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Mon enfant pense autrement

C’est la fin de l’année scolaire, l’heure des bulletins, du passage dans la classe supérieure, de l’orientation. L’heure du bilan : « Mon enfant a-t-il passé une bonne année ? »

Si de nombreux enfants sont heureux à l’école et ne rencontreront pas de problèmes majeurs, d’autres auront besoin d’un accompagnement particulièrement bienveillant. En effet, je vous parle aujourd’hui de ces enfants qui apprennent différemment, perçoivent le monde autrement, analysent les choses avec un angle de vue tout à fait original, appréhendent le temps et l’espace de façon parfois déconcertante. Et, souvent, cela conditionne de façon considérable leur bien-être à l’école.

Ils sont si loin du cadre proposé !

On les appelle les « précoces », les « zébrés », les « pense autrement » et leurs idées et pensées voyagent plus vite qu’un train lancé à grande vitesse. Ils sélectionnent leurs domaines de prédilection, y excellent ou chutent désespérément quand l’affectif s’en mêle. Ces enfants boudent la routine, la répétition, les espaces qu’ils ne veulent pas investir quand cela leur semble ennuyeux, inintéressant. Ils rechignent devant les difficultés, le goût de l’effort ne faisant pas partie de leurs priorités.

Ce sont ces enfants, peut-être les vôtres, qui :

  • vident parfois en quelques secondes votre réservoir de patience, de confiance et d’énergie.
  • vous poussent à bout, ou plutôt vous obligent à remettre en question votre système d’éducation. Non pas le fond, mais plutôt la forme.
  • vous poussent à inventer des stratagèmes pour les rejoindre dans leur fonctionnement, pour communiquer avec eux, ou encore pour les canaliser, intellectuellement, affectivement, physiquement, afin qu’eux aussi puissent grandir en mettant toutes les chances de leur côté.

« De toute évidence, la maison sans eux est beaucoup plus calme… » pensez-vous peut-être avec un brin de culpabilité.

Force est de constater que leur façon de fonctionner ne répond pas aux attentes de notre système scolaire, de nos schémas relationnels, sociaux, familiaux, personnels.

Cela dérange parfois.

Et pourtant, nous les aimons, ces enfants « zébrés », appelés comme tous les autres à s’épanouir. Et nous avons besoin de leur créativité pour entrevoir le monde autrement, nous renouveler.

Il aura fallu que la maîtresse se manifeste pour que Violaine, fabuleuse maman d’un petit « pense autrement », accepte de faire tester son fils. Elle avait bien perçu qu’il y avait quelque chose de « différent » chez lui à travers l’expression excessive de ses passions, un imaginaire envahissant, une exigence de perfection démesurée, une pensée à nourrir et à canaliser de façon quotidienne, des questions métaphysiques, quelques difficultés à créer des amitiés, une estime de lui-même fragile à coacher chaque matin, et surtout, surtout, surtout, un immense besoin d’être aimé et de se savoir aimé.

Les résultats sont tombés.

S’ils n’ont pas étonné cette maman, elle reconnaît néanmoins avoir été déstabilisée. Pour vous donner un exemple, à 8 ans, son petit garçon raisonne comme un ado de 16 ans. Dans d’autres domaines, c’est l’inverse, il est plutôt « en retard ».

« S’il y a autant de profils que d’enfants, témoigne Violaine, pour lui ce sera profil hétérogène ».

Il faut retenir qu’intellectuellement et affectivement, c’est comme s’il n’était jamais en phase, ni avec son âge, ni avec ses pairs. Tout ça, ce n’est pas toujours très drôle à vivre,  notamment à l’école.

« Ce test m’a fait comprendre des choses, j’ai vraiment réalisé à ce moment là que, oui, s’il fonctionnait ainsi dans sa tête, à l’école, ça devait être horrible ».

Peu à peu, cette maman apprendra à connaître son enfant « autrement ».

Aidée par un « psy » en quelques séances, et nourrie par différentes lectures, elle développera des petits trucs pour le rassurer, le canaliser, comme par exemple lui expliquer sa façon de fonctionner, différente de celle des autres. Connaissance essentielle pour entrer dans les apprentissages proposés à l’école, mais également pour qu’il parvienne à rester en lien avec lui même de façon positive, tout comme pour créer du lien avec ceux qui l’entourent sans se faire rejeter. S’accorder au groupe et goûter à la joie d’être ensemble.

Elle cultivera l’art de la patience,

la prise de recul pour ne pas trop angoisser à son tour devant le mal-être de son petit garçon quand une journée en classe aura pu être difficile.

Elle apprendra à lui faire accepter ses imperfections, lui qui voudrait toujours être au top, à lui dire qu’elle l’aimera ainsi de façon inconditionnelle, qu’elle ne sera jamais déçue de son enfant.

Elle devinera peu à peu comment passer par-delà les embûches : impulsivité, remises en question, angoisses, besoin de savoir à fond…

« Ces gamins sont pleins de talents qu’il faut parvenir à développer, à mettre en valeur. C’est leur sève, me dit-elle. C’est pourquoi il ne faut pas les culpabiliser d’avoir des idées ou de fonctionner ainsi au risque de les casser, de leurs couper les ailes.

À nous, adultes, de les aider en posant un cadre concret pour canaliser leur énergie. À nous également de les encourager à persévérer quand ils ne comprennent pas, quand ils ne savent pas faire, car tout n’est pas acquis. C’est toute une éducation. Si tel enfant sera capable de vous parler inlassablement de la seconde guerre mondiale, il sera pour autant démuni pour attacher ses lacets et se découragera très vite. La répétition des tâches quotidiennes, se laver, s’habiller, est compliquée, pour la simple et bonne raison qu’elle n’est pas intéressante.

Je pense par exemple à cette fois où j’ai retrouvé mon enfant dans la salle de bain en train de bouquiner une BD, alors qu’il était censé prendre sa douche depuis une demi-heure… Une autre fois, il est parti dans la maison pour aller chercher son manteau alors que nous l’attendions dans la voiture, mais en chemin, il est parti sur autre chose… oubliant et le manteau, et notre attente… »

L’été arrive,

oublions l’école et mettons les cartables au feu (pas les maîtresses, de grâce, j’en fait partie !), profitons des vacances : un temps propice pour vagabonder en dehors des sentiers battus.

Parmi ces chemins ensoleillés qui s’offrent à nos enfants, précoces ou pas d’ailleurs, peut-être est-ce le moment de se rappeler que quelque soit leur originalité, ils ont la possibilité de choisir des chemins pour être heureux, et ce dès le plus jeune âge. On ne changera ni leur cerveau, ni leur talents, mais plus la façon de les utiliser… en bonne intelligence !

Helene DumontHélène a 37 ans, quatre garçons et une petite fille. Elle est mariée avec Frédéric. Après avoir été professeur des écoles, elle retourne sur les bancs de la fac pour devenir conseillère conjugale et familiale. Son sujet de prédilection : l’articulation du maternel et du féminin ! Un pari : que toutes situations et trajectoires individuelles, même dans les moments de crise les plus forts, peuvent être à nouveau revisitées par l’espérance. Elle a trouvé un équilibre aujourd’hui en créant et organisant son activité libérale selon le rythme familial.
http://www.conseilconjugaletparentalite.com/

 

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  • Adeline

    Merci pour cet article très enrichissant, et sur une thématique que je n’avais pas encore rencontrée sur le site des Fabuleuses. A l’heure où l’on parle de plus en plus des petits zèbres, un point reste pour moi dans une zone d’ombre épaisse : faut-il ou ne faut-il pas faire le test en cas de doute? Faut-il le faire alors que l’enfant n’est pas en difficulté à l’école ? Moi, en tant que maman, j’ai besoin de comprendre, de réponses. Mais quel est l’intérêt de mon enfant? Autour de moi, les avis et les conseils, même professionnels, divergent…