Les Quatre sœurs-Noël, épisode 5 : Tout est bien… - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Les Quatre sœurs-Noël, épisode 5 : Tout est bien…

Agathe Portail 23 décembre 2021
Partager
l'article sur


Quand le cadeau des beaux-parents s’enfuit, qu’un bébé de plus s’annonce, que les cultures familiales se télescopent et que le deuil vient brouiller les pistes, Noël n’est pas de tout repos, surtout quand il se fête dans les belles-familles. Nos quatre sœurs y survivront-elles ?

Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy. Elle est également maman de quatre enfants rapprochés et lectrice assidue des mails du matin. Après Des citrons et des piles, parue en octobre 2021, elle signe sa deuxième fiction pour les Fabuleuses au Foyer.

Les quatre soeurs-Noël : retrouver tous les épisodes.

Épisode 5 : Tout est bien…

Fab’sisters

Soph : Selfie de l’enfer les filles, j’ai rattrapé le piaf sur le toit, mais pas eu le temps de m’habiller, bûche pas faite, en retard chez mes beaux-parents. 

[photo de Sophie, échevelée, la goutte au nez, à quelques centimètres d’un oiseau bicolore au regard courroucé]

Célia : Où est passée madame Parfaite ? Ton mari va faire une syncope.

Soph : Il me dit toujours que j’en fais trop. Il ne va pas être déçu. J’y suis, je vous raconterai ! 

La porte s’ouvrit avant qu’elle ait appuyé sur la sonnette.

Sophie fut aussitôt assaillie par ses enfants qui se jetèrent dans ses jambes. Par-dessus l’épaule de son mari, elle aperçut son beau-frère qui lui lançait des signaux de victoire à la vue de la cage qu’elle n’avait pas eu le temps d’emballer. Il la lui prit des mains et l’embrassa :

« Génial, je vais lui faire un paquet cadeau de compétition au sous-sol, j’ai acheté des kilomètres de bolduc, merci la belle-sœur ! »

Sophie, qui s’attendait à une remarque aigre sur le fait qu’elle n’avait pas « terminé » le cadeau se défit de son manteau avec un certain soulagement. 

« T’es trop belle maman, tu as les joues en pomme d’amour ! », s’exclama son fils qui la dévorait des yeux. 

Apparemment le maquillage ne faisait pas plus partie des indispensables que le paquet cadeau.

Sa belle mère lui cria de la cuisine :

« Et cette bûche ? »

Un peu piteuse, Sophie sortit de son sac la boîte remplie de crème au beurre et sa génoise roulée dans du film plastique. 

« Je n’ai pas eu le temps de la monter, j’ai eu… des imprévus. »

Le tablier sur les hanches, sa belle-mère lui décocha un sourire ravi :

« Enfin, je vais percer le secret de ton coup de main ! Montre-moi comment tu t’y prends, l’an prochain c’est moi qui la préparerai ! »

Fab’Sisters

Fannette : J’ai perdu les eaux…

Célia : What ?

Eloïse : Nooon, je vais manquer ça !! J’embarque dans 20 minutes !

Fannette : Tu la verras au retour, elle ne va pas s’envoler !

Célia : Une cinquième fille, c’est dingue, tu fais plus fort que les parents. Tu pars à la mater ?

Fannette : On essaie de ruser pour s’enfuir avec Jeroen, si Reina nous voit elle va vouloir m’accoucher dans le salon.

L’air glacé leur gelait les lèvres et les joues.

Jeroen déposa sur les épaules de sa femme un lourd manteau attrapé au hasard sur la rampe de l’escalier qui croulait sous les vêtements. 

« On prévient les filles ? demanda Fanny en grelottant, tant sous l’effet du froid que de l’adrénaline.

– Non, on ne les trouvera pas, elles sont aux anges avec leurs cousins. On file. »

Le hall de la maternité était désert. Quelques flocons dessinés au pochoir agrémentaient les vitres et le miroir de l’ascenseur.

« C’est festif ici, lança Jeroen.

– C’est bien, c’est calme », répondit Fanny en grimaçant sous l’effet d’une contraction.

Une heure trente plus tard, la salle de naissance résonnait des ahanements de Fanny et des encouragements hystériques de Jeroen. L’obstétricien, impassible, accueillit entre ses mains le nourrisson qui se mit aussitôt à brailler. 

« C’est un garçon ! Félicitations.

– Un garçon ? bredouilla Jeroen. On nous a toujours dit une fille ?

– Ça arrive qu’on ne voie pas le sexe à l’échographie. 

– Ce n’est pas grave qu’il ait un tout petit zizi, soupira Fanny. Il restera célibataire. »

Interloqué, Jeroen se tourna vers sa femme qui contemplait avec ravissement son dernier-né.

« Célibataire ? Mais pourquoi ?

On va l’appeler Jésus. En néerlandais, ça passe, non ? »

Fab’sisters

Eloïse : Les filles, j’embarque. J’ai l’impression d’avoir fait une grosse erreur avec ce voyage.

Celia : Mais pourquoi ? 

Eloïse : Parce que j’ai privé mes beaux-parents de leurs petits fils et mes fils de leurs grands-parents. Parce que c’était l’année ou jamais d’être ensemble pour survivre à l’absence de Paul.

Celia : Tu peux toujours faire marche arrière, non ?

Eloïse rangea son portable.

La file devant le bureau d’embarquement diminuait à vue d’œil, ça allait être leur tour. Les garçons se tenaient debout, passeport à la main, attendant qu’elle s’approche. Elle les regardait côte à côte, les trouvait grands, beaux, si semblables et si différents de leur père. L’aîné, surtout, notamment quand il prenait cette mine préoccupée. 

« Les enfants, je… commença Eloïse, hésitante. 

– Les voilà ! » s’exclama Timothée, soulagé.

Au même instant, un couple de petits vieux s’engouffrait dans le salon d’embarquement pratiquement vide, leurs cheveux blancs collés sur les tempes par l’effort. Ils riaient comme des gamins, la main sur le cœur et le souffle court.

« Vous êtes là ?, s’étrangla Eloïse, interloquée.

– Eh oui, Timothée et Armand nous ont proposé de nous initier au surf. On n’avait rien de prévu alors… Mais on a pris un autre hôtel, ma chérie, tu ne vas pas nous avoir sur le dos ! »

Les larmes aux yeux, Eloïse embrassa ses beaux-parents en murmurant :

« C’est parfait, c’est vraiment parfait. »

Fab’sisters

Celia : Bon vol Eloïse. Les garçons étaient contents de leur petite surprise ?

Celia : Tu as accouché Fanny ?

Celia : Soph, tu t’es fait démonter pour la bûche ? 

Celia : Y’a quelqu’un ?

Celia : Bon… Bah Joyeux Noël quand même hein.

Les fesses vissées sur la selle de son scooter, Célia retardait le moment de jeter son mégot. Ça lui chauffait le bout des doigts. Derrière la lourde porte en bois, elle entendait des cris de joie étouffés. Le Père Noël en fausse barbe synthétique était-il descendu dans le salon ? Elle écrasa le filtre sous sa bottine et le rangea dans une boîte de Hollywood chewing gum vide.

L’idée de retourner dans ce temple du Noël parfait l’angoissait.

Elle n’avait pas la bonne robe, pas le bon cadeau, pas le bon mood. Elle n’aurait jamais imaginé se sentir aussi décalée lorsque Samuel lui avait parlé de sa famille. Un petit dialogue aigre s’instaura avec elle-même.

« Alors, on fait moins la maligne, madame la grande folle amoureuse ? Pas simple de se fondre dans la belle-famille, hein ?

– Simple… si, c’est simple, ils sont super accueillants. Mais c’est vrai que…

– Que tu vas devoir t’amputer d’une sacrée part de toi-même pour ne pas faire tache dans le décor, hein ? 

– Oui, mais c’est un peu ça, le mariage, on épouse la culture de l’autre, on…

– On se renie ! Oui, voilà, toi à qui on a appris à conserver une saine distance, tu vas devoir en passer par les bisous dans le cou et les grandes effusions. So vulgaire.

– On peut peut-être trouver un juste milieu. Après tout, ce n’est peut-être pas eux qui sont démonstratifs, c’est peut-être nous qui sommes coincés !

– Je vois que tu t’exerces à la souplesse, au décentrage… Tu es bien partie pour te faire bouffer illico ma belle.

– Se faire bouffer… Tout de suite l’excès. Si on veut rester soi et ne surtout pas évoluer, on ne se risque jamais à aimer et à se laisser aimer. Ce n’est pas tout à fait par hasard que c’est Samuel que j’ai choisi, et pas un type distant et raide comme moi. Il me réchauffe. 

– Et lui, il aime avoir une fiancée distante et raide ?

– Je crois… Je crois qu’il aime avoir de l’air. Et il aime apprivoiser, aussi. 

– Bon, je n’ai plus rien à dire alors. Va te faire apprivoiser ! »

Avec un sourire en coin, Celia quitta le cuir tiédi de son scooter, inspira une grande goulée d’air glacé et ouvrit la porte. Une clameur s’éleva dans le salon :

« Ah, la voilà ! On peut commencer ! »

Découvrir tous les épisodes.



Partager
l'article sur


CHÈRE FABULEUSE
Le mail du matin
Les aléas de ta vie de maman te font parfois oublier la fabuleuse qui est en toi ? Inscris-toi ici pour commencer la journée avec un petit remontant spécial maman ! C’est entièrement gratuit et tu peux te désabonner à tout moment.


Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d'adoption, Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy et des histoires jeunesse pour la Fabrique à histoires de Lunii. 
https://calmann-levy.fr/auteur/agathe-portail

> Plus d'articles du même auteur
Les articles
similaires
Les Quatre sœurs-Noël
Une fiction d’Agathe Portail pour Fabuleuses au Foyer Quand le cadeau des beaux-parents s'enfuit, qu'un bébé de plus s'annonce, que[...]
Les Quatre sœurs-Noël, épisode 4 : Noël sous les cocotiers
Quand le cadeau des beaux-parents s'enfuit, qu'un bébé de plus s'annonce, que les cultures familiales se télescopent et que le[...]
Les Quatre sœurs-Noël, épisode 3 : Lutin surprise
Quand le cadeau des beaux-parents s'enfuit, qu'un bébé de plus s'annonce, que les cultures familiales se télescopent et que le[...]
Conception et réalisation : Progressif Media