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Pornographie : osons en parler à nos enfants !

Ariane Langlois 30 octobre 2019
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La pornographie est un sujet délicat, avec lequel nous sommes rarement à l’aise. Pourtant, elle est devenue si accessible qu’il est impossible aujourd’hui d’éviter cette discussion. Dès 9 ou 10 ans, nos enfants sont en effet susceptibles de voir passer des images violentes et choquantes. De l’avis d’Anne de Labouret, journaliste santé, et Christophe Bustraen, médiateur scolaire, auteurs de« Parlez du porno à vos enfants avant qu’Internet ne le fasse » (éd. Thierry Souccar), répondre à leurs questions et même les devancer pour mieux les protéger s’impose comme un devoir parental.

En quoi le porno est-il un sujet difficile à aborder pour les parents ?

A.d.L : C’est un sujet délicat dans le sens où les parents d’aujourd’hui n’ont pas été habitués eux-mêmes à évoquer cela avec leurs parents. Ils n’ont pas imaginé non plus qu’un jour, ils devraient aborder cette question avec leurs enfants. De la même manière qu’ils n’auraient pas pensé un jour devoir parler d’attentats. C’est un sujet nouveau d’éducation, qui s’impose à l’heure actuelle, auquel les parents ne sont tout simplement pas préparés et qui leur demande une adaptation.

C.B. : Avant même l’arrivée massive de la pornographie, il était déjà difficile de parler de sexualité avec nos enfants ! On l’évoquait souvent seulement à travers la reproduction. Alors, parler de pornographie, c’est devoir franchir un pas encore plus compliqué.

Est-ce devenu un sujet incontournable ?

A.d.L : L’hyperaccessibilité de la pornographie fait que le sujet ne peut plus être évité. Aucune loi sur le sujet n’est respectée : les films circulent sans filtre sur la toile et un clic suffit pour accéder à des extraits. Des fenêtres pop-up, très explicites, peuvent surgir sans crier gare lorsqu’on effectue une recherche sur Internet. Il est devenu très difficile de préserver les enfants. De la même manière que l’on parle des règles, du préservatif ou du SIDA, il faut donc oser parler de pornographie. Cela ne devrait plus être un sujet tabou ! Cela ne l’est d’ailleurs plus pour les jeunes qui l’abordent volontiers entre eux.  Si l’on a instauré un climat de dialogue, ouvert, respectueux et sans jugement, il est possible de parler de pornographie avec ses enfants.

Pourquoi est-il important de ne pas attendre que nos enfants découvrent ce sujet par eux-mêmes ?

C.B. : Aujourd’hui, la pornographie est accessible partout, tout le temps, sans même avoir à la chercher. Dès 11 ans en moyenne, voire 9 ans, un enfant a accès à des images ou des vidéos pornographiques. Bien souvent via le téléphone portable d’un de ses copains. Même quand on a le contrôle de ces images à la maison, on ne maîtrise pas ce que l’enfant peut voir à l’extérieur. En parler avec lui est le seul moyen actuel d’apporter un contre-message positif aux messages que véhicule la pornographie. Aujourd’hui, les jeunes qui veulent se renseigner sur la sexualité et posent une question sur un moteur de recherche tombent inévitablement sur des sites pornographiques, au lieu d’être dirigés vers Wikipédia. C’est d’une violence inouïe quand on est trop jeune pour avoir une représentation de la sexualité.

Quels problèmes posent ces images crues et agressives ?

A.d.L. : Chez les enfants très jeunes, qui sont confrontés à un monde qu’ils n’ont pas imaginé, cette effraction dans le psychisme est un choc, voire un traumatisme. Ils peuvent imaginer qu’ils sont issus de ce type de relation. Certains vont aller en parler en pleurs à leurs parents. D’autres vont garder cela pour eux, ce qui est évidemment plus compliqué. Chez les jeunes ados, c’est différent : garçons et filles vont prendre la pornographie pour un mode d’emploi de la relation sexuelle. En l’absence de contre-discours, ils risquent de considérer que toutes les pratiques présentées dans ces vidéos, y compris dominantes ou soumises, sont ce qu’il faut mettre en place dès le début d’une relation. C’est évidemment très préjudiciable pour leur sexualité future puisque ces images font l’impasse sur les notions de respect, de tendresse ou d’amour.

À partir de quel âge faut-il en parler ?

A.d.L : Dès qu’on lui donne en main un outil (une tablette, un portable…) par lequel il peut être en contact avec ces images. De la même manière qu’on lui donne des conseils d’usage (« ne le fais pas tomber, range-le à tel endroit, n’accède pas à telle fonction… »), il faut lui adresser un message de prévention :

« Sur Internet, tu peux tomber sur des images violentes ou avec des gens nus, qui peuvent te choquer ou te mettre mal à l’aise. Si cela arrive, viens m’en parler. »

L’idéal ensuite est de ne pas imposer un discours très solennel sur le sujet, mais plutôt de répondre aux questions que l’enfant se pose.

Que lui dire exactement ?

C.B. : En premier lieu, il faut le remercier d’oser venir en parler, le remercier pour sa confiance. Essayer de répondre avec naturel et spontanéité (de fait, il est important de se préparer !). S’il sent que l’on est bloqué par ses questions, il n’osera plus venir en parler.

A.d.L. : La première chose à dire à tout âge, c’est que ce n’est pas la réalité, que les gens font semblant et qu’il s’agit de films réalisés par des adultes à destination des adultes. Que quand on s’aime, cela ne se passe pas ainsi. À de jeunes ados, on peut expliquer que ces films sont réalisés par des acteurs qui tournent, comme dans un film traditionnel, et qu’ils font cela pour de l’argent dans le but d’exciter le spectateur. On peut ajouter dans tous les cas que ce type de film nous met nous aussi mal à l’aise, qu’on a du mal à en parler parce que ce n’est pas quelque chose qui nous est familier. L’important est de ne pas laisser son enfant face à son questionnement.

Sur quoi faut-il insister ?

C.B. : À de jeunes ados, il faut redire que ces performances ne sont pas réelles, que les acteurs prennent des médicaments pour être endurants, que les scènes sont truquées et tournées sur plusieurs jours, que le montage accentue la longueur des actions. D’autre part, avec des plus grands, il est essentiel d’aborder avec eux la question du consentement et du respect de l’autre. Dans ces films, le « non » de départ est souvent un préliminaire, qui se transforme toujours en un « oui » final de satisfaction. Dans la vraie vie, quand on dit non, c’est non : l’autre doit accepter ce refus.

Faut-il les surveiller par la suite ou leur faire confiance ?

C.B. : Chez les plus grands, il est impossible de surveiller constamment l’historique. L’enfant a aussi besoin de savoir qu’on lui accorde notre confiance. Si on lui confie un support Internet, c’est que l’on considère qu’il a la maturité suffisante pour l’utiliser. Cela n’empêche pas de prendre des dispositions techniques pour limiter les images sur lesquelles il pourrait tomber et de le lui dire :

« Pour te protéger, nous avons mis en place un logiciel de surveillance, de sorte que tu ne sois pas confronté à un contenu qui ne t’est pas destiné. »

A.d.L. : Si l’on s’aperçoit d’un visionnage non approprié, on peut aussi l’évoquer :

« En allant chercher telle information, j’ai vu que tu avais consulté ce site. Si tu as des questions, je préfèrerais en parler avec toi plutôt que tu ailles chercher des renseignements sur ces sites qui ne te montrent pas la réalité. »

Il faut aussi les avertir de ce qui pourrait se passer s’ils décidaient de mettre en ligne leurs propres ébats. Expliquer le retentissement que cela pourrait avoir au niveau amical, scolaire, familial ; évoquer les cas de harcèlement déjà entendus dans l’actualité pour faire passer le message.

Quelles sont les solutions techniques pour nous aider à les protéger ?

C.B. : Déjà, on peut configurer son ordinateur en activant les contrôles parentaux présents sur toutes les machines. Les fournisseurs d’accès Internet, même s’ils n’en font pas la publicité, fournissent également des dispositifs pour restreindre l’accès à ces sites, il suffit de se renseigner. Il existe aussi des logiciels externes payants. Enfin, ne pas oublier d’installer un moteur de recherche spécial enfant pour aider les plus jeunes à surfer sur le Web en toute sécurité.

Parlez du porno à vos enfants avant qu’Internet ne le fasse, éd. Thierry Souccar, 176 p., 12€.

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Cet article a été écrit par :
Ariane Langlois

Journaliste spécialisée en santé et psychologie, Ariane Langlois travaille pour la presse magazine féminine depuis plus de dix ans et tente de répondre chaque jour aux problématiques rencontrées par les femmes et mères d’aujourd’hui. Elle est mariée et maman de deux filles. Elle tient aussi un blog consacré aux ouvrages pour la jeunesse.
http://www.onlitunlivre.com/

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