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Mon enfant serait-il surdoué ?

Valérie de Minvielle 2 février 2020
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Précocité, douance, haut potentiel intellectuel : en voilà un sujet qui déclenche les passions ! Chez tout le monde, y compris chez les psys. Certains crient à l’effet de mode, d’autres assurent que leur vie a changé depuis qu’on a nommé leur façon de fonctionner, d’autres encore n’y voient que vanité « pour qui elle se prend celle-là, de claironner que son enfant est plus doué que les autres ? ».

D’abord, de quoi est-il question ?

Je parle de ce que l’on appelle le plus souvent précocité, douance, ou haut potentiel intellectuel. Il s’agit, non d’un syndrome du génie, mais d’une particularité de fonctionnement intellectuel et affectif qui génère beaucoup de questionnements : 

  • En quoi est-ce un problème d’être surdoué ? N’est-ce pas plutôt une chance ? Et puis cet enfant n’a pas l’air si doué que ça…
  • Mon enfant est hypersensible. Faut-il l’emmener chez un psy pour qu’il passe un test ? 
  • Mon enfant a été détecté précoce – et maintenant qu’est-ce que je fais ? Et moi en tant qu’adulte, comment je le vis ? 

Voici quelques éléments de réflexion :

Les mots de douance et de haut potentiel intellectuel indiquent une notion de don, de talent particulier. C’est lié à l’indice quantitatif qui est utilisé pour déterminer la précocité. L’échelle des psychologues compare les performances d’un enfant à celles d’autres enfants de son groupe d’âge, pour calculer ce qu’on appelle le quotient intellectuel. Différents domaines sont évalués : les capacités logiques, verbales, de rapidité, de mémoire etc.. Est dit précoce un enfant dont le QI se situe très largement au-dessus de la fourchette moyenne. 

Mais l’évaluation prend également en compte un indice qualitatif. Car la précocité désigne avant tout une particularité de fonctionnement, dont je vous décris rapidement les grands traits : 

  • D’abord une pensée dite « en arborescence », en opposition à une pensée séquentielle, où une idée mène à une autre selon un déroulement progressif. La pensée en arborescence ne se déroule pas une progression logique, mais une idée en mène à une autre tout à fait différente, comme si elle sautait sur la branche d’à côté, passant « du coq à l’âne ». Ces personnes-là sont souvent celles dont on a du mal à suivre le raisonnement, ou qui formulent plusieurs idées à la fois. Certains enfants très lents le sont à cause de ces idées qui les assaillent de toutes parts. C’est ainsi qu’on les retrouve, une heure après leur réveil, avec une seule chaussette sur le pied, et leur pantalon à la main. C’est que leurs yeux ont été attirés par le Lego pas terminé d’hier, qui les a fait penser à un copain, et ils ont perdu de vue leur objectif initial…
  • Ensuite une hypersensibilité, dont les manifestations peuvent être une hyperesthésie (sensibilité accrue de n’importe lequel des sens), une hyperémotivité, une hyperréactivité. Je pense ici à des crises de colère d’enfants qui se sentent victimes d’injustice grave, ou encore à des adultes qui sont physiquement gênés au-delà d’un certain niveau sonore. Cette hypersensibilité implique la plupart du temps une tendance à tout observer, tout écouter, qui rend ces personnes d’autant plus réactives, car perméables à ce qui se passe autour d’elles. 

C’est souvent cette hyperémotivité qui déclenche des questions chez les parents. Ces enfants déploient une grande énergie pour s’adapter à un fonctionnement qu’ils ne partagent pas, ni ne comprennent. Leur réservoir affectif est complètement vide le soir, et leurs réactions émotionnelles d’autant plus fortes, laissant les parents désarçonnés… et épuisés.

Mais cela peut également être de grosses difficultés à l’école :

un tiers des enfants précoces se trouve en situation d’échec scolaire. 

À l’école, il est reproché à ces enfants de papillonner, d’avoir des difficultés de concentration, ou encore de mal travailler. Un élève en cours de maths peut trouver le bon résultat de façon intuitive, sans passer par la séquence de raisonnement demandé par le maître, et se retrouver sanctionné pour cela.

Loin de moi l’idée de vouloir tous nous mettre dans des catégories avec des étiquettes. Si le repérage des HPI a un intérêt il est avant tout celui d’aider ceux qui souffrent d’un sentiment de différence à vivre le plus aisément possible avec leurs spécificités. 

Parmi les femmes que j’accompagne, Laura a découvert la précocité de son fils aîné, puis la sienne.

Elle a reçu ce diagnostic comme un soulagement :

« Je comprends mieux pourquoi je hypersensible, et si fréquemment insatisfaite. Ça explique aussi mon sentiment d’être décalée, voire inadaptée ».

Durant les mois que nous avons passés ensemble, je l’ai vue apprendre à surfer sur sa différence pour d’abord la vivre pleinement. Elle a pu dédramatiser son hypersensibilité, puis en parler : « Oui, je pleure, je suis très émotive donc je pleure souvent. Mais ça va. » 

Carine a découvert la précocité de son enfant mais n’ose pas en parler à ses parents dont elle craint le jugement et le mépris. Sur mon conseil, elle a encouragé son enfant, non pas à parler de précocité, mais à décrire son fonctionnement à ses grand-parents quand cela lui était utile :

« Mamie, tu sais, pour faire mes devoirs, j’ai l’habitude de travailler plusieurs matières en même temps, en écoutant de la musique et avec mon doudou, ça m’aide c’est tout ».

Les enfants apprennent à naviguer aussi avec les adultes qu’ils ont autour d’eux… 

Laurence, elle, a pu mieux comprendre le fonctionnement de son fils grâce au compte-rendu du psychologue, qui laisse apparaître une performance fulgurante en raisonnement logico-mathématique. Elle savait que son fils était bon en maths, mais tentait de freiner ses aspirations en se disant : « Si je l’encourage, il va s’ennuyer dans les classes d’après »

Laurence a compris qu’elle avait intérêt à nourrir son fils – quitte à lui offrir des cours particuliers niveau collège alors qu’il est en CM1 – ainsi que d’en parler à la maîtresse. Au risque de creuser son décalage ? Certes. 

Mais aussi et surtout pour qu’il supporte l’école, pour qu’il sente que ses parents, ou son enseignant, peuvent étancher sa soif d’apprendre. Sinon, le risque le plus grand est bel et bien qu’il se désintéresse complètement du monde scolaire et du monde adulte par la même occasion. 

Comment réagiriez-vous, si, en arrivant à la piscine avec une envie de vous jeter à l’eau, de nager, vous découvriez que le bassin a 50 centimètres de profondeur et que l’on vous disait : « Débrouille- toi avec ça : pour des gens de ta taille et de ton âge, c’est ce bassin qui convient. » ?

C’est la raison pour laquelle cela vaut la peine, sans entrer dans les débats, d’en avoir le cœur net. Car la première des choses qu’un enfant perd quand il se sent différent, décalé, incompris, c’est la confiance en soi. Alors à quoi bon entrer dans le débat de la précocité, si tout ce parcours devient une occasion de mieux se connaître, pour mieux s’aimer, et mieux se dire ?



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Cet article a été écrit par :
Valérie de Minvielle

Psychologue clinicienne, Valérie de Minvielle fonde après 20 ans d'expérience professionnelle "Ma Juste Place", une méthode d’accompagnement personnalisé pour les femmes qui veulent se sentir à leur juste place dans leur vie de couple, en tant que mère, et dans leur vie professionnelle et sociale. Elle est également l'auteur de "Trouver ma juste place - dans le quotidien de 7 femmes inspirantes" paru en janvier 2020.

https://www.majusteplace.com/

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