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J’ai laissé mes enfants “s’ennuyer”

J’ai beau crier sur tous les toits que je ne suis pas une experte en pâte à sel et encore moins en peinture sur bois, je me suis souvent retrouvée, à la veille des vacances ou d’un long week-end en solo, confrontée à LA question :

« Comment vais-je les occuper ? »

Une fois additionnées les activités que j’arrive à peu près à gérer sans perdre mon sang froid, force est de constater que ça ne remplit pas DU TOUT une journée entière :

  • Construire un château en Duplo : 20 minutes (au-delà, je m’endors)
  • Préparer un gâteau au chocolat : 30 minutes (sans compter le nettoyage de la cuisine après que Numérobis ait cassé les oeufs lui-même ^^)
  • Lire des histoires : 45 minutes (réparties sur la journée, hein, pas d’une seule traite)
  • Faire une balade en trottinette : 45 minutes (oui, SEULEMENT 45 minutes : comme je dois pousser Numérobis les trois quarts de la promenade, mon dos ne tient pas le coup plus longtemps)
  • Jouer à passer l’aspirateur : 30 minutes (le kiff de Numérobis en ce moment, c’est de passer l’aspirateur ; alors évidemment, vous pensez bien que j’en profite pour allier l’utile – pour moi – à l’agréable – pour lui. Machiavélique, vous avez dit ?)

Bref. Mis bout à bout, avec les siestes, les repas et les bains en moins, j’ai rempli au maximum une journée et demie.

Soupir.

(Oui, soupir. Parce que j’avoue en toute honnêteté et transparence que je ne suis pas de ces mamans qui, pendant les vacances, adorent se transformer en animatrice de centre de loisirs en organisant des tas de trucs passionnants avec leurs enfants.)

Et puis voilà que j’ai repensé à cette phrase qui a bercé mon enfance :

“Il faut laisser les enfants s’ennuyer, c’est le meilleur moyen de leur apprendre à s’occuper”.

Si ma Fabuleuse maman ne m’a jamais bourré le crâne à coup de principes éducatifs, cette phrase – et ses variantes – fut appliquée au pied de la lettre durant mes jeunes années.

Phrase qui, depuis que je suis devenue maman à mon tour, avait tendance à me faire sourire…ou sortir de mes gonds.

  • « Ouais, bien sûr, laisser ses enfants s’ennuyer. Mais si je laisse Numérobis livré à lui-même, il va se transformer en machine à bêtises. »
    Ou :
  • « Elle est mignonne. Si je ne prévois aucune activité, mon aîné va sans arrêt me traîner dans les pattes. »

Bref.

Sauf qu’en regardant objectivement mon enfance, je n’ai pas été non plus traumatisée par ces journées sans programme particulier. Au contraire. J’ai imaginé des tas de choses, j’ai développé une passion pour les livres, j’ai rendu des tas de services en m’occupant du bain de ma petite soeur et du ménage de la salle de bains, j’ai noué des amitiés fondatrices en sortant jouer dans la rue.

CQFD.

Sans aller jusqu’à laisser mes enfants de 7 et 3 ans jouer dans la rue, j’ai donc décidé, depuis quelques temps, de tenter l’expérience de l’ennui. De ne rien prévoir de particulier quand j’ai les enfants à la maison. De ne pas organiser de sortie au parc ou de goûter avec des copains.

Et vous savez quoi ?

Il y a eu des cris (de leur part et de la mienne). Il y a eu des bagarres. Il y a eu des loupés. Il y a eu des bêtises (et notamment, un paquet de coquillettes répandu sur le sol de la cuisine, une salle de bains inondée, des coloriages sur le mur d’une chambre à coucher, et j’en passe…).

MAIS le miracle s’est produit.

Hier matin, jour de vacances, après avoir entendu plusieurs fois mon aîné répéter le fameux “Maman, je m’ennuie !”, je les ai invités à jouer dans leur chambre.

Et que s’est-il passé ? Ils ont joué ensemble dans la même pièce pendant 47 minutes sans se disputer.
Oui, vous avez bien lu : 47 minutes. J’ai chronométré.

Elle a chronométré ? Mais quelle mère ferait ça ? Une mère qui a passé un coup de fil à une amie chère – ce genre de coup de fil “prise de nouvelles” que tu repousses depuis des semaines, voire des mois, parce qu’il nécessite plus de 5 minutes – et qui, en raccrochant, s’aperçoit qu’elle vient de parler 47 minutes d’affilée sans être interrompue par des cris, par un enfant qui vient se plaindre de son frère qui vient de lui jeter son dinosaure (en mousse, la précision est importante) au visage.

Alors bien sûr, immédiatement après avoir réalisé – écran de mon smartphone sous les yeux – que je venais d’avoir la plus longue conversation téléphonique de ma vie de maman avec mes enfants à la maison, j’ai commencé à paniquer.

J’ai monté l’escalier, la boule au ventre, certaine que j’allais assister à une scène apocalyptique…ou découvrir que le silence était simplement dû au fait que mon aîné avait bâillonné son petit frère dans son tipi d’indien.

Et que s’est-il passé, quand j’ai ouvert la porte ?

La chambre était dans un foutoir inimaginable, certes, mais ce sont surtout deux visages souriants et deux paires d’yeux pétillants qui m’ont accueillie.

– Maman, on a bien joué ! Aymeric me prépare un repas, on est au restaurant.
– Tu veux du gâteau, maman ?

Attendrie, je me suis assise sur le tapis et j’ai goûté le délicieux gâteau préparé par Numérobis.

Bien sûr, on me répondra que 47 minutes ne meublent pas une journée.

Bien sûr, j’ai dû ensuite prévoir une balade car il fallait les aérer.

Bien sûr, le miracle ne se reproduira pas forcément de sitôt.

Mais, hier matin, voici les sentiments que j’ai éprouvés :

  • J’ai été fière de mes enfants.
  • J’ai entrevu le fameux “bout du tunnel”. Je sais maintenant que mes enfants ne seront pas toujours pendus à mes basques et qu’ils sauront, bientôt, s’occuper un peu tous seuls.

Et ça, c’est un grand pas. Un fabuleux pas.

 

profil anna latronDepuis plus de 10 ans et après une école de journalisme, Anna Latron met sa plume au service de l’information en collaborant à plusieurs magazines, sites et radios. C’est en réalisant un dossier sur l’imperfection heureuse qu’elle rencontre Hélène Bonhomme dont elle est aujourd’hui collaboratrice, notamment pour le programme de formation continue du « Village » et la rédaction en chef du blog. Mariée à son Fabuleux depuis 9 ans et après avoir traversé un cancer, Anna débarque dans l’univers de la maternité il y a 7 ans en devenant maman d’Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Une confrontation à la différence qui met cette jeune maman face à un défi : accepter les limites de son enfant, mais surtout les siennes, en choisissant la voie de la liberté ! Quant à Aymeric, le petit frère d’Alexis, c’est un fabuleux bêtisier de 3 ans qui pousse sa maman à persévérer dans l’acceptation de sa propre imperfection !

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  • Myriam

    C’est clair qu’il y a toujours un risque… Et c’est toujours plus facile de rester dans sa zone de confort. Je lisais dans un article que la richesse de notre société serait de pouvoir s’ennuyer prendre le temps du silence… Tes enfants seront riche de ça.
    Nous avons choisi de ne pas avoir la télé mais avons investi sur l’extérieur… Trampoline balançoire…. Et sur les Playmobil.
    Merci pour ce message qui me rappelle que ça vaut le coup d’avoir des moments plus durs pour gagner ses moments de jeux… J’aime tellement ses moments et je m’arrête pour écouter leur imaginaire… C’est à savourer

  • Marie Chetrit

    Oui mais ces 47 minutes permettent à Maman de décompresser ! Ce sont 47 minutes en or 🙂

  • Miriam Chalas

    Le trampoline : ils y passent des heures… et pas seulement pour sauter !!! Ils se racontent des histoires, ils inventent des histoires… ils créent ensemble, ils jouent. Et comme tu le dis si bien, Myriam, ces moments-là sont savoureux 🙂

  • Nawel

    Une astuce pour aider mes enfants à s’occuper le matin : je leur rappelle ce qu’ils voulaient absolument faire la veille, au moment d’aller dormir. Ou bien nous laissons le soir, sur la table du salon, le livre qu’ils voulaient relire. Cela relance le matin des idées.