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Les (fameux) pleurs de l’école

« Non, maman, pas travailler ! »

Je m’accroupis pour le serrer dans mes bras et l’embrasser dans le cou. Un long câlin qui ne le calme pas, bien au contraire. Le voilà désormais agrippé à moi. Ses larmes coulent le long de ses joues rebondies. Après lui avoir bien expliqué que « maman revient bientôt » et qu’il va bien s’amuser avec ses copains, je lui adresse un dernier au revoir de la main, envoie un bisou en l’air et tente de m’éloigner. Peine perdue : il me court après jusque dans l’escalier.

Depuis maintenant une semaine, cette scène se reproduit chaque matin.

Je dois me rendre à l’évidence :

malgré ce que j’avais imaginé, cette première rentrée à l’école est une épreuve pour Numérobis. Alors que je le sentais fort, petit garçon indépendant et fonceur, son entrée en petite section révèle un enfant émotif et qui a du mal à quitter ses parents. Car la scène de séparation avec son Fabuleux papa fut la même le matin où il l’a emmené à l’école.

Tout a commencé le premier jour. J’attendais, tranquille et détendue, devant la porte de la classe, sûre de retrouver un enfant enthousiasmé par sa première journée d’école, quand une maman s’est adressée à moi :

Elle : C’est vous, la maman du petit blond ?

Moi (« Chouette, je vais me faire une copine !!! ») : Oui, il s’appelle Aymeric !

Elle : Oh le pauvre, quand je suis venue récupérer la mienne à déjeuner, je l’ai vu pleurer… Il était inconsolable !

Moi : …

C’est alors que les portes se sont ouvertes, révélant le visage dévasté de mon loulou. Il avait pleuré plus que les cinq minutes « traditionnelles » du départ de la maman.

Je sens mon cœur se serrer et mon estomac se tordre.

Je me reproche de n’avoir pas anticipé, et surtout de n’avoir pas pu m’organiser pour ne pas travailler les premiers jours suivant la rentrée.

« Tu n’aurais pas pu le récupérer pour le déjeuner ? »,

me souffle une grand-mère à qui, le soir de la rentrée, je dresse le bilan de ce premier jour. Une deuxième bonne couche de culpabilité, c’est tout ce dont j’avais besoin ! Je me vois répondre :

« Non, je ne pouvais vraiment pas, tu penses bien que si j’avais pu, c’est ce que j’aurais fait ! »

Je raccroche avec un arrière-goût de rancune.

Heureusement, mon Fabuleux relativise pour deux.

« Ça va passer ! Dans quelques jours, tout ça sera déjà oublié, ne t’en fais pas. Laissons-lui un peu de temps. »

Je le sais.

Je le sais, mais chaque soir, dans mon lit, le petit vélo de la culpabilité reprend sa course. Culpabilité de ne pas avoir prévu que cela serait si difficile pour lui. Culpabilité de devoir le laisser toute la journée à l’école. Sans relais familial proche, je ne peux demander à personne de le récupérer pour l’après-midi. « Si on fait ça, on va mal l’habituer, ça n’est pas lui rendre service », rétorque mon Fabuleux en mode rationnel et détaché.

Et je me vois dialoguer avec cette « mère coupable » en moi qui a besoin d’être rassurée : on a déjà tout le mercredi ensemble, je ne le laisse pas une seule fois à la garderie.

Conclusion : je fais de mon mieux, je ne suis pas si nulle… Mais quel besoin ai-je de me donner cette légitimité, cette crédibilité ?

  • Ne sais-je pas, au fond de moi, que cette période finira par passer ?
  • Que mon loulou détient en lui-même les ressources pour s’adapter à ce changement ?
  • Que je fais de mon mieux pour l’aider à traverser ce passage difficile ?
  • Et surtout, que je n’ai à me sentir coupable de rien, à ne me sentir culpabilisée par rien, ni par les remarques (le plus souvent bien intentionnées), ni par les regards quand je fuis la classe malgré les pleurs.

Ce que je sais,

c’est que cette rentrée me fait entrer encore plus dans ma maternité. Elle me fait expérimenter ce que d’autres me confiaient à chaque rentrée et que je considérais « de l’extérieur » – avec certainement un brin de jugement, maintenant que j’y pense -, ne l’ayant pas vécu auparavant.

Car mon aîné n’a jamais pleuré une seule fois en allant à l’école. Ne s’est jamais agrippé à moi pour m’empêcher de quitter la salle de classe. Enfant différent, mon aîné m’a donc fait ce cadeau : il m’a épargnée cette petite épreuve du quotidien. Et mon cadet, en pleurant devant le portail de l’école, me signifie qu’il est bel et bien « lui », que son caractère volontaire et déluré ne l’empêche pas d’avoir besoin de sa maman, malgré ses imperfections, malgré son sentiment de ne jamais être à la hauteur, malgré cette culpabilité qui lui colle à la peau.

Ce matin, alors que j’entends ses pleurs résonner jusque sur le trottoir de l’école, je me sens décidément « plus ».

Plus mère, plus proche de mes amies et copines dont les enfants pleurent ou ont pleuré, mais aussi plus à même de comprendre la douleur de celles dont les enfants pleureront. En un mot, plus humaine.

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profil anna latronDepuis plus de 10 ans et après une école de journalisme, Anna Latron met sa plume au service de l’information en collaborant à plusieurs magazines, sites et radios. C’est en réalisant un dossier sur l’imperfection heureuse qu’elle rencontre Hélène Bonhomme dont elle est aujourd’hui collaboratrice, notamment pour le programme de formation continue du « Village ». Mariée à son Fabuleux depuis 9 ans et après avoir traversé un cancer, Anna débarque dans l’univers de la maternité il y a 6 ans en devenant maman d’Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Une confrontation à la différence qui met cette jeune maman face à un défi : accepter les limites de son enfant, mais surtout les siennes, en choisissant la voie de la liberté ! Quant à Aymeric, le petit frère d’Alexis, c’est un fabuleux bêtisier de 2 ans qui pousse sa maman à persévérer dans l’acceptation de sa propre imperfection !

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  • Myriam

    Hier je suis allée chercher mon enfant « différent » à 12h15 comme toutes les autres mamans.(il avait commencé à 10h) … J’étais trop heureuse et il était tout content de me retrouver. J’avais l’impression pour un moment qu’il était juste comme les autres… Ce qu’il est quand il va bien.
    J’ai eu moi aussi 2 de mes enfants qui n’étaient pas bien à l’école..et qui n’aiment toujours pas trop le système scolaire français…. Tous les soirs celui du ce1 pleure pour faire ses devoirs et en les faisant…
    Il y en a un que la maîtresse devait m’arracher des bras… Qu’est ce que j’ai pleuré. En plus j’étais en congé parental pour don petit frère donc je le culpabilisais de le laisser… Et encore ce n’était que le matin. Alors oui je peux comprendre ton déchirement et ta culpabilité

  • Miriam Chalas

    Moi aussi j’ai connu les pleurs de mes enfants ! Pas mon premier, mais mes 3 filles ! Pas le premier jour mais les jours qui ont suivi…
    Le plus dur a été pour ma dernière ! On se disait que pour elle, la rentrée serait facile, même si je reprenais le travail après 8 ans 1/2 à la maison… Eh bien, on s’est bien trompés ! Les pleurs ne sont pas passés comme prédits par la maîtresse… je connais donc aussi de partir au travail la boule au ventre…
    Jusqu’au jour où juste avant les vacances de la Toussaint, la maîtresse a demandé à me voir : notre fille avait refusé de manger à la cantine !!! 10 heures sans avaler quoi que ce soit… Elle m’a conseillé de trouver une solution pour la rentrée des vacances : une nounou qui la récupérerait pour le repas de midi ? Cela n’a pas été facile d’en trouver une à cette période de l’année, mais j’y suis arrivée et notre fille a pu retrouver le sourire, même si elle nous disait ne pas aimer les 2 jours de nounou.
    Quel soulagement pour le coeur d’une maman !!!