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Monsieur cuisine

Tous aux abris !

La semaine dernière, mon bien-aimé a pris quelques jours de repos et nous avons donc eu la joie de goûter à sa délicieuse compagnie. Il est allé montrer sa fraise à la maîtresse de Chaton, aux copains de crèche de Lapin, le matin ET le soir : top luxe ! Et, conséquence logique, c’est lui qui a commencé la préparation du dîner.

Aïe.
Aïe aïe aïe.

Sa compagnie est délicieuse, sa bouffe en revanche, moins.

Mais bon.

Soixante dix-sept fois sept fois, c’est le nombre d’essais que je lui accorde.

Plein d’énergie et de confiance en lui, il m’appelle donc, à 18h37, et m’annonce, un brin fiérot, qu’il va cuisiner le petit rôti de porc qui était au frigo.

« Comment je fais ma chérie ? »

– Tu vas sur Marmiton mon amour ? Je conduis, pensais-je. Sinon je vais encore croiser une voiture de flics, je vais avoir une prune, qui va s’ajouter aux précédentes, mon découvert va encore augmenter, je vais être en interdit bancaire, la banque va saisir notre appartement et j’en serai réduite à aller mendier dans les rues avec les enfants, parce qu’en plus tu m’auras quittée, et j’agoniserai de froid sur l’asphalte glacial, une sinistre nuit de novembre, tout ça à cause d’un rôti, alors débrouille-toi ! »

Bon, en fait, je réponds pédagogiquement, dans le souci de faire progresser celui qui partage ma vie, autant qu’il me fait progresser :

« Tu prends la cocotte-minute, tu mets un peu d’huile dedans, tu…

– Un peu comment ?

– Un petit fond, quoi. Tu mets des oignons, que tu fais rissoler (le dictionnaire est sur la 4e étagère de la bibliothèque, pour chercher la définition de « rissoler »), tu fais dorer le rôti de tous les côtés, tu rajoutes un verre d’eau…

« HEIN ? QUOI ? UN VERRE D’EAU ? MAIS C’EST SUPER DANGEREUX ! T’ES FOLLE ? JAMAIS D’EAU DANS DE L’HUILE BOUILLANTE ! EXPLOSION BLABLABLA INCONSCIENTE BLABLABLA BRÛLURE 10ème DEGRÉ BLABLABLA TOUS MOURIR BLABLABLA »

Houla ! Mais qui a parlé de frire le rôti mon chéri ? pas moi en tout cas, je pense qu’il y a méprise. As-tu regardé la définition de « rissoler » dans le dictionnaire avant de t’emballer ?

Il faut dire que le rapport que cet homme – assez exceptionnel par ailleurs sur bien des plans – entretient avec les outils de cuisson, est assez conflictuel. Quand je lui demande de sortir un plat du four, il s’équipe comme pour rentrer dans le réacteur n°4 de Tchernobyl juste après l’explosion – ou presque.

Bon bref, une fois les instructions données et assimilées, la situation en passe d’être maîtrisée, la cocotte-minute fermée, je raccroche et rentre paisiblement dans mon foyer, émoustillée à l’idée de mon homme en cuisine. Il est en effet assez rare qu’il se mette aux fourneaux. Le soir, quand nous nous appelons, je lui demande : « Tu manges quoi ? » Le plus souvent, il me répond : « des chéréales, et toi ? » et je lui réponds, assez souvent : « des chéréales, auchi ». Autant dire qu’un rôti, un soir de semaine, prend figure d’événement exceptionnel.

Réjouie à l’idée de ce rôti,

(il m’en faut peu)

j’arrive, pose mon attaché-case dans le couloir, attends qu’il m’enlève mon manteau, mes chaussures et me serve un bon scotch, puis je m’installe confortablement dans le canapé, allume un cigare et ouvre mon journal.

Non, pour de vrai… j’arrive, pose mon sac à main et mon manteau, le vois venir à ma rencontre, une couche dans une main, un torchon dans l’autre, et je sens… un agréable fumet de rôti en voie de carbonisation.

Je le regarde, il me regarde telle une biche affolée, et me dit en clignant des yeux d’un air à la fois consterné et angoissé (il est tellement mignon quand il fait ça, on dirait le Chat Potté)

« Je comprends pas, pourtant j’ai tout fait comme tu m’as dit, j’ai même mis deux verres d’eau, je crois bien que ça a cramé, pfff, j’en ai marre, la cuisine c’est vraiment pas mon truc, pffff » et tout dépité, il jette le torchon sur le plan de travail (désespoir XXL, vous dis-je).

Je reprends donc le contrôle de la situation :

Sécurisation de la zone de crime, approche prudente des protagonistes, désamorçage de la cocotte-minute, autopsie du rôti :

Ben oui mon amour, si tu fermes mal la cocotte-minute, l’eau s’évapore par les côtés du couvercle, vois-tu ? À quoi cela sert-il d’entretenir ton corps d’athlète par des séries quotidiennes d’haltères, si tu n’as pas la force de fermer la cocotte-minute, fragile petite chose ?

Ne sois pas déçu mon cœur : c’est l’intention qui compte. Un rôti brûlé avec amour, vaut mieux qu’un rôti cuit à point dans l’indifférence.

 

profil-marieG-chroniqueuse

Marie et son fabuleux époux ont chacun un grand d’une première union (une fille pour elle, un garçon pour lui) et deux petits diablotins ensemble. Ils tentent de gérer au mieux cette jolie famille recomposée, dans la joie et la bonne humeur (le plus souvent), dans les cris et les engueulades (parfois). Marie amorce le virage de la quarantaine comme une vraie remise en question personnelle et professionnelle. Scientifique de formation et de profession mais littéraire de cœur, elle partage sur son blog de petits textes sur les moments rigolos ou exaspérants de sa vie familiale.

http://petitsruisseauxgrandesrivieres.wordpress.com

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