Je veux de la tendresse, mais pas pour le sexe - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Je veux de la tendresse, mais pas pour le sexe

couple tendresse
Hélène Dumont 5 février 2026
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Chloé et Geoffroy sont seuls dans la cuisine. 

Les enfants ont filé, tout est calme. La jeune femme renverse au-dessus de l’évier un petit amas de miettes récoltées dans la paume de sa main, tandis que son conjoint lui caresse le dos en passant. Il glisse lentement sur les hanches. Mouvement de recul : « Pas maintenant » dit-elle en soupirant. Geoffroy lève les yeux au ciel : « Incroyable, je n’ai même plus le droit de te toucher ». Il quitte la pièce, agacé. Fin de soirée.

Je reçois quelques jours plus tard ce couple sympathique qui me raconte la scène. Tous deux sont consternés. Geoffroy ne comprend pas la réaction de sa compagne, Chloé ne comprend pas qu’il ne puisse pas comprendre. Dans la cuisine à 19h30, une main sur les hanches, ce n’est pas ce dont elle a envie. Enfin, ce dont elle ne veut pas, c’est plutôt d’éveiller une promesse qu’elle ne saurait tenir. « Car si je le laisse faire, me dit-elle, il va croire que je suis d’accord pour aller plus loin. Et à 22h, une fois au lit, c’est sur mes seins que ses mains se poseront. » Lui réplique : « Tu exagères. Je voulais te taquiner, te câliner. » Chloé s’énerve : « Tu parles. Je te laisse faire et puis après, paf ! Tu te dis qu’il y a moyen d’aller plus loin. Et si je ne veux pas ? Et si je ne veux plus ? Eh bien, je dois me justifier et toi tu râles, tu boudes. Ça me saoule. » 

En entretien, de nombreuses femmes se plaignent de ne pas recevoir suffisamment de gestes « tendres ». 

Et pourtant, dans un écho paradoxal, de nombreux hommes se plaignent de ne plus pouvoir en donner. D’où vient ce malentendu ? Comment se fait-il que ces femmes réclament des gestes qu’elles finiront par repousser ? 

Chloé, mais aussi tant d’autres, ont levé les yeux au ciel en entendant ma question : « Parce que ces caresses ne sont pas « gratuites » » argumentent-elles. Parce qu’elles ont une demande : celle de faire l’amour plus tard« Je veux des caresses, j’en crève d’envie, mais je veux des caresses gratuites » martèle Chloé. C’est-à-dire sans intention érotique, sans invitation sexuelle. Une caresse qui n’endette pas. 

Pour comprendre, il faut faire un retour en arrière dans l’histoire du couple et détricoter ce qui s’est tramé. 

Le hiatus apparaît : trop de ces gestes ont mené à l’incompréhension, révélés des attentes en décalage. 

« Je réclamais ses bras mais il finissait par en vouloir plus. » C’est ainsi qu’au fur et à mesure s’élabore un fantasme redouté : « S’il me touche, je vais devoir y passer. » Alors autant tout faire pour qu’il ne le fasse pas. L’ingéniosité pour trouver des excuses ne tarit pas et pourtant leur cœur de femme se fend régulièrement de ne recevoir que trop peu de tendresse.

Dans ce contexte, du côté des hommes, ce n’est pas mieux. La frustration est à son comble. L’impression de ne plus être aimé apparaît sur la pointe des pieds. C’est à ce moment que s’enclenche le cercle vicieux : pour se protéger, le voilà qui bat en retraite. Il s’éloigne et finit par ne plus rien donner de cette tendresse espérée. Car plutôt que d’éveiller l’espoir d’un « câlin » qui lui sera refusé, il préfère ne plus rien faire du tout. Ainsi, il ne souffre pas. Ou moins. 

Résultat : chacun est dans son coin, à ruminer son manque de l’autre, de sa présence et de son corps. 

« S’il me parlait un peu avant de me toucher, ça m’aiderait peut-être ? se demande Chloé, qu’il soit curieux de ma journée. Je sentirais qu’il s’intéresse à moi pour autre chose que pour le sexe. » Pour recevoir le désir de leur conjoint comme un élan positif, de nombreuses femmes ont besoin de sentir qu’on les désire de façon globale. C’est ainsi qu’elles soulignent leur plaisir d’être questionnées pour accueillir en retour le récit de l’autre. « J’ai besoin de vérifier que je suis une personne avant tout et non pas seulement un corps » peut-on entendre comme un refrain dans certains entretiens. Ce à quoi un homme a répondu un jour du tac au tac « 1. Je ne te considère pas comme un objet. 2. Je ne suis pas une bête. 3. Mais j’ai besoin de sentir que je suis ton homme et non pas seulement un compte en banque ou des bras pour donner un bain… ». Être plus qu’un compagnon sécurisant ou qu’un père attentif. Être un amant, aimer et se sentir aimé dans un jeu réciproque, attentif et érotique. Voilà la demande de nombreux hommes que je reçois. 

Serait-ce cliché d’écrire que les femmes ont besoin de se sentir connectées émotionnellement pour s’ouvrir davantage au désir sexuel et que les hommes ont besoin de sensualité pour s’ouvrir au niveau émotionnel ? 

Cela me semble plus complexe. Derrière cette banalité se cache aussi de nombreux non-dits et ressentiments, comme l’impression de ne pas être assez aidée, écoutée, soutenue, relayée (…) pour les femmes ; ou comme l’impression de ne plus compter, de passer après les enfants, de ne pas être assez ou pas comme elle le voudrait (…), pour les hommes. Finalement, chacun se sent abandonné, parfois même dénigré.

Faisons un pas de côté. 

La sexualité se construit dans un maillage subtil de tendresse et de tension sexuelle. 

Bien souvent, dans un couple, le premier fil est repris par les femmes, le second par les hommes. 

Alors, comment créer ce maillage avec confiance et dans un bon équilibre ? L’érotisme se niche dans ces moments où l’homme et la femme se soumettent mutuellement au fonctionnement de l’autre, dans un mouvement de réciprocité. La tendresse contient la tension sexuelle, elle n’en devient que la gardienne et nourrit l’attachement. La tension anime, permet le jeu érotique et le dévoilement des corps où les couples se pénètrent de baisers, de caresses, de mots tendres, mais aussi dans leurs sexes. 

C’est ainsi que la tendresse se transforme en sésame permettant à l’homme d’accéder au corps de sa bien-aimée. 

C’est ainsi que la pulsion se fraie un chemin pour accéder au cœur. Une rencontre de deux langages complémentaires intéressante pour écrire un nouveau scénario érotique

Une chose est sûre, plus la femme se sentira libre de répondre, plus il lui sera facile de le faire. Plus l’homme se sentira cette possibilité érotique, plus il saura donner de la tendresse gratuite. 

Ainsi, au sein du couple, à chacun de faire ce pas de côté ! 



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erotiser son couple

Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants ! Elle est l'auteure du livre Terre éclose : la sexualité au féminin.
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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