Le couple à l’épreuve de la PMA - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Le couple à l’épreuve de la PMA

Hélène Dumont 16 juin 2019
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P.M.A. Trois petites lettres que de nombreux couples connaissent bien mais partagent peu : Procréation Médicalement Assistée. Quand Ségolène et son homme se sont rencontrés puis aimés, le désir de devenir parents était évident. Après de très longs mois d’attente, une batterie d’examens éprouvants chez l’un comme chez l’autre à essayer de comprendre pourquoi la famille ne s’agrandissait pas, un petit Loup a décidé de pointer le bout de son nez dans un éclat de joie. Et puis, de nouveau, silence radio.

À partir de quand avez-vous décidé de suivre une PMA*, ton homme et toi ?

La question s’était déjà posée avant que je ne tombe enceinte de notre premier enfant. J’étais en train de commencer les démarches quand nous nous sommes rendus compte que je l’attendais ! Ainsi, je m’étais déjà préparée à l’idée qu’une deuxième grossesse pouvait être difficile à mettre en route. Le jour où nous avons souhaité accueillir un autre bébé, nous avons attendu que les choses se fassent naturellement. À nouveau, pas de réponse. Au bout d’un an, nous avons alors décidé de démarrer le protocole.

Quelles ont été les étapes de ce cheminement ?

Nous avons commencé par une stimulation ovarienne qui s’est soldée par une grossesse extra-utérine. J’ai eu vraiment très peur. La grossesse extra-utérine est mal connue, c’est un évènement assez grave où tu peux perdre une trompe, l’endommager fortement, voire perdre la vie. De plus, à cette expérience stressante où ton corps est sens dessus dessous, s’ajoute une immense tristesse liée à la déception de vivre une fausse couche et donc de ne plus porter d’enfant.

Je me suis vraiment questionnée : faut-il espérer un deuxième enfant à tout prix ou continuer de construire notre vie à trois, mon homme, mon Loup et moi ? Deux questions qui m’habitaient, même si je ne perdais jamais de vue que notre famille était déjà géniale. À nouveau, les mois se sont égrainés : d’un accord commun, nous avons eu envie de tenter la PMA pour ne pas avoir de regret.

Ségolène, tu as fait deux tentatives de PMA. Peux-tu nous en parler ?

La première PMA a été très difficile, d’abord parce que tu ne connais rien. Le protocole est très lourd physiquement, il faut se piquer à heures fixes, ne pas oublier les contrôles, te présenter « nue » au sens propre comme au sens figuré devant les médecins.

Au-delà du traitement, tu fais entrer un part de médical dans ta vie de couple. Bien que cette part technique soit nécessaire, c’est une véritable intrusion dans ton intimité. Tous les jours, tous les soirs, tu y penses. Cela demande une gestion de ton temps qui bouscule ton quotidien de façon inévitable et qui vient se heurter à la parole des médecins qui te conseillent de faire comme d’habitude. Avec mon mari, nous étions dans l’attente constante, auto-centrés sur ce qui allait se passer.

La deuxième PMA a été moins lourde, tout simplement parce que je savais à quoi m’attendre, physiquement et moralement. C’est un peu comme une course. La première fois, tu galères. Et puis la deuxième fois, tu connais le chemin. Mais ce qui change vraiment, c’est que tu oses dire que tu as peur et confier tes émotions. Tu te permets de poser plus de questions, et surtout, tu sais trouver les oreilles attentives qui sauront accueillir ce que tu vis.

Pour cette deuxième PMA, je me suis fait accompagner par une kinésiologue pour apprendre à gérer les douleurs psychiques liées à la grossesse extra-utérine et aider mon corps à accepter ces étapes de vie. Nous en avons également moins parlé à notre entourage afin de  préserver notre intimité.

Quelles sont les choses qui t’ont aidée à garder ton cap ?

Le désir immense de porter un deuxième enfant avec l’espoir qu’il pouvait arriver !

Et puis j’ai accepté de prendre soin de moi. Pendant les démarches, je me suis accordée du temps afin d’être encore plus relaxée, j’ai fait du yoga pour me recentrer. C’est un peu comme si je me mettais en attitude de retrait, de vide, pour mieux accueillir.

Ton homme a-t-il réussi à se positionner auprès de toi tout au long de ce parcours ?

C’est vrai que 80% du processus de la PMA repose sur les épaules de la femme. Mais mon homme m’enveloppait de sa délicatesse, de sa présence et de son amour. Une fois la ponction effectuée, nous avons décidé de nous poser tous les deux en amoureux, sans notre petit Loup.

Nous avons pris une semaine de vacances pour nous retrouver, comme si la PMA risquait de nous éparpiller. Nous voulions vivre des petites joies quotidiennes de couple aussi simples que celle de se faire un plateau télé sur le canapé ! Ces moments nous ont portés et rapprochés : nous avons pu ouvrir les portes de notre cœur, échanger autour de ce que nous vivions – ce qui était lourd – et évoquer nos rêves.

Comment cette démarche de PMA est-elle reçue par ton entourage ?

Globalement bien, mais les premières réactions ont été plutôt surprenantes. Quand on a un premier enfant « naturellement », c’est qu’a priori, ça pouvait marcher ! N’en faisions-nous pas trop ? Mais si l’on prend le temps d’échanger, les oreilles deviennent beaucoup plus attentives et les bras consolateurs.
D‘autres réflexions ont été plus douloureuses, comme celles qui te rappellent que tu as déjà un enfant. C’est vraiment la pire. Je mesure la chance immense que nous avons d’avoir notre petit Loup, mais je souffre aussi dans mon cœur de femme, de mère et d’épouse de ne pas accueillir à nouveau la vie.

Parfois, on me parle des ces couples qui n’ont pas d’enfant, ou encore on me raconte des histoires :

« Je connais quelqu’un qui … »

Ce n’est pas ce que j’attends comme réponse, mais je ne le prends pas pour moi non plus, j’ai appris à garder une distance. Moi aussi, je peux être maladroite dans d’autres circonstances ! Ce sont des réactions naturelles. Ces personnes cherchent à me consoler, à me faire redescendre sur terre, à m’aider à accepter de ne pas avoir un deuxième enfant de façon naturelle.

Parfois, je rentre dans la discussion si je sens la personne réceptive. Sinon, je laisse tomber. Les gens ne se rendent pas compte du bouleversement psychique que provoque le désir d’enfant quand il n’est pas comblé, encore moins de la modification dans ta vie de couple que la PMA génère.

Quels conseils aimerais-tu souffler aux Fabuleuses dont l’amie, la sœur, la cousine, traverse ce parcours de PMA ?

Le mieux c’est de dire : « Je suis désolée, je ne sais pas quoi te dire » ou « Écoute, ça me touche, je vois que tu me fais confiance et je suis là si tu as besoin de moi ». Dans ces moments, on veut juste être accueillie, on ne cherche pas forcément de réponse, de conseil, pas de dissertation. On a juste besoin d’une personne qui soit en position d’écoute, même si elle ne sait pas comment le recevoir.

Que voudrais-tu partager aux Fabuleuses qui, comme toi, vont entamer un parcours de PMA ?

Il s’agit vraiment de profiter de son couple, de favoriser les moments à deux tellement l’intrusion médicale est dingue. Normalement, pour concevoir un enfant, l’homme et la femme vont vivre un moment d’intimité dont ils se souviendront. La PMA, qui ne permet pas de vivre ce moment-là, bouscule ces représentations. Pour contrebalancer ces mouvements d’intrusion, il faut veiller à prendre soin de son couple, le choyer, tout comme il faut prendre soin de soi et de son besoin de solitude.

C’est pareil pour le Fabuleux. Mon homme partait faire du vélo pour se vider la tête de toutes ces appréhensions provoquées la PMA. Il s’agit de s’évader suffisamment longtemps de ce quotidien parasité par le médical pour revenir ressourcé et mieux le vivre.

Le sujet est-il tabou ?

Pour moi, non. C’est pour ça que je n’hésite pas à le partager à des personnes réceptives, je ne veux pas être face à des jugements. Pour moi, évoquer la PMA, c’est libérer une parole.
Aujourd’hui, ces démarches ont échoué. Mais comme le corps médical nous a dit que c’était encore possible, nous avons envie d’y croire. On laisse les choses se faire en vivant les étapes une à une, au temps présent.

Mon deuil de ne pouvoir accueillir un autre enfant n’est pas fait, même si la réalité, cette difficulté de ne pouvoir tomber enceinte spontanément, me force à penser qu’un jour il faudra peut-être l’accepter.

Quelle est ton astuce de Fabuleuse que tu aimerais partager avec les lectrices ?

Ma routine matinale, qu’il pleuve, qu’il neige ou que ce soit la tempête ! Ce temps que je me donne est vital. Il évolue au fil des mois, s’adapte à mes besoins : yoga, méditation, lecture, écriture… Il est toujours là. C’est mon ancrage dans la vie.

*Le terme PMA regroupe toutes les méthodes d’aide à la procréation.

 


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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.conseilconjugaletparentalite.com

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