Les Quatre sœurs-Noël, épisode 3 : Lutin surprise - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Les Quatre sœurs-Noël, épisode 3 : Lutin surprise

Agathe Portail 21 décembre 2021
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Quand le cadeau des beaux-parents s’enfuit, qu’un bébé de plus s’annonce, que les cultures familiales se télescopent et que le deuil vient brouiller les pistes, Noël n’est pas de tout repos, surtout quand il se fête dans les belles-familles. Nos quatre sœurs y survivront-elles ?

Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy. Elle est également maman de quatre enfants rapprochés et lectrice assidue des mails du matin. Après Des citrons et des piles, parue en octobre 2021, elle signe sa deuxième fiction pour les Fabuleuses au Foyer.

Les quatre soeurs-Noël : retrouver tous les épisodes.

Épisode 3 : Lutin surprise

« Romy, Elsa, Marieke, Saskia, en voiture, pour la quinzième fois ! »,

soupira Fanny en se massant le bas des reins. 

L’idée d’endurer une pluie de commentaires sur son terme imminent ne l’enchantait pas.

« Oh, vous nous aurez peut-être un petit Jésus » ou « Cette fois-ci faut nous réussir le garçon ! », autant de boutades entendues à la boulangerie, à la sortie de l’école, chez les voisins, même l’infirmière qui la voyait un jour sur deux pour l’inévitable « monito » ne pouvait s’empêcher de lancer de petits clins d’œil rigolards.

Dommage pour tous, depuis la première échographie on lui promettait une fille avec constance. Et dommage de nouveau, ce cinquième bébé était bien loin d’être attendu comme le Messie. Avec difficulté, Fanny se contorsionna pour s’installer sur le fauteuil passager constellé de miettes de chocos BN tandis que Jeroen fermait l’appartement et les rejoignait sur le parking. 

« Arrêtez de regarder dans le coffre les filles, il n’y a rien d’intéressant. » 

Seulement les cadeaux qui représentaient trois mois d’économie.

Elle laissa aller son crâne douloureux sur l’appuie-tête. Les coups de pied de sa cinquième se faisaient moins vigoureux depuis qu’elle avait dépassé les quatre kilos trois que lui promettait l’infirmière en roulant des yeux éberlués. Forcément, l’espace manquait, un peu comme dans la voiture, un peu comme dans l’appartement où les filles partageaient déjà deux chambres à quatre.

Un peu comme dans leur vie où rien n’était fait pour accueillir un bébé de plus.

Jeroen s’engouffra dans la vieille Espace et lui embrassa la tempe. 

« Pas de pression chérie, si tu es crevée tu montes dormir. Tout le monde sera trop heureux de gérer les filles. 

– Je sais amour. Ça va aller, je suis juste un peu…

– … explosée ? Déboitée ? Morte ? 

– Enterrée… termina Fanny avec une voix d’outre-tombe. Si ce bébé n’arrive pas d’ici demain, je me déclenche moi-même en buvant deux litres de Red Bull. »

À l’arrière, Romy, 14 ans, lui murmura :

« Vous devriez peut-être déjà vous mettre d’accord sur un prénom. »

Le trajet vers la maison de la sœur aînée de Jeroen qui les recevait tous cette année fut trop court pour aboutir à un consensus. Les parents proposaient « Lisa » qui avait l’avantage de sonner autant français que néerlandais mais Romy s’était trouvé des alliées pour soutenir sa dernière idée : Némésis.

La voiture surchargée roulait pratiquement sur l’essieu lorsqu’il fallut trouver une place parmi la ribambelle de voitures garées devant la maison toute éclairée. Romy poussa un hurlement de joie :

« Ils ont installé les tentes ! »

Dans le jardin, trois tentes huit places occupaient tout l’espace, reliées entre elles par des lumignons. 

« Avec ce froid…, protesta Fanny en s’extrayant de la voiture.

– Tu sais bien qu’on ne tient pas tous dans la maison de Reina. »

La porte d’entrée laissait échapper des enfants par grappe de huit et les filles jaillirent de la voiture pour se jeter sur leurs cousins. À l’intérieur, une vingtaine d’adultes s’affairait pour alimenter en permanence l’immense table couverte de riz frit, de brochettes épicées, d’assiettes de Rendang et de légumes au lait de coco. La famille de Jeroen s’interpelait à travers les pièces bondées en mélangeant français, néerlandais et langue betawi. La proximité de l’aéroport rendait la maison de Reina idéale pour tous. 

Fanny tenta de se frayer un chemin jusqu’au cœur battant de la maison,

la cuisine, en poussant son ventre en avant, mais les embrassades répétées la ralentissaient dans sa progression. 

« Alors, Fannecke, ce petit Jésus, il nous arrivera avant minuit, dis ? »

Deux heures après leur arrivée, le ventre lui tirait si fort et l’air lui manquait tant qu’elle s’extirpa de la masse joyeuse agglutinée dans la maison et s’adossa au mur extérieur de la maison pour inspirer profondément. Un enfant de plus dans cette famille surpeuplée, vraiment ? Ses cheveux sentaient les épices et l’huile de cuisson. Dans sa poche, le WhatsApp familial ne cessait de vrombir. Il y était question d’oiseau, de Père Noël barbu, de salle d’embarquement et de torrents de larmes…

L’air vivifiant de décembre lui nettoya les poumons et l’esprit.

Lorsque Jeroen la débusqua à l’arrière de la maison, elle lui sourit d’abord, puis son visage se gondola bizarrement et elle baissa les yeux sur la flaque qui venait de se former entre ses chaussures.

À suivre ! Découvrir tous les épisodes.



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Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d'adoption, Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy et des histoires jeunesse pour la Fabrique à histoires de Lunii. 
https://calmann-levy.fr/auteur/agathe-portail

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