Lettre à mon enfant compliqué - Fabuleuses Au Foyer
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Lettre à mon enfant compliqué

maman et enfant
Une Fabuleuse Maman 25 janvier 2023
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Mon amour,

Je t’aime. C’est une vérité première à laquelle, quoi qu’il arrive, tu peux te raccrocher. Même quand je n’ai à t’offrir qu’un soupir excédé parce que, encore une fois, tu réponds “Moui, bof”, quand je te demande si tu as passé une bonne journée. Impossible, aujourd’hui encore, de comprendre le sens de cette mécanique qui m’use : j’attends de toi que tu sois heureux, léger et gai, et en retour tu me fais la liste de tout ce qui s’est mal passé dans la journée. À croire que nous sommes doués l’un et l’autre pour nous hérisser mutuellement, moi et mes attentes pétries d’illusions, toi et ton désir d’être précis.

Rien ne semble te combler, quels que soient mes efforts,

et j’ai encore à l’esprit ce jour où, toute heureuse de vous offrir deux jours au bord de la mer, tu m’as répondu : “Dommage qu’on n’ait pas la vue”. Mon sourire a été douché et je n’ai pu que grommeler “toujours quelque chose à redire, celui-là”. Non, tu ne voulais pas être désagréable, c’était juste vrai : on ne voyait pas la mer. Ce n’est d’ailleurs jamais ton but, je crois. Mais tu es comme ça, le verre est toujours à moitié vide, ta liste au père Noël tient en vingt-trois enveloppes bourrées d’images découpées dans les cinq catalogues de jouets que tu as récupérés à droite et à gauche, tes amis sont toujours décevants et moi, jamais à la hauteur. 

C’est tellement difficile d’accepter que tu n’es pas cet enfant-là,

ce petit garçon joyeux, léger, facile à contenter, la preuve vivante que je réponds à ses besoins. Je ne réponds pas à tes besoins. Je n’y arrive pas. Et quand je me mets en quatre, c’est tellement difficile, tellement douloureux d’entendre que ce n’était pas ça que tu attendais, ou que ce n’est pas suffisant. Tu veux toujours le jouet d’à côté. Je sais que ce n’est pas “contre moi” car je remarque les efforts que tu déploies pour ne pas me blesser : “C’était bien, mais… Merci, déjà, maman, d’avoir invité mes copains, mais… Ça aurait été super de prévoir un anniversaire à l’accrobranche, pour changer un peu. Même si la chasse au trésor était cool. Peut-être l’an prochain ?”. Il me faut une dose immense de patience pour ne pas te sauter sur le poil en croassant : “Jamais content ! Moi qui ai passé une heure sous la flotte à cacher les indices de cette fichue chasse au trésor !”.

Ta manière tortueuse de me faire comprendre ce que tu attends me rend hargneuse parfois : “Tu ne peux pas dire clairement que tu as envie de goûter ce gâteau qui sort du four, plutôt que de soupirer  “ça sent bon” en regardant tristement par la fenêtre ? Arrête de tourner autour du pot, on se sent manipulés et ça ne te rend pas aimable !”.

À travers ces paroles parfois acerbes dont je regrette souvent le ton, j’essaie de te donner des clés,

me disant que si tu n’es jamais invité aux anniversaires des camarades d’école, c’est peut-être parce que ta manière d’interagir avec eux les met mal à l’aise. Et ça me rend malade d’imaginer ta solitude. 

Cette année, l’école m’a appelée vingt-deux fois pour que je vienne te chercher. Mal au ventre, à la tête, pas la forme, pas le moral, angoissé… Je t’ai fait parler des heures, me suis battue pour décrocher un bilan psy puis un suivi, j’ai respecté à la lettre ton rituel du coucher, toujours les mêmes phrases, les mêmes câlins, dans le même ordre. Tout ceci vient s’ajouter à ton traitement de fond, une poignée de médicaments qui traitent ton allergie. Je te soupçonne parfois de l’entretenir dans mon dos, cette allergie, pour être certain que je te donne plus d’attention qu’aux autres. À chaque nouveau médicament qui s’ajoute à ton ordonnance, tu m’as presque l’air content. Dès la première séance, le psy me disait : “Bon, il va bien votre enfant. On va annuler les séances, hein, madame Machin”.

Retour à la case départ, et je n’ai toujours aucun mode d’emploi.

Et puis, sans qu’on comprenne pourquoi, ça y est. Le soleil revient sur ton visage et, quand tu vas bien, tu scintilles littéralement. Ton regard, l’éclat de ta peau, tout a changé. Tu vas bien. Et je ne comprends pas ce qui a réussi à modifier ton humeur. Aujourd’hui je sais que c’est une période. Quelques mois pendant lesquels tu vas sourire, te plaindre avec modération, rire parfois, ne pas m’imposer des listes de doléances interminables. Et je m’en nourris, je fais des provisions. Quand tu étais tout petit, tu me faisais des colères de l’espace, tu jetais ton assiette par terre, refusais de marcher alors que j’étais enceinte de huit mois (ceci expliquant peut-être cela), te tapais la tête contre les murs et la seule manière que je trouvais pour nous préserver tous les deux, c’était te mettre dans ton lit à barreaux. Puis, quand le calme revenait, tu te blottissais dans mes bras, la bouche collée dans mon cou comme pour te brancher à une prise de courant, et je disais alors à ton père : “Je me recharge”. 

Bien sûr, je m’inquiète pour ton avenir.

Sauras-tu être heureux de ce que tu as, de ce que tu es et de ce que les autres peuvent t’apporter ? Est ce que tu vas rester un puit sans fond que tes amis, tes amoureuses, tes employeurs vont se lasser de remplir indéfiniment ? Ou bien est-ce que cette manière que j’ai de revenir inlassablement à la charge, avec mes fables sur le Loup blanc / Loup noir, avec mes cahiers de gratitude que je laisse sur ta table de nuit avec un crayon, va porter des fruits ? Est-ce que tu vas grandir en te mettant en danger, est-ce que cette inextinguible soif de cadeaux, d’attention, de cartes Pokémon brillantes et de waouh va faire de toi une plante sèche, un être solitaire ?

Je veux tellement que tu t’épanouisses,

que tu sois l’artisan de ton propre bonheur, que tu te contentes de peu pour être toujours satisfait, que j’en ai mal au ventre. Avec toi, j’apprends que je n’ai pas la recette mais je découvre que je trouve toujours, encore, la ressource pour te murmurer des mots tendres ou faire des kilomètres pour essayer quelque chose avec un nouveau professionnel.

J’apprends aussi que je ne suis pas toute puissante et que je ne peux pas suffire à ton bonheur.

Tu as ta part de chemin à faire. Et j’essaie de cesser de considérer ma mission de maman comme une tâche sanctionnable par les mots “échec” ou “réussite”. Je ne peux et ne dois pas te coller sur le front une petite case carrée que je remplirai un jour d’un “tick” vert, en mode “Enfant dont l’éducation est réussie : check”. C’est tellement plus complexe, nuancé, fin, inquantifiable que ça.

Je ne sais pas comment t’aimer bien, t’aimer assez, t’aimer à la hauteur.

Quand je parle de toi, je me rends compte que je dépeins un personnage assez antipathique, alors que tu es aussi mon grand amour. Mon amour pour toi est un combat. Et quand tu me serres à m’étouffer le soir en me faisant promettre de revenir t’embrasser quand j’irai me coucher, je me dis qu’on avance, toi et moi, et que chaque moment de plénitude que nous partageons est un moment arraché à la difficulté de nous accorder, un précieux moment gagné.

Ce texte nous a été transmis par une fabuleuse maman, A.



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Cet article a été écrit par :
Une Fabuleuse Maman

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