Ma fille a ses règles - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Ma fille a ses règles

Marie Chetrit 2 novembre 2019
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Ça y est, elle a 14 ans, et elle a ses règles.

Le moment tant attendu (par elle) est arrivé.

Depuis des mois, elle me disait :

« Maman, quand est-ce que je vais avoir mes règles ? Pauline a ses règles, Anissa a ses règles, et moi, toujours rien. »

« Ah bon », lui répondais-je. « Et depuis quand a-t-elle ses règles, Pauline ? »

« Depuis la semaine dernière ».

Si Pauline a ses règles, c’est donc que ça peut débarquer à tout moment chez nous. Nous avons donc fait un stock (conséquent) de serviettes hygiéniques (bio) et glissé quelques-unes dans son sac à dos afin de parer à toute éventualité.

Pour de vrai, moi, je n’étais pas vraiment pressée.

Parce que

  1. elle n’est officiellement plus ma « petite » fille,
  2. elle est maintenant fécondable et c’est atrocement angoissant,
  3. il faut impérativement que je la mette sous cloche et que j’installe un mirador au sommet de l’immeuble, sans oublier de mettre un logiciel espion dans son téléphone pour surveiller tous ces grands benêts qui vont lui tourner autour.

Mais bon. Que puis-je faire contre la roue du temps ? Pas grand-chose, hélas.

Elle est une jeune fille, maintenant.

Elle n’appelle plus le matin pour dire qu’elle est bien arrivée au collège, ni le soir pour prévenir qu’elle est rentrée à la maison. Ni pour demander la permission de faire un crochet de 100 mètres pour acheter une plaque de chocolat sur son trajet de retour. Ni pour allumer le four quand elle veut faire un gâteau.

Elle passe du temps à la salle de bains, vient se servir dans mon placard. Certains de mes vêtements s’envolent pour un aller simple en direction de sa chambre. Quand il range le linge, mon mari confond nos soutiens-gorge et nos culottes (c’est un signe qui ne trompe pas). Une bonne partie de mon maquillage a fait sa migration d’automne, comme un vol d’oies sauvages, en direction de sa trousse de toilettes. Je retrouve régulièrement mes boucles d’oreilles suspendues aux siennes. Quand je le lui fais remarquer, elle feint un petit air surpris :

« Ah bon, je ne te l’avais pas dit ? »

À son âge, j’étais toute plate, je portais des jupes plissées et des socquettes blanches, avec une grande natte qui me battait le dos. J’avais l’air d’une petite fille.

À 14 ans, elle est fringuée comme moi aujourd’hui, en jean et blouson.

Elle est belle, et je la trouve bien plus belle que moi à son âge, plus assurée. Elle est comme j’aurais voulu être.

Elle a 14 ans. Depuis sa naissance, la terre a fait 13 milliards de kilomètres autour du soleil. Mon premier petit bébé rondouillard, avec ses cheveux bruns plantés tout droits sur la tête, a ingurgité des centaines de litres de lait, traversé 56 saisons, donné et reçu des milliers de baisers et de câlins.

Et puis voilà : un jour, les baisers et les câlins, ça ne sera plus trop pour moi.

J’essaye de savoir, si, oui ou non, elle n’a vraiment que des copains, ou plutôt UN copain.

« Dis-moi ma chérie, c’est qui ce Romain qui t’envoie plein de messages ? C’est un ami ? Ah, c’est pour un exposé… Ah bon ?», et je me démanche un peu le cou pour savoir si, oui ou non…

Un jour, il faudra bien que je me lance.

Depuis longtemps, je me questionne sur que dire, comment le dire. Depuis sa naissance, ou presque.

Je lui ai déjà parlé, bien sûr.

Je suis biologiste, alors je n’ai jamais eu peur d’appeler un vagin un vagin. Mais je ne suis pas prof de SVT : c’est ma fille, donc la discussion évoluera plus dans le registre de l’intime que dans celui de la technique génitale. Je feuilletais son livre de cours de biologie, et je trouvais qu’il n’avait pas beaucoup évolué depuis mon époque : toujours le même trio MST-contraception-IVG.

Moi, j’aimerais bien lui transmettre quelque chose de positif et de joyeux sur la sexualité. Mais aussi, la mettre en garde.

Lui donner confiance en elle.

Mais pas trop, car il s’agit aussi (surtout ?) qu’elle patiente un peu (ou plutôt longtemps, si possible). Donc, je dois parler. Pas trop tôt, qu’elle ne me lance pas d’un air dégoûté :

« Oh, mamaaaan, t’es dégueu ! »

Mais pas trop tard non plus, parce que trop tard, c’est trop tard.

Ça ne servirait plus à rien et elle en saurait plus que moi, pauvre mère rougissante qui tortille ses mains, assise sur le canapé à côté d’elle qui ferait sa muscu des pouces sur son portable, son casque sur les oreilles.  Oui, enfin bon, en savoir plus que moi, il ne faut pas exagérer, ah ah, j’ai quand même des kilomètres au compteur, hein ? Ce n’est pas au vieux pot qu’on apprend à faire de la soupe, ma petite !

Bon, au lieu de répéter tout cela dans ma tête, je ferais mieux d’ouvrir ma bouche et de lui parler en vrai. Elle va me prendre pour une folle avec toutes ces mimiques bizarres et ces froncements de sourcil.

Que lui dire, maintenant qu’elle fait hormonalement parlant sa rentrée dans la cour des femmes ?

  • Je voudrais te dire, ma chérie, que tu es une personne unifiée, corps et esprit.
  • Je voudrais te dire que le désir et la sensualité t’ouvriront des paysages éblouissants, et que je te souhaite de les découvrir, en douceur, à ton rythme.
  • Je voudrais te dire de profiter de chaque instant, des regards que tu échangeras, de l’émoi qui te saisira quand pour la première fois tu prendras une main dans la tienne, des battements de ton cœur lors de ton premier baiser. Tant d’adultes voudraient revivre cet Eden de l’amour.
  • Je voudrais te dire de ne brader aucun de ces délicieux et fugaces instants, avec quelqu’un qui ne te plairait pas vraiment, et que jamais ce ne soit « juste pour voir ».
  • Je voudrais te dire que l’amour, c’est un chemin qui dure toute la vie, pas une épreuve initiatique que l’on se doit de valider en tamponnant chacune des cases.
  • Je voudrais te dire que la sexualité n’est pas une réponse automatique au désir de l’autre, ni un lieu de pouvoir et de domination ; que jamais tu ne devras passer outre les réticences de ton corps ; que dans ce domaine, aucun « il faut que », « si tu m’aimes vraiment », ni « tout le monde le fait » ne saurait se substituer à ton libre arbitre et ta lucidité.

Je voudrais te dire que tant de merveilles t’attendent, quand tu t’y sentiras prête.



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Cet article a été écrit par :
Marie Chetrit

Scientifique de formation et de profession mais littéraire de cœur, Marie Chetrit partage sur son blog de petits textes sur les moments rigolos ou exaspérants de sa vie familiale. Elle et son fabuleux époux ont chacun un grand d’une première union et deux petits diablotins ensemble.
https://prgr.fr/

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