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Stop au mythe de l’amitié parfaite

Avoir des amis en dehors du couple, c’est primordial. Mais lorsqu’on a une vie à mille à l’heure et que la logistique familiale ne ne laisse aucun répit, lorsqu’on croise beaucoup de gens mais qu’on se sent toujours aussi isolée… Comment développer des amitiés véritables ? On en parle avec Yolande Ziegler-Schwab, pyschopraticienne et coach de vie à Strasbourg.

Hélène Bonhomme : comment savoir si les gens que je fréquente peuvent être mes amis ?

Yolande Ziegler-Schwab : c’est une bonne question que je reformulerais ainsi : quels sont les signes d’une amitié véritable ? Cette question ne date pas d’aujourd’hui. Aristote définissait déjà trois types de relations amicales :

  • l’amitié utile (les services rendus)
  • l’amitié du plaisir (le plaisir partagé)
  • l’amitié vertueuse (l’ouverture à l’autre, l’amitié des “hommes de bien”, qui ont la même vertu, qui partagent respect mutuel et admiration)

Pour Aristote, la seule véritable amitié est ce dernier type d’amitié, l’amitié vertueuse. Selon lui, l’ami vertueux est le seul qui permet de progresser car il est le miroir dans lequel il est possible de se voir tel que l’on est.

Donc selon la pensée grecque, la seule amitié qui compte c’est l’amitié parfaite que l’on voit dans les films ? “Ma meilleure amie depuis l’enfance, on se dit tout, on restera amies pour toute la vie…” ?

Sans vraiment le savoir, beaucoup penchent en effet dans le sens de cet héritage grec : dans notre culture, il y a clairement une idéalisation de l’amitié de type “vertueuse”, comme la décrit Aristote. Cette expression le montre bien : “les vrais amis se compte sur les doigts d’une main” ! Nous sous-entendons que l’amitié véritable est une denrée rare. Moi je crois en l’amitié à “géométrie variable” !

Donc tu n’es pas d’accord avec Aristote !

Je me permets de ne pas être d’accord avec le côté exclusif de sa catégorisation de l’amitié. Selon moi, les 3 types d’amitiés ont leur raison d’exister et sont importants ! En revanche, ce qui me paraît très intéressant dans la pensée d’Aristote, c’est de se poser cette question : “Qu’est-ce qui nous lie ?

  • Les services rendus : dans l’amitié utile, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir des affinités personnelles. Ce qui compte, c’est la satisfaction du besoin. Comme par exemple les mamans qui s’entraident pour le covoiturage des enfants, les voisins qui se rendent service pour l’arrosage des plantes ou le remplissage de la gamelle du chat…
  • Le plaisir partagé : l’amitié fondée sur le plaisir exige déjà un peu plus d’affinités ou même des habiletés voisines. Pour faire du tennis ensemble et y trouver du plaisir, il faut que le niveau soit à peu près équivalent (sinon l’un des deux joueurs rend service à l’autre en lui enseignant le tennis !) Les plaisirs étant par nature changeants, cette amitié risque de cesser lorsque l’attrait pour ce plaisir cesse. Pourtant c’est une amitié réelle à l’instant T !
  • L’ouverture à l’autre : l’amitié centrée sur la personne prend du temps pour s’établir, pour apprendre à se connaître. Pour durer, cette amitié demande les mêmes qualités que dans la vie de couple : bonne communication, maturité, être bien dans ses baskets (pas de dépendance, ni de fusion, être bien positionnée), avoir suffisamment d’humilité ! Cette amitié-là englobe les deux autres.

Pour être véritable, est-ce qu’une amitié doit rentrer dans ces 3 catégories, ou est-ce qu’il peut y avoir d’autres types de relations amicales ?

Ces 3 catégories sont simplement des repères : on ne peut pas toujours tout mettre dans des cases ! Néanmoins les repères sont utiles : si je suis au clair sur ce qui me lie à l’autre (sans l’enfermer non plus), alors je n’en attends pas autre chose, j’apprécie ce que je vis, je ne suis pas dans la frustration par rapport à une amitié idéalisée.

En résumé : qu’est-ce qu’une amitié véritable ?

L’idée forte, c’est qu’il faut accepter d’avoir toutes sortes d’amitiés, d’avoir une juste souplesse de vie pour apprécier toutes les facettes des relations avec les uns et les autres,
et réaliser que toutes ces relations peuvent venir enrichir ma vie… On sera une fabuleuse beaucoup plus heureuse 🙂

À lire également, une autre interview de Yolande Ziegler-Schwab : Mon conjoint est mon seul ami

 

 photo-ronde-heleneHélène Bonhomme est auteure, conférencière, fondatrice du site fabuleusesaufoyer.com et chroniqueuse sur lepoint.fr. Après une Khâgne, des études de philo, plusieurs années d’enseignement et plusieurs autres de rédaction web, elle devient mère au foyer. Elle commence à interviewer des femmes inspirantes et à mettre par écrit des pensées motivantes. C’est ainsi qu’ont vu le jour ce blog en mars 2014, puis en mai 2015 son livre collaboratif pour révéler la fabuleuse en chaque maman et en octobre 2016 son petit guide de l’imperfection heureuse. Elle est mariée à David le fabuleux et maman de Roman et Adelin. Sa mission : aider les mamans qui veulent sortir la tête de l’eau, prendre un peu de recul sur leur quotidien et commencer à aimer leur vie !
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