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Je suis partie

Il y a quelques années, j’ai fait ma valise et je suis partie.

Septembre 2012. Nous en avions parlé. Longtemps. Tout était prévu. Une heure de bus, une heure de train.

Sur le quai, je pense à la maison que j’ai laissée : un mari et quatre enfants dont un qui, à l’époque, faisait sa rentrée en petite section. J’ai quelques remords : il devra manger à la cantine dès le mois de septembre. Cela me tracasse.

Pourtant, quand je travaillais à temps plein, ses frères y mangeaient également chaque jour, sans état d’âme de ma part. Mais voilà, ce n’est pas le travail qui justifie mon absence cette fois-ci.

Non, si je pars, c’est parce que j’ai un projet. Per-son-nel.

Je dépense les sous de la maison, je n’en ramène pas, je laisse mes enfants. Et débrouille toi mon chéri avec ton boulot, tes horaires de dingue, la maison et les gosses :

  • le frigo et les placards sont pleins
  • gratin de légumes cuisiné par mes soins,
  • crèmes au chocolat,
  • céréales de premier choix.

Ces petites gâteries comme un message subliminal alors qu’ils petit-déjeuneront demain sans moi :

« Pardon de n’être pas là, mais vous voyez, vous avez de bonnes céréales pour vous consoler. »

On fait comme on peut.

Je suis retournée sur les bancs de la fac…

Professeur des écoles de formation, j’ai perdu mon poste en suivant mon époux à l’autre bout de la France. J’enseignais dans des conditions idéales avec quelques collègues que j’aimais beaucoup. Notre nouveau lieu d’habitation ne m’offrait plus ce cadre de vie.

Peu de postes. Pas assez d’ancienneté pour y prétendre. Peu de mi-temps. De la route.

Il fallait réagir. Impensable pour moi de rester à la maison. J’ai besoin de me nourrir, intellectuellement, socialement, professionnellement. Mon bien-être, assurément contagieux en couple et en famille, résulte de cet équilibre délicat entre cet en-dehors professionnel et l’intérieur de mon foyer.

Mais avant de monter dans ce fameux train…

… il aurait fallu que je chemine.

Depuis longtemps, j’avais envie de devenir conseillère conjugale et familiale. Perdre mon poste fut l’occasion de me poser les bonnes questions :

  • un an de discernement,
  • de nombreuses lectures,
  • des heures passées à discuter avec des personnes de confiance pour m’approprier l’idée,
  • un certain nombre de rencontres auprès de professionnels enfin, auront été nécessaires pour me faire avancer et demander un dossier d’inscription.

Mais, de ces pérégrinations, je retiendrai la plus coûteuse : celle de me confronter à moi même.

Un face à face que je n’ai pu vivre que dans la solitude en me déplaçant dans un espace propice à ce genre d’expérience. Une abbaye.

J’ai pu y déposer ce projet et le laisser germer, avancer, reculer, tourner en rond avec toute la dimension spirituelle et humaine que m’ont offert ce lieu et la bienveillance des personnes qui l’habitent.

Et puis, il y avait mon mari.

Des centaines de fois, je lui ai dit :

« C’est ok pour toi ? Pas trop compliqué à gérer ? ».

Des milliers de fois il m’a répondu :

« Ne me fais pas porter un embarras que, toi, tu ne gères pas : celui de laisser la maison. Moi, je me débrouillerai. »

Je rétorquais :

« Mais pour les enfants, garderie, cantine… Un peu lourd le rythme, non ? »

Réponse de mon homme :

« Tu va leur faire confiance, à tes enfants ? Ils sauront s’adapter, faire sans toi. Quatre jours par mois, on a vu pire. Le problème, ce n’est ni moi, ni eux. C’est toi. Demande toi pourquoi ça te pèse autant de partir. T’as peur de quoi ? De te (de nous !) planter ? Tu portes un beau projet, non ? »

À moi de jouer.

« Pourquoi tu te formes ? Pourquoi ce métier ? Et si tu échoues ? Et tes petits ? »

Les questions des autres me renvoient difficilement à celles que je me pose, et au-delà, en cas d’échec, à l’intransigeance de mon propre regard…
Il aura fallu que je prenne lucidement de la distance vis-à-vis cela : les choix que nous faisons renvoient les autres aux leurs, aux décisions qu’ils auront prises… ou pas.

Il aura fallu que je m’appuie sur quelques personnes « ressources » pour me lancer et considérer que leur appui m’était indispensable.

Une fois tous ces problèmes presque réglés, dont les aspects matériels (dossier, financement, organisation) mais néanmoins importants, il ne restait que moi. Moi et moi.

Alors je suis montée dans ce train.

Durant deux ans, quatre jours par mois, je suis partie me former.

Quotidiennement, je me suis organisée pour :

  • « bachoter »,
  • lire, écrire,
  • partir effectuer mes stages,
  • accoucher de mon mémoire…

…tout en passant du temps auprès de mon mari, de mes enfants et de certaines personnes que j’aimais.

Ces moments partagés m’auront nourrie, vivifiée ; ils ont étayé ma pensée et contribué à ma réussite. Ma formation de conseillère conjugale et familiale n’était pas qu’intellectuelle, elle devenait empirique. Et malgré les difficultés que j’ai pu rencontrer, l’exigence et les renoncements (moins de sorties, moins de dépenses…) que nécessite une formation, je l’ai vécue avec beaucoup de bouillonnement et de paix.

À chacun sa mission ?

Ces deux dernières années, de nombreuses fabuleuses m’ont fait part de leur désir de changer de boulot ou de le reprendre différemment après une période plus ou moins longue d’arrêt, choisi ou contraint. Puis, comme pour excuser leur propre questionnement, elles ajoutaient :

« Impossible, les enfants sont trop petits, mon mari ne pourra pas, on n’a pas d’argent, c’est peut-être un caprice perso, et puis, ça va passer… »

Derrière ces prétextes, c’est une inquiétude bien plus secrète qui les habite : il faut se lancer, dépasser ses doutes et le « qu’en dira-t-on », changer son organisation.

Ni le mari, les enfants, le financement, l’emploi du temps ne sont des excuses suffisantes pour ne pas essayer de bâtir un projet, le penser, l’affiner, le faire évoluer. Rien n’est figé.

Ces envies de changement expriment un désir beaucoup plus intime :

Celui de trouver sa vocation. Savoir qui l’on est. Ce à quoi nous pouvons prétendre et répondre. Tenter de se confronter à ces questions permet de gagner en liberté intérieure.

Parmi tous les livres que j’ai pu parcourir, « À chacun sa mission » , de Jean Montbourquette m’aura particulièrement aidée.

En cette période estivale, si d’aventure vous aviez envie de réfléchir à un projet qui vous tient à coeur, et si par bonheur se trouvait non loin de chez vous un lieu calme comme une une abbaye, ou en pleine nature, pour vous isoler, alors n’hésitez plus, prenez rendez-vous avec vous même.

Ne vous évitez pas.

Faites le vide, confiez votre projet, prenez un (ce) bouquin, lisez, discernez, puis laissez reposer.

Qui sait, peut-être verrez-vous se révéler un visage nouveau, le vôtre, alors que vous pensiez l’avoir égaré…

Helene DumontHélène a 37 ans, quatre garçons et une petite fille. Elle est mariée avec Frédéric. Après avoir été professeur des écoles, elle retourne sur les bancs de la fac pour devenir conseillère conjugale et familiale. Son sujet de prédilection : l’articulation du maternel et du féminin ! Un pari : que toutes situations et trajectoires individuelles, même dans les moments de crise les plus forts, peuvent être à nouveau revisitées par l’espérance. Elle a trouvé un équilibre aujourd’hui en créant et organisant son activité libérale selon le rythme familial.
http://www.conseilconjugaletparentalite.com/

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  • Déborah Rakotoarijao

    Moi aussi, après qq années et 4 enfants besoin de me former. Alors il y a 5 ans, j’ai entrepris une formation qui a débouché sur un master I sciences du langage, spé FLE. Tellement contente de l’avoir fait. Mais, il a fallu s’en accommoder, investir, s’organiser… Pour ma part, c’était une formation à distance avec examens en présenciel.
    Bon courage à toutes celles qui en ont envie. Soyez astucieuse et trouvez la formule qui vous convient. Epanouissez-vous! ?

  • Sophie Gloaguen- Ver Elst

    Merci pour ce beau témoignage qui prouve que c’est possible …

  • Bambou

    Bonjour Deborah.
    Pourriez vous en dire plus? Je suis aussi maman de 4 loulous, instit en congé parental et je souhaite gaire un master en psychologie a distance. J’ai tres peur de me lancer et de me sentir trop débordée.
    Avez vous des conseils a donner?
    Merci

  • Agathe

    Je m’y reconnais bien … plus on a donné, plus on a besoin de trouver son chemin personnel … à 37 ans, j’ai recommencé à étudier, à aller à l’université avec un projet de Master 2 littérature, agrégation et doctorat (enfants 3,5,7 ans), enfants scolarisés à la maison, avec un mari qui m’a soutenu à tout instant et continue à le faire. Oui, c’est possible … après le coucher des enfants, on oublie la fatigue, et on travaille jusqu’à tard dans la nuit, leur sieste est aussi un temps précieux pour étudier, et ils prennent l’habitude de me voir bouquiner même lorsqu’ils sont réveillés et comme on a peu de temps, on reste très discipliné, in utilise chaque moment libre pour honorer ce choix personnel.

  • Déborah Rakotoarijao

    Bonjour Bambou,
    Lorsque j’ai commencé ma formation mes 4 étaient à l’école. J’avais donc décidé de bosser tous les matins du lundi au vendredi(environ 3h), le moins possible les vacances et les week-end. Mon avantage était que je connaissais déjà le système de l’enseignement à distance, donc beaucoup plus facile de le faire. Je vous conseille de mettre en place un planning que vous etablirez losrque vous aurez vos cours en fonction du nombre d’heures proposées pour chaque matière et des dates butoirs données. Parlez-en avec votre conjoint et autour de vous. Établissez, si possible, des heures où vous êtes « inatteignable ». Trouvez des solutions pour avoir des moments calmes. Qd votre entourage connait votre projet, il est plus conciliant lorsque vous dites que vous n’êtes pas disponible. Et puis, gardez ausi des temps pour vous relaxez. Et surtout faites-vous plaisir. Si vous réussissez, bravo. Et si tous vos modules ne sont pas validés du premier coup, retentez votre chance. J’ai dû recommencer mon mémoire car sa note était insuffisante à la fin de la première année. C’est l’avantage de l’Université, les acquis le sont pour de bon.
    Bon courage à vous.

  • Se jeter à l’eau, changer d’orientation et se former, je l’ai fait il y a une dizaine d’années. De comptable, je suis devenue interprète traductrice en indonésien-malais et je suis retournée à la fac pour ce faire, me diplômer en licence et maîtrise (à l’époque). Comme j’avais été expatriée en Indonésie quelques années auparavant, j’avais appris la langue. En déménageant en 95, qu’est-ce que j’apprends? Que la fac LEA d’à côté avait une section langues asiatiques avec chinois, coréen, indonésien et malais. Là c’était le destin qui était avec moi: dès le bac je voulais m’orienter vers les langues rares, mais n’avais pas pu le faire. Une deuxième occasion se présentait à moi, c’était fabuleux! J’avoue ne pas avoir eu trop de scrupules, même si le dernier enfant était encore petiot. Mais tous, ils étaient hyper contents de mon projet. Bien sûr, je ne plantais pas la maison et la famille comme ça. Tout était fait à la maison et ce qui n’était pas fait… eh bien on s’arrangeait.
    Je crois aussi avoir ce côté « plongeuse » sans trop me poser de questions. Les sentiments d’inconfort, de culpabilité renvoient peut être à des natures différentes ou des éducations différentes.
    En tout cas, personne n’a jamais regretté mon choix, et devant ma détermination, peut être que les esprits critiques ou acerbes ont préféré se taire.
    maintenant je suis assermentée par ma Cour d’Appel dans le domaine de l’indonésien et du malais et je suis quasiment seule en France!
    Merci pour cet article éclairant