Mon beau sapin, roi des emmerdes - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Mon beau sapin, roi des emmerdes

Rebecca Dernelle-Fischer 30 novembre 2019
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Je vous en prie, entrez un instant, installez-vous confortablement, bienvenue chez moi… oh mais attendez : je bouge la pile de linge, voilà, asseyez-vous.

J’aimerais vous parler des us et coutumes de Noël dans notre famille. Je nous présente en vitesse : maman psy d’origine belge, papa pasteur d’origine allemande, 3 filles et 2 chats, le tout logé au milieu de la Forêt Noire enneigée. Oui, le cliché parfait pour une série américaine bon enfant. Tout cela sonne un peu comme un remake de « 7 à la maison ».

Mais sans transition, tuons le mythe :

« Mon beau sapin, roi des emmerdes »

Je chantonne ces quelques mots en souriant de travers. Il n’a pas eu chez nous de sujet de dispute plus explosif que la thématique du SAPIN de Noël ! Le seul compromis valable que nous ayons trouvé jusqu’à présent ? Rebecca décide tout, son mari a littéralement lâché l’affaire.

Notre mariage interculturel était un peu comme un Kinder Surprise : au fil des ans, on a découvert quelques différences croustillantes et inattendues – évidemment, les traditions de Noël en font partie… Ahhh le sapin, 365 raisons d’être en désaccord et de se crier dessus. En résumé ?

  • Quand acheter le sapin ? (et quand le décorer ? Pour moi, mi-octobre est une date raisonnable)
  • Quel type de sapin : couleur, taille, vrai, faux, avec ou sans les racines ?
  • Où acheter le sapin : et si on allait dans la forêt le couper nous-mêmes ?
  • Où mettre le sapin (ne riez pas, nous avons failli divorcer sur cette question-là en hiver 2012… surtout ne demandez pas confirmation à mon mari, la divergence n’est toujours pas résolue… mais bon je m’en fous, j’avais raison.)
  • Comment décorer le sapin ? Avec quoi ? Quelle couleur ?
  • Et les cheveux d’anges dont j’ai horreur : oui ou non ?
  • Et lorsqu’on décore, on écoute quoi ? Les vocalises de Pavarotti ou le CD de Noël pour enfants qui vous passe les nerfs au papier de verre ?

La joie et la paix de Noël ?

Mouais, on va dire que quand on a sorti toutes les caisses de déco, défait les nœuds des guirlandes de lumière, cassé 4 boules, perdu 3 autres sous le fauteuil, recollé la tête de Joseph et sorti le bébé Jésus du papier WC, c’est sympa quand même.

Même si j’ai l’impression d’avoir une to-do list de 3 mois qui rentre le ventre pour entrer dans l’espace de 24 jours.

24 jours pour « do it yourself » des cadeaux qui auront l’air d’avoir été faits à la maternelle (je me suis essayée au crochet mais à la fin, le petit bonnet avait plus l’air d’un préservatif en laine que d’autre chose : et tu ne peux pas donner ça quand même).

24 jours pour boire les sachets de thé « détente et relaxation » reçu par ta copine célibataire qui chaque année part en mission « offrons à cette mère stressée un moment de détente » (la prochaine fois cocotte, babysitte les enfants pendant 3 heures, ça sera plus efficace).

24 jours pour savoir où on va aller voir qui, quand et ce qu’on va manger et ce qu’on va offrir (entre ceux qui disent « des cadeaux pour personne », ceux qui te font des cadeaux impayables et ceux pour qui la dernière BD d’Astérix c’est « ohhhhh tellement mignon »).

24 jours pour faire les plus beaux biscuits (j’ai un avantage, ma belle-mère fait les meilleurs, je lui laisse le titre, étant une catastrophe en cuisine – depuis que j’ai confondu plusieurs fois de suite le sucre et le sel, PERSONNE n’attend plus rien de moi dans ce domaine : YES !).

24 jours pour faire au moins une photo potable des sablés de Noël que tes enfants ont, sourire aux lèvres, littéralement massacrés (oups décorés)… une seule bonne photo suffira à épater tes amies sur les réseaux sociaux et booster tes « likes ».

24 jours pour vider ton compte en banque, sous-peser les cadeaux des enfants, compter les paquets et réaliser le 24 au matin que tu as encore oublié quelqu’un : MERDE !

Et la paix et la joie de Noël qui manquent à l’appel.

Tous ces moments dont on rêve et qu’on ne prend pas :  

  • Observer la neige tomber par la fenêtre
  • S’asseoir à côté de ses enfants pour regarder « Maman j’ai raté l’avion »
  • Marcher dans le quartier à la tombée de la nuit pour observer les décorations exagérées des voisins.  

On termine l’année, les nerfs à bout, débordées et chantonnant : « Mon beau sapin, roi des emmerdes » !

Mais moi, je n’ai plus eu envie de ça.

J’ai essayé quelques années la version « femme de pasteur parfaite à Noël » mais avec un mari qui travaille forcément le 24 décembre, avec 3 enfants, avec mon petit côté dans la lune, voilà ce que j’ai appris : à Noël, il faut changer de vitesse. Je décide un peu plus chaque année :

  • De ne plus chercher le sapin parfait mais de prendre celui qui au premier regard rentrera et dans notre coffre de voiture et dans notre salon.
  • De choisir moi-même les couleurs de décorations qui iront dessus mais de laisser tout le monde faire le reste avec moi.  
  • De toujours faire les mêmes biscuits, les plus simples et parfois pas du tout (ou bien entre Noël et Nouvel an quand les filles ont plus de temps pour les faire avec moi).
  • De ne pas me comparer avec les photos des autres sur instagram (mon mari disait encore à Emma hier pendant les devoirs de maths : « le principe de base avec les fractions c’est que tu ne peux pas comparer des pommes et des poires »… Mais comment fait-on pour toujours l’oublier ?)
  • de ne ranger que le salon pour la veillée de Noël. Quand je passe dans les autres pièces, je ferme les yeux, point.
  • de ne plus répondre aux immenses attentes qui flottent dans l’air autour de nous et de me concentrer sur ma famille. À quoi me sert de donner à tout le voisinage des cougnolles faites maisons si je suis sur les rotules et imbuvable avec mes enfants et mon mari ?
  • Et nous passons le 24 toujours à la maison avec nos filles (c’est comme ça).

Mais je crois que ce qui m’a le plus aidée à refaire de Noël une fête de rêve, c’est la messe du 24, célébrée par mon mari dans une étable de la région. Coincés sur des bancs de fortune, entourés d’autres familles, enfants, personnes âgées, nous chantons ensemble et écoutons l’histoire du premier Noël.

Dans la grange, l’écho des trompettes résonne tout autrement,

… entre les beuglements, l’odeur du foin et des bouses de vaches. Je ferme les yeux et je pense à la toute première nuit de Noël. Je me souviens qu’au fond, il n’est ni question de biscuits parfaits, ni de foie gras ni de bûches véganes et qu’il importe peu que le vin soit à la bonne température. Avec ma petite Pia sur les genoux, je me souviens de ce premier Noël, de Jésus, un roi en couche culottes, de la simplicité d’une étable.

Je regarde le bœuf assis tout près de mon mari qui prêche, je vois son souffle qui fait de la buée et je me souviens que ce que nous célébrons à Noël c’est une trêve, une main tendue, la paix qui ne vient pas de la lueur des bougies mais celle qui vient dans nos cœurs… et puis on rentre tous à la maison, du foin dans les cheveux et une odeur que nos manteaux garderont des semaines. Christoph cuisine, les filles mettent la table, lorgnant sans arrêt sur les paquets. Une prière pour dire merci, un morceau de musique, se souvenir ensemble que l’amour commence tout petit, qu’il est humble, qu’il ne compare pas, qu’il nous porte.

Alors oui, cette année encore, notre sapin est un peu de travers, le vin sera bon marché et personne ne tiendra jusqu’à minuit… mais ce sera fabuleux, tout simplement, pas une pub de télé, pas un film romantique, mais un Noël vrai, un peu comme toi, un peu comme moi… la beauté des petites lumières de nos vies – nos vies qui, il est vrai, ressemblent parfois un peu, beaucoup à des étables.



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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