Séductrice ou séduisante ? - Fabuleuses Au Foyer
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Séductrice ou séduisante ?

Hélène Dumont 23 février 2018
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« Je vivais cette période de ma vie comme un élan : j’étais heureuse. J’avançais dans un temps de réalisation personnelle. Je me sentais libre, spontanée, belle. La question n’était pas de séduire ou non. Ma vitalité était naturellement contenue dans le seul fait d’être femme. Je ne pensais pas à l’impact que cela aurait sur les autres, et notamment sur cet homme. J’étais peut-être séduisante, mais jamais je n’ai été séductrice. » Elle s’arrête : « L’intention n’est pas la même, vous comprenez ? »

Alors, séductrice ou séduisante ?

Souvent débattue au cœur de nos entretiens de conseil conjugal, cette question l’est bien souvent, en premier lieu, au sein de notre cœur.

Une personne est séduisante d’abord par ce qu’elle est bien dans sa peau.

Elle a su faire de ses qualités des atouts de relation. Elle ne fait pas de beaux discours pour convaincre, ne correspond pas forcément aux canons de beauté ambiants.

Elle est. Habitée, rayonnante, vivante.

Et c’est bien cela qui attire : cette vie, vers laquelle l’autre tournera son regard. Cela peut être le début d’une belle collaboration professionnelle, d’une amitié, d’une histoire d’amour.

Une personne séductrice, en revanche, cherchera à capter le regard de l’autre pour répondre à une problématique personnelle.

Elle pourra déployer ses atouts, son charme, son argent, ses paroles, afin d’attirer. Chercher à séduire de façon permanente trahit le désir de trouver la confirmation que je suis aimable. Cette attitude n’est donc ni innocente, ni désintéressée. Elle va parfois jusqu’à la négation de l’autre. Souvent, cela découle d’un manque de confiance et, à l’origine, d’une blessure d’amour.

Notre façon d’appréhender la séduction est bien souvent liée à notre histoire personnelle

Selon l’éducation reçue, elle est parfois envisagée comme un processus néfaste, derrière lequel se trouvent des questions non résolues de tentation, de moralité, de sexualité coupable. Le fait de pouvoir plaire à l’autre est ainsi souvent compris comme quelque chose de dangereux, et plus particulièrement chez la femme : apparentée de façon indéfectible à la figure d’Eve, celle-ci ne peut faire autrement que d’être LA séductrice.

L’analyse sera alors rapide : « Si les hommes la regardent, c’est de sa faute. Il ne fallait pas chercher. »

Le simple fait d’être femme est perçu comme suspect, investi d’intentions douteuses. De séduisante, la femme se confond en séductrice, et sa joie de vivre devient provocation.

Or, ce point de vue est limitant. Il montre combien il peut être difficile, pour certains, de poser un regard sain sur une femme rayonnante, qui ne soit pas filtré par la question de la sexualité. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, ainsi que de toutes les croyances et de toutes les peurs qui s’y rattachent : les pulsions, les fantasmes, les émotions, que ces « attraits féminins » pourront provoquer chez moi ou chez l’autre. « Et puis, on ne sais jamais, si elle tombait enceinte ! »

« Notre fille est un bouton de rose. Nous refusons qu’elle porte sa jupe au dessus du genoux : ça va exciter les garçons, elle peut se mettre en danger, ou ternir sa réputation », me partagent ces parents inquiets de voir leur fille grandir en beauté. Ou encore cette femme me disant : « Cette collègue est une séductrice, je ne supporte pas de la voir aux côtés de mon mari ».

Ces propos m’interrogent. Sont-ils l’apanage d’une sagesse et d’une prudence lucide ou le résultat d’une éducation moralisante et conservatrice ?

A les écouter, il faudrait cacher notre féminité, et celle de nos filles, les hommes ne sachant pas l’accueillir autrement que de façon pulsionnelle. Il faudrait également refouler notre joie d’être femme, notre désir d’être jolie, d’habiter notre corps, pour ne pas tenter l’autre, ne pas le faire sortir du droit chemin, surtout quand il est marié.

C’est poser sur les hommes et les femmes un regard suspicieux bien pauvre et réducteur.

Car, au fond, de quoi avons-nous peur ?

Que je sois homme ou femme, il est souvent plus facile de critiquer chez l’autre ce que je ne veux pas, ce que je ne peux pas accueillir en moi, pour une multitude de raisons.

Ainsi, j’accuserai à tort cette femme d’être séductrice, alors que c’est peut-être moi qui ne sait pas accueillir le fait d’être :

  • séduite
  • séduisante
  • moi-même séductrice
  • qui aimerait mettre en avant ma féminité, cette part importante de moi-même, qui me révèle femme

Posons-nous quelques questions : il s’agit de bien se connaître, afin d’éviter les faux-pas et les mauvaises interprétations.

  • Suis-je à l’aise avec la séduction ?
  • Est-ce que j’accueille ma féminité comme quelque chose de bon, ou de dangereux ?
  • Quelles sont les croyances et les valeurs que ma famille a pu me transmettre quant aux relations hommes/femmes ?
  • Suis-je consciente de ce qui me séduit ?
  • Est-ce que je sais en reconnaître les signes ?
  • Ai-je conscience de ma capacité de séduction ?

Si je peux difficilement m’interdire d’être séduite ou séduisante, car je ne peux pas devenir totalement insensible au charme ou à la beauté, je peux encore choisir ne pas me laisser séduire, en y engageant ma volonté et en ajustant ma façon d’être, quand l’autre y devient trop sensible, afin d’y mettre les limites, qu’il ne voudrait ou ne pourrait pas mettre lui-même.

La séduction nous permet d’entrer dans une relation vivante avec l’autre. C’est une richesse.

Et cela, nous pouvons tous apprendre à le recevoir, l’ajuster, le modifier, le faire évoluer, sans honte et au profit d’un lien plus juste, plus sain, plus harmonieux, joyeux et vrai !



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.conseilconjugaletparentalite.com

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