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Pour le meilleur et pour le pire

C’est à moi d’entrer. Bouquet de fleurs à la main, je m’avance au bras de mon papa, ma robe blanche caressant le beau parquet de ce temple lumineux. Je souris en apercevant mes amis réunis ici, pour nous. Je me sens à la fois intimidée par tous ces regards remplis d’affection et étourdie par l’étape que je m’apprête à franchir. Mon fiancé m’attend au bout de l’allée, le regard amoureux plus que jamais. Dans quelques minutes, je lui ferai la promesse, devant des centaines de témoins, de l’aimer jusqu’à la mort, pour le meilleur et pour le pire.

Très vite, nos enfants ont fait leur arrivée fracassante dans nos vies. Puis commença le chantier énorme de la rénovation de notre maison, en parallèle du lancement d’un grand projet commun nous prenant aux tripes. Un quotidien bien rempli, au rythme de l’installation des gaines électriques, des réunions de chantier, des biberons renversés et des rideaux poussiéreux.

Ensemble, face aux défis

Inutile de vous dire que les défis auxquels nous avons été confrontés ont été nombreux. Les épreuves multiples. Le découragement revenant sans cesse à la charge, entrecoupé par le bonheur de voir nos enfants grandir et réjouir nos coeurs de parents. Étrangement, durant ces années intenses, les conflits n’ont pas été si présents que ça. Nous nous sommes serrés les coudes, tous les deux, faisant face ensemble à ces défis de grande envergure.

Puis la tempête s’est calmée.

Et petit à petit, les saletés jusque là enfouies au fond sont remontées à la surface, lentement, une par une. Petit à petit, elles nous ont bouché la vue lumineuse, nous laissant face à un rideau sombre et sale.

C’est quand tout se calme que l’on se rend compte des conflits cachés que l’on avait enfouis. L’autre, celui dont on est tombé sous le charme quelques années plus tôt, apparaît alors moins séduisant. On ose se montrer dans son pire MOI. Celui que l’on cache à tous. Et dont on garde précieusement le reflet pour notre moitié.

C’est donc ça, aimer pour le meilleur et pour le pire.

Je ne parle pas ici des meilleures ou des pires circonstances extérieures comme la maladie, la perte d’un emploi, les difficultés au travail, les finances… Ces circonstances-là, venant de l’extérieur, on les surmonte le plus souvent ensemble, on s’unit pour faire face à un ennemi commun. Non, je parle là de mon « moi » profond :

Le meilleur, comme le pire de ma personne.

Aimer le pire de l’autre, sans parvenir à reconnaître en lui ses qualités qui nous ont tant séduit le premier jour. Combien de fois me suis-je sentie perdue dans mon identité, en devenant maman ? Ne sachant même plus ce que j’aimais faire, avant. Mon fabuleux a continué à m’aimer. J’étais pourtant loin d’être dans mon meilleur moi. Eh bien, il semblerait que soit à mon tour, à présent.

À mon tour d’aimer cet homme qui se perd dans son identité. Qui me donne à voir, avec confiance, son pire moi, dans toute sa fragilité.

Que faire, quand ce qui m’avait séduit chez l’autre n’est plus là ?

Comment continuer à aimer, envers et contre tout ? Cette question, je l’ai retournée dans tous les sens. J’ai envie qu’il change, simplement. Qu’il aille mieux. Qu’il se prenne en main. C’est si facile de montrer du doigt les manquements de l’autre. Plus difficile d’admettre que ça ne tient pas qu’à lui.

Je me dois de cultiver l’amour par mes pensées.

Enfiler, chaque matin, les lunettes de la gratitude pour entretenir des pensées d’amour envers l’autre. Chasser d’un revers de manche celles qui le dénigrent. C’est ainsi que Clotilde Dusoulier parle de l’amour dans un de ses podcasts : “Quand je choisis d’aimer quelqu’un, je suis la principale bénéficiaire de cet amour. L’amour ne vient pas de l’extérieur, il dépend de moi !“

Prendre soin de moi

Et pour cultiver cet amour, j’ai besoin de me sentir bien. Prendre soin de mon être intérieur n’est pas égocentrique mais me donne les ressources nécessaires pour générer des pensées d’amour envers mon conjoint. Que puis-je faire aujourd’hui pour me sentir bien ?

Cesser d’attendre que mon bien-être vienne de l’autre.

Aimer ma vie, telle qu’elle est. En apprécier chaque relief. Et retomber amoureuse de celui qui m’offre le cadeau de son authenticité.

Oser l’aimer, pour le meilleur et pour le pire.

 

profil-floriane-chroniqueuse

Floriane Héritier est musicienne professionnelle. Elle joue au sein d’une troupe d’artistes un peu déjantés – lesTrombinoz’notes – et transmet sa passion auprès des enfants. Quand elle est devenue maman (en 2013 et 2015), elle a co-fondé l’association Coeurs de Parents pour créer des rencontres authentiques entre mamans dans sa ville.

 

 

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  • ManueC

    Merci, magnifique texte, juste, pertinent, si on pouvait tous le comprendre…
    Et oui, aimer est un choix et encore plus dans ces saisons où le rideau devient sombre.
    Merci Floriane