Ughetto - Fabuleuses Au Foyer
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Conversation avec Alexandra Ughetto

Anna Latron 23 février 2021
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À 51 ans, Alexandra est maman de jumeaux de 11 ans, coach pour femmes et auteure d’un roman pour ados. Conversation avec une Fabuleuse multicasquettes à l’énergie communicative. Ensemble, nous avons parlé féminisme, fatigue et confinement.

Pouvez-vous vous présenter aux Fabuleuses ? Vous avez de multiples cordes à votre arc…

En effet, je cumule pas mal de choses ! Après une formation de sociologue et de philosophe, j’ai travaillé en entreprise en gestion de changement dans un grand groupe. À l’époque, j’avais un poste à responsabilités et mon mari aussi : on s’est rendu compte que ça ne tiendrait pas. J’avais l’envie d’accompagner les femmes donc j’ai créé mon entreprise de consultante en stratégie de changement et en gestion de projet. Peu à peu, j’ai orienté mon activité dans l’accompagnement plus spécifique des femmes. Je suis une grande passionnée de développement personnel !

J’ai commencé à faire du coaching pour reconversion professionnelles, puis du coaching de vie, pour accompagnemer l’épanouissement personnel. Cela m’a passionnée, j’étais heureuse d’être à mon compte, d’avoir du temps pour mes enfants mais il me manquait quelque chose d’artistique car mon “plan 1” de carrière c’était d’être chanteuse lyrique.

Il y a quelques années, j’ai eu l’impression de n’avoir aucun espace de pur épanouissement et puis j’avais le sentiment d’avoir des choses à transmettre aux femmes en dehors d’un coaching.

Alors, il y a 6 ans, j’ai fait un “deal” avec mon mari : c’était mon tour, je pouvais me donner de la place dans ma vie à travers l’écriture. Je pensais plutôt écrire des guides pratiques de développement personnel. Le deal, très concrètement, c’est que j’ai divisé en deux mon chiffre d’affaires car je n’avais plus de place pour rien de plus que mon entreprise et mon implication au sein de notre foyer.

Vous avez donc publié un roman de développement personnel pour ados, Chloé des Loups. Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire pour les jeunes et pourquoi du développement personnel ?

Alors que je voulais écrire sur le sujet de se faire une place dans sa vie, l’histoire de Chloé des Loups m’est littéralement tombée dessus une nuit, comme un cadeau ! Je ne m’étais jamais imaginée être romancière.

Cette héroïne est une jeune fille. Je me suis dit que les femmes ont une grande offre en développement personnel, mais pas les ados. Je voulais les distraire et en même temps distiller des moments un peu plus pédagogiques car je voulais qu’ils puissent en faire quelque chose pour eux, dans leur propre vie. Les romans initiatiques, ça existe, mais je voulais proposer un véritable outil de progression.

C’est pour cette raison que vous avez intégré des pages de carnet intime dans le roman ?

Je voulais vraiment qu’une ado, qu’une jeune fille, puisse avoir à disposition quelque chose de vraiment pratique pour sa vie. J’ai choisi des thèmes liés à l’adolescence : la colère, se pardonner soi-même, gagner en confiance en soi, accepter sa différence, savoir être résilient, etc. J’ai voulu transposer ces sujets avec des exercices pratiqués par l’héroïne pour que les jeunes puissent l’utiliser.

C’est une surprise pour vous que ce roman soit devenu un outil de développement personnel pour les mamans ?

Complètement ! Ce sont les mamans qui lisent le livre avant de le donner à leur fille. Elles ont aimé le lire car il n’y a pas d’âge pour travailler sur ces sujets, mais ma grande surprise c’est que ces mamans me remercient car cela leur donne des outils et leur permet d’ouvrir la discussion avec leurs ados sur des sujets qui peuvent être conflictuels.

Le détour par l’héroïne permet vraiment d’instaurer un espace de discussion. J’ai commencé à faire des ateliers mamans-ados avant le confinement : des moments adorables, très profonds. J’espère que ça va reprendre bientôt !

Vous avez aussi un engagement particulier auprès des femmes. Est-ce que c’est pour cette raison que c’est une héroïne et pas un héros, et que toute l’histoire tourne autour de plusieurs femmes clés ?

J’ai “accueilli” cette histoire avec son héroïne, âgée de 17 ans. Je l’ai cachée dans un coin en me disant que je n’étais pas capable d’écrire un roman, et puis j’ai fini par me lancer. Je crois que ma vocation sur l’accompagnement des femmes est profonde. Notre société et notre culture n’est pas égalitaire. Les combats féministes — sur les droits et sur la lutte — sont très utiles, mais je ne sais pas faire ça. Je veux aller sur les combats intimes. Je me vois comme la féministe du combat intime, j’aide à travailler sur nos limites intérieures.

Les femmes cumulent tellement d’injonctions qu’elles sont épuisées. Elles ont très peu de moments pour elles, très peu d’espace de ressourcement. Ce n’est pas jouable…et ce n’est pas un bon exemple pour nos enfants ! À titre personnel, je n’ai pas envie que mes enfants aient de moi une image de la femme sanglée dans un quotidien qui ne l’épanouit pas.

Pour vous, la sororité aujourd’hui, c’est quoi ? Et pourquoi est-ce important ?

La sororité, c’est la capacité des femmes à être solidaires et soutenantes entre elles. Je pense que c’est la clé. En étant soutenantes, en faisant circuler toutes les ressources qu’on peut, on va pouvoir avancer et porter notre pierre à l’édifice.

C’est pour ça que j’écris des livres, que je suis présente sur les réseaux, que j’encourage les femmes dès que je le peux. Je veux que ce que je fais soit accessible à toutes, pour que nous puissions avancer toutes ensemble.

La sororité, est-ce l’antidote à la compétition ?

Se comparer, c’est très féminin car on manque souvent de confiance en nous-mêmes. On voit beaucoup cette compétition car c’est une représentation que l’on a des femmes, mais je préfère me concentrer sur notre part lumineuse. C’est à nous de savoir arrêter les jugements qui sont des écrans de fumée et regarder la réalité telle qu’elle est.

Vous êtes aussi maman de jumeaux. Comment faites-vous pour tout mener de front ?

Je dois reconnaître que c’est un peu trop. Ces deux dernières années, j’ai été assez surmenée ! Au quotidien, je dois faire des choix pour trouver de la place pour moi dans ma propre vie. Actuellement, je suis en train de penser à une activité digitale, pour limiter les déplacements en entreprise et me soulager au quotidien.

J’ai écrit mon premier roman entre 5 et 7h du matin… mais je l’ai payé en fatigue. J’ai vu que je ne pouvais pas continuer comme cela pour mon prochain livre. Me voilà donc à nouveau en train de remodeler mon modèle professionnel, comme quand j’ai attendu les jumeaux. Quand on veut aller où on veut, on est contraintes d’être créatives !

Où puisez-vous votre énergie ?

Aujourd’hui, mon épanouissement personnel ne peut se passer de l’écriture et de mon accompagnement auprès des femmes. Ma vie est là. J’ai beau avoir plus de 50 ans, j’ai compris que je ne peux pas lâcher ça. Mais ça ne se fait pas sans découragement. Pendant le premier confinement, j’ai pris conscience que j’allais devoir changer à nouveau mon business model. Je me suis d’abord sentie découragée et puis je me suis dit que je voulais continuer. Cela me donne le courage de m’y coller !

Comment avez-vous vécu le premier confinement du printemps dernier et la période un peu bizarre du déconfinement ?

Ça a été un arrêt total pour moi car j’avais vidé mon agenda jusqu’en mars pour la sortie de mon livre et bourré à craquer mon agenda professionnel à partir de mars : je me suis donc retrouvée brutalement sans aucune activité. Je me suis donc écroulée au début du confinement. Ce qui m’a permis de tenir debout, c’est de faire l’école à mes enfants qui terminaient leur CM2. Mon mari étant à la maison, on a profité du temps ensemble.

Ce ne fut pas une période facile de se retrouver tout à coup à la maison avec les repas à faire pour quatre, sans femme de ménage… Même si mon mari participe beaucoup, ce fut vraiment dur ! Au moment du déconfinement, j’ai senti que j’avais besoin d’être seule, de me retrouver un peu !

C’est quoi votre astuce de Fabuleuse pour survivre à une journée pourrie ?

Ce qui me réussit bien, c’est d’aller marcher en forêt, dans la nature, près de la maison. Je n’hésite pas à lancer un DVD pour les enfants et je pars marcher une heure.

Écouter un podcast me divertit aussi beaucoup…et ça m’évite d’entendre mes garçons qui se chamaillent ^^. Autre astuce infaillible : écouter quelques chansons qui me mettent en joie. Quand je surchauffe, je mets mes titres préférés. Je les connais par cœur, je me mets à chanter et ça me permet de changer d’énergie. Au bout d’un moment, c’est la chanson qui gagne !



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Cet article a été écrit par :
Anna Latron

Journaliste de formation, Anna Latron collabore à plusieurs magazines, sites et radios avant de devenir rédactrice en chef du site Fabuleuses au foyer et collaboratrice d’Hélène Bonhomme au sein du programme de formation continue Le Village. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans, elle est la maman de deux garçons dont Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

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