Ultime conseil à ma fille - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Ultime conseil à ma fille

Rebecca Dernelle-Fischer 30 novembre 2016
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Après-midi calme à la maison.

Je nourrissais la petite dernière dans la cuisine quand Emma est arrivée en pleurant au moins toutes les larmes de son corps.

« Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaan, mamaaaaaaaaaannnn. »

Je m’attendais au pire quand elle réussit enfin à m’exposer son problème, m’expliquant entre deux sanglots que

« plus tard Ann-Céline et ses copines vont acheter un hôtel et elles ne veulent pas que je les aideeeeeeeeeeeeee ».

5 ans d’études en psychologie, et pas un prof n’a eu l’idée majestueuse de nous donner la solution aux problèmes existentiels des enfants de 6 ans. Des tonnes de livres sur l’éducation et aucun qui ne soit titré « toutes les réponses dont vous aurez un jour besoin en tant que maman».

Je pose la cuillère pleine de panade sur la table, je prends Emma sur mes genoux, je l’écoute, je ne dis rien, je lui fais des bisous sur la tête en la serrant bien fort contre moi. Et puis, elle se tourne vers moi, me sourit de toutes ces dents laits encore présentes et repart jouer contente avec les autres enfants. Ah ben tiens… euh mais j’ai rien dit moi….

Vous connaissez ?

Ce moment où vous aimeriez mettre votre enfant sous une bulle de verre pour les 30 prochaines années. Le protéger des gros et des petits chagrins, des erreurs et des mauvaises décisions. Lui lister tout ce que vous avez appris dans la vie, lui faire un mode d’emploi détaillé…

Si seulement, si seulement je pouvais lui dire tout, la conseiller au mieux, lui éviter quelques douleurs au passage. Ce sentiment est encore pire quand votre métier c’est d’être psy, c’est encore pire quand votre mari est pasteur… c’est simple, tu voudrais lui prémâcher la vérité, la sagesse, la joie, l’altruisme, l’humour, la résilience… tu voudrais lui donner tout ce qui lui permettrait de passer par les hauts et les bas de la vie sans se perdre, sans souffrir… et puis tu voudrais casser la gueule à n’importe quel enfoiré qui lui ferait du mal (en commençant par la sale guêpe qui s’est cachée dans la moquette et sur laquelle ton bout de chou vient de marcher).

Ma liste, comme une doudoune hyper protectrice, se rallonge sans arrêt, allant de « mets ton casque pour faire du vélo » à « comment choisir tes amis », de « conseils pour laver au mieux le linge », à quels livres lire, comment planifier sa parentalité, comment investir son argent, etc.

Mais au fond, s’il est un conseil que j’aimerais par-dessus tout donner à ma fille, à mes filles, s’il est une seule phrase que je voudrais leur transmettre en héritage, c’est tout simplement :

« Ma chérie, ne baisse pas les yeux ».

Je venais de terminer une conférence, j’avais parlé à un groupe de femmes sur l’adoption de notre petite dernière. Une dame m’attendait, à côté de la tribune. Quand toutes les autres personnes présentes ont arrêté de me saluer, elle a fait quelques pas vers moi et d’une voix chantante à l’accent de l’est, elle m’a raconté toute sa douleur, son combat contre la maladie mentale, ses troubles obsessionnels compulsifs et plus encore.

Moi j’étais vidée et honnêtement, je ne savais pas quoi dire, sa douleur glissait entre mes doigts comme du sable fin, je ne savais rien faire pour elle. Les larmes ruisselaient sur ses joues et j’ai posé ma casquette de psy sur le côté, j’ai écouté mon cœur. J’ai pris cette dame dans mes bras et je lui ai dit :

« N’ayez pas honte de vous-même, ne baissez pas les yeux »

et puis j’ai pleuré avec elle.

« Ne baisse pas les yeux mon enfant, ne baisse pas le regard… »

Et si un jour tu perds tes cheveux parce que tu es en traitement contre le cancer : « ne baisse pas les yeux ».
Et si un jour ton enfant se drogue : « ne baisse pas les yeux ».
Et si un jour tu prends des anti-dépresseurs : « ne baisse pas les yeux ».
Et si un jour tu as un succès énorme : « ne baisse pas les yeux ».
Et si un jour tu fais une erreur qui ne sera jamais réparable : « ne baisse pas les yeux ».
Si quelqu’un a le malheur d’abuser de toi : « ne baisse pas les yeux ».
Si la société te dégoûte, si le futur te fait peur, si la route est trop longue : « ne baisse pas les yeux ».
Si tu traverses un divorce, si tu perds ton emploi : « ne baisse pas les yeux ».
Si tu es une artiste, si tu es hyper organisée, si ton linge déborde, si tu as des idées : « ne baisse pas les yeux ».
Ne baisse pas le regard, relève les yeux, regarde autour de toi, ne les crois pas, n’ai pas honte de toi….

Ne laisse rien ni personne te rabaisser et surtout, n’oublie jamais :

«Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. » (premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme).



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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