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Vie de famille

La pénétration est une invitation

Hélène Dumont 23 mars 2026
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Beaucoup de mamans aspirent à une vie sexuelle vivante, mais se sentent comme verrouillées, dispersées, fatiguées, ou simplement inquiètes à l’idée de s’ouvrir vraiment. Dans cet article, Hélène, sexothérapeute, met des mots précieux sur cette expérience si intime de la pénétration. Une parole rare, délicate et profonde, pour celles qui sentent confusément qu’au sein de leur couple, les corps ont encore tant à se dire… dans l’amour et la confiance. 

Accueillir l’autre en soi.

Ce fut l’objet de mes premières interrogations quand je suis devenue maman. J’attendais un autre que moi dans l’intimité de ma chair. L’expérience de la grossesse redéfinissait les contours de mon bas ventre, de cet espace vacant, que l’on nomme utérus et qui depuis longtemps attendait qu’un petit s’y niche. 

Ce bébé, différent de moi et pourtant confondu en moi, remodelait la vision de mon corps. Si je le percevais déjà de l’en dehors, voilà que je le saisissais de l’en-dedans. L’expérience de l’accouchement confirma quelques mois plus tard le vagin comme un chemin suffisamment large et long permettant à l’enfant de le traverser pour enfin venir au monde. 

Seul le corps de la femme peut accueillir ainsi, dans son sexe, un autre qu’elle-même.

Ce peut être un enfant, certes, dans l’intégralité de ce qu’il est ; mais ce peut être également, partiellement, un amant. Un homme dont le sexe gonflé de sang cherchera à se poser dans ce lieu, assez long et large, révélant à la femme le creux de son sexe, possiblement ouvert pour le recevoir. Accueillir l’autre en soi n’est pas que l’apanage de la grossesse ; bien en amont, cela renvoie à l’expérience de la pénétration. Une expérience à la fois singulière et surprenante : comment rester soi — entière, sans se sentir encombrée — tout en faisant de la place à l’autre ? 

En devenant sexothérapeute, je réalisais que cette expérience de la rencontre ne s’imposait pas comme une évidence.

Faire de l’autre son invité pour la femme et se comporter comme tel pour les hommes relève d’un pacte de confiance réciproque, d’un art de recevoir et de se vouloir reçu. La pénétration est une visite amoureuse, une invitation, dont la spécificité sera de n’être perçue que de l’intérieur.

Quand les sexes s’embrassent, personne ne peut voir ce qui s’y passe.

On peut ressentir, imaginer, en parler ; de cela oui. Il n’en reste pas moins que la rencontre est invisible : car la pénétration se déroule en interne, lui conférant ce caractère à la fois intime, mystérieux, fascinant, parfois frustrant ou encore effrayant. 

C’est de ce constat qu’émergent, il me semble, les difficultés. 

En couple, il n’est pas simple de se pénétrer.

Que va-t-on dévoiler de soi ? Que va-t-on découvrir de l’autre ? 

Pas simple du côté de la femme,

quand son sexe se ferme compte-tenu d’une douleur réelle, par peur ou anticipation de celle-ci, par manque de confiance — en soi, en son partenaire — ou parce que la pénétration est appréhendée — réellement ou de façon fantasmatique — comme une intrusion, un envahissement.

Ouvertures et fermetures résultent souvent d’histoires personnelles, corporelles et relationnelles qui se croisent. Il est ainsi régulier que la femme puisse désirer amoureusement accueillir son bien-aimé dans son propre sexe, tout en se fermant quand il vient.

Pas simple du côté de l’homme, 

quand son sexe refuse d’entrer dans celui de la femme ou n’y parvient pas. Concrètement, cela peut se traduire, par exemple, par une absence d’érection ou de maintien de celle-ci, par une éjaculation très rapide — en dehors du vagin — rendant difficile l’intromission, par un évitement de la relation sexuelle.

Pour entrer dans un sexe de femme et devenir son invité, il faut aller au-delà de ses peurs, celle de ne pas avoir un sexe suffisamment ferme, de ne pas donner assez de plaisir, plus largement celle de ne pas être performant (…). 

Dans ces moments-là, il est bon de se poser seul(e) ou en couple quand cela est possible ou souhaitable, pour se demander :

« De quel message mon corps est-il porteur ? »

Car la pénétration est une alliance entre l’homme et la femme.

Nous pourrions parler de compénétration où, de façon mutuelle et réciproque, le couple s’invite, se guide et s’accompagne. Cela va bien au-delà de nos représentations d’un mouvement de va et vient pour lui et d’une attitude passive pour elle. 

Appréhender la pénétration comme une visite amoureuse,

où l’on prendrait le temps de discuter est une expérience souvent novatrice. Qui discute ? Les amants, bien entendu, mais cela n’est pas suffisamment précis. Le langage dont je parle est celui de leurs deux corps qui se retrouvent, de leurs sexes qui se font la fête et qui prennent le temps de se chérir.

Pour l’homme, il s’agira d’oser pénétrer la femme avant que son excitation et que sa tension sexuelle soient au maximum. L’idée étant d’offrir un peu de temps à son sexe pour qu’il puisse s’abandonner, continuer de bouger librement dans cet espace spacieux qu’est le vagin, ressentir l’énergie qui circule, sa chaleur, le laisser se dilater et deviner les parois qui le contiennent.

Oui, c’est peut-être cela devenir un invité et se comporter comme tel.

C’est faire une entrée délicate, mais joyeuse, se poser, discuter avec tranquillité. Qu’il est bon de se retrouver !

Pour la femme, il s’agira d’oser accueillir le sexe de l’homme en contractant les muscles de son périnée. Un peu comme si elle lui prodiguait une embrassade. On parle alors de circlusion. Certaines femmes que j’accompagne me disent ressentir un appel du sexe de l’homme, traduisant parfois ce mouvement en parole : « Viens ! Viens en moi » me disent elles murmurer. Leur vagin, bien vivant, est tourné vers un accueil actif que l’homme peut apprendre à percevoir au fur et à mesure, et avec finesse.

La contraction ressentie est à l’image d’un battement du cœur.

Emboités ainsi, les sexes se contiennent et se réchauffent. Dans une telle pratique de la pénétration, l’intérêt n’est pas de savoir qui pénètre ou qui est pénétré, mais plutôt de goûter aux sensations agréables qui se dilatent, s’entremêlent, se répondent, cherchant un écho au niveau des cœurs. Cela sera peut-être plus lent, plus enrobé, différent. Mais n’est-ce pas intéressant de se retrouver ensemble ainsi, que l’on soit homme ou femme ? 

Et cela ne condamne pas les pénétrations plus dansantes, ni la concomitance des deux : tout est question de partage et d’accordage, de pas de côté que l’on se permet de faire pour grandir au-delà des clichés.

La pénétration est une invitation singulière, une expérience loin d’être anodine.

Elle ne peut résulter que d’un choix, commun, libre. On ne vient jamais chez l’autre par obligation, de la même façon que l’on ne force jamais la porte d’un ami.

Certains couples pourront aussi choisir de ne pas se pénétrer,

volontairement ou parce que la pénétration n’est pas toujours possible. Leur sexualité sera-t-elle de moindre valeur ? 

Non, car la pénétration n’est pas que corporelle et sexuelle. Bien au-delà, la pénétration est également relationnelle, émotionnelle et même spirituelle. Le processus est le même. Nous pourrions l’illustrer par ces quelques questions :

  • « Peux-tu me partager ce que tu penses de ce que je te dis, ce que tu ressens ? »
  • « Peux-tu me parler de toi ? »
  • « Puis-je te parler de moi, te montrer comment je vis les choses, comment je les vois ? »
  • « Vas-tu respecter ce que je suis ? ». 

Entrer dans le monde psychique de l’autre, avoir l’honneur d’être désigné pour découvrir ce qu’il comprend, découvrir son histoire exige un peu de retenue, de respect. De même que l’on ne force pas une invitation. En effet, se déverser sur l’autre peut être vécu par celui-ci de façon oppressante.

Vécue dans une juste mesure, accueillir l’autre en soi est une expérience fascinante, s’inviter chez l’autre une véritable aventure. Et la pénétration sexuelle, appréhendée ainsi est bien souvent réparatrice, apaisante.

Elle est un chemin sûr de complicité, à la fois douce, envoutante et érotique. 



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants ! Elle est l'auteure du livre Terre éclose : la sexualité au féminin.
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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