Les muscles des mamans - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Les muscles des mamans

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Dernièrement, sur une vieille photo de moi, j’ai découvert un détail qui m’a vraiment touchée. D’un bras, je porte Emma, alors âgée d’un an et demie. De l’autre, je touche l’épaule d’Ann-Céline, 3 ans.

Mon regard s’est posé sur mon bras, celui dans lequel était lovée Emma.

Quand elle était petite, Emma a passé tellement de temps dans mes bras que mes amis s’amusaient à dire qu’elle était un peu comme une extension de ma personne. Mes bras, c’était son endroit préféré. Collée contre moi, elle pouvait découvrir le monde tout en restant en sécurité. 

Le plus étonnant, c’est qu’en voyant cette photo, cette main dessinée par l’effort, mon corps s’est rappelé cette tension dans le bras. J’ai, en quelques secondes, retrouvé les sensations physiques de mes muscles de jeune maman.

Toute la force dont on a besoin pour soulever nos enfants, les porter ou se mettre à genoux devant eux, pour observer, consoler, habiller, occuper.

Tous les mille et un squats de maman, tout au long des interminables journées. Et tous ces muscles de maman qui deviennent exercés, athlétiques, non pas dans une salle de sport, mais dans nos foyers, au quotidien.

Des records olympiques, gagnés par des mamans !

Les muscles des mamans, c’est la force de l’amour, de la bienveillance, du courage et de l’investissement. Et cette force ne nous arrive pas d’un seul coup : elle grandit, se développe, jour après jour, geste après geste. 

À la naissance de mon aînée, je ne savais pas que les mamans avaient tant de muscles. J’étais debout, bébé mignon tout serré contre moi, et les larmes coulaient abondamment sur mes joues. 

« Mais comment je vais faire ? »

Et une maman plus expérimentée m’avait dit gentiment et avec justesse : « tu verras, on grandit avec la tâche qui nous incombe ». Et elle avait raison. Les muscles des mamans, tout comme ces muscles de ma main sur cette vieille photo oubliée, sont extensibles, puissants et uniques, sculptés par notre histoire. 

Il y a les biceps,

incroyablement forts, qui portent les cartables trop lourds, les courses qui débordent, les tricycles abandonnés au milieu du chemin, les enfants fatigués… 

Il y a les abdos,

ah non, pas ceux qu’on voit dans les magazines ! Ceux qui nous permettent de nous baisser cent fois par jour pour ramasser un jouet, retrouver un doudou, enfiler une chaussure, qui nous donnent la force de nous lever au milieu de la nuit pour nourrir, consoler, soigner… Ces abdos qui nous aident à nous mettre à la hauteur de nos enfants, accroupie pour observer une pâquerette ou pour écouter une histoire compliquée et bien trop longue à propos d’un papillon blessé. 

Il y a les muscles de nos chevilles.

Ceux qui nous permettent de rester flexibles quand la vie prend une tournure inattendue. Discrets mais si efficaces, ils nous permettent de trouver un équilibre entre nos rêves et la réalité, entre ce que nous pensions savoir et ce que nous découvrons, entre ce que nous voulons et ce que nos enfants veulent ! 

Il y a aussi nos zygomatiques.

Quels muscles merveilleux ! Ceux qui vont marquer nos visages à vie, dessinant les rides fabriquées par les rires partagés. Ou encore qui trahissent nos envies de sourire quand on devrait rester sérieux — ceux qui s’imposent quand notre enfant nous explique pourquoi elle a été punie à l’école, qu’on dit sérieusement « hum, c’est pas bien ça » mais qu’on doit s’enfuir dans la pièce d’à côté pour laisser échapper un fou rire (mais quelle idée aussi de jouer aux mousquetaires avec les brosses des wc de l’école !)

Il y a les muscles oculaires,

ceux qui regardent toujours attentivement à gauche et à droite avant de traverser, qui restent sur leurs gardes pour tenter de protéger. Ils voient tout, ressentent tout, préviennent, anticipent du mieux qu’ils peuvent. Une maman, c’est un super héros sans cape et sans pouvoir magique, toujours en alerte pour venir à la rescousse de ses petits ! 

Quelle responsabilité pour ces mamans ! Elles ont beau être fortes, elles sont humaines et c’est parfois bien trop lourd, dans leur tête et dans leur corps : le poids des soucis, des listes, des détails auxquels personne ne pensera, les imprévus, les moments creux, les vacances qui s’annoncent, les rendez-vous médicaux.

Alors les muscles se tendent, s’enflamment même, se bloquent…

le cou se fige, les trapèzes se raidissent au risque de péter, comme des élastiques tirés à l’extrême. Oui, parfois, c’est simplement trop à porter pour nos épaules de mamans. 

Même les muscles les plus costauds ont besoin de répit.

Même les mamans les plus fortes ont besoin de repos, qu’on les soulage un peu, qu’on les porte elles aussi. Elles ont besoin du soutien d’une amie, de leur partenaire, d’une grand-maman, d’une voisine, d’un professionnel bienveillant, d’un village bienveillant.

Une maman n’est pas faite pour tout porter toute seule. Elle a besoin d’être entourée, de passer le relais parfois, de compter sur son équipe, de laisser ses muscles récupérer.

Elle a besoin d’une place pour elle-même dans son propre cœur.

Ah, le cœur, le plus étonnant des muscles.

Un vrai miracle, qui bat régulièrement, fidèlement. Un muscle qui aime et qui grandit. Ce cœur qui donne tant aux autres. Et dont nous aussi avons tant besoin. Nous avons besoin que notre cœur batte aussi pour nous, pour nos envies, nos rêves, au travers de nos joies et de nos peines, dans le simple et dans le complexe de notre quotidien.

Nous avons besoin que notre cœur soit un lieu d’écoute, de non-jugement, d’amour pour nous-même, de patience, de gratitude envers nous. Une place où nous pouvons nous parler avec la même douceur que celle que nous offrons à nos enfants.

Parce que nous aussi, nous avons besoin d’amour et d’encouragements.

J’aimerais finir par une citation qui m’a travaillée ces derniers jours. Elle est d’Annie Dillard, dans son livre The writing life :

 « How we spend our days is, of course, how we spend our lives. » La manière dont nous passons nos jours est, bien entendu, la manière dont nous passons nos vies.

Au fond, peu importe les grandes étapes clés, les médailles que nous voulons obtenir à tout prix.

L’essentiel est l’empreinte que nous laissons dans nos familles.

Ce sont les milliers de petits gestes répétitifs que nous posons, qui forment nos muscles et qui transforment nos journées.

Les femmes les plus fortes que je connaisse ne portent pas de médaille d’or autour du cou : ce qu’on trouve autour de leur cou, c’est bien des petits bras potelés.

Le nom de ces mamans n’est pas noté dans le livre des records, mais bien dans le cœur de leurs enfants.

Elles ne montent jamais sur les podiums.

Pourtant, elles accomplissent chaque jour des performances dont peu d’athlètes pourraient mesurer l’endurance. Oui, ce sont des sportives de très haut niveau, dont toute la beauté se cache dans la force de leurs muscles de mamans.



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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