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Du temps à deux ou du temps toute seule ?  

Je me souviens, c’était au beau milieu d’une séance de coaching pour pasteurs. Mon collègue venait de décréter aux membres du groupe : « Surtout, n’oubliez pas de programmer du temps à deux pour votre couple, c’est hyper important ».

Dubitative, je l’observe en me disant qu’il a du oublier. Ben oui, lui, ses 4 enfants sont grands maintenant, il a oublié !

Moi, pas plus tard que ce matin-là :

pour pouvoir partir travailler quelques heures, j’avais du m’organiser pour que ma belle-mère prenne le relais à la maison. Alors quand ce psy et père dont les enfants sont hors de la maison depuis quelques années parle avec autant de facilité de « s’organiser pour prendre du temps à deux », j’ai juste envie de lui dire «oui mais moi c’est du temps toute seule que je veux ».

Je ne me suis pas gênée pour le lui faire savoir :

« Ah ben super, encore un truc à rajouter à la liste de ce qu’il faut faire à tout prix »…

Sachant qu’en plus, il y a la petite note en bas de page qui dit « et si vous ne le faites pas, vous en payerez les conséquences plus tard ».  Juste assez pour me faire sortir les griffes : la pression, c’est un truc que je ne supporte pas !

Petit topo sur moi à l’époque : j’ai une fille de 4 ans et une deuxième de tout juste 2 ans.

Je suis quasi 24/24 avec au moins un enfant.

Tout, je fais tout avec un petit être à côté de moi qui s’accroche, me touche, a besoin de ma présence, retient mon attention. Je fais de mon mieux pour gérer cette vie de maman :

  • avoir quelques projets qui avancent quand même,
  • ignorer le linge à repasser,
  • ne pas oublier les chapeaux en sortant,
  • porter un enfant dans les escaliers,
  • sortir la poussette,
  • penser au papier WC,
  • essayer d’être vaguement une bonne maman…

Je cherche mon chemin au milieu de la jungle moderne des « attentes, injonctions et dangers » dont on nous parle TOUT le temps.

Alors voilà, la tête en mode rotation continuelle, quand j’entends ce matin-là « n’oubliez pas de prendre du temps à deux pour votre couple », j’ai juste envie de faire une crise d’hystérie et de hurler :

« Vous n’avez aucune idée de quoi vous parlez. Moi, je veux juste aller aux toilettes toute seule et prendre ma douche sans devoir compter les secondes pour être sûre que ma petite ne prépare pas une catastrophe dans le salon. Et il faudrait en plus que je sois toujours d’humeur à avoir envie de faire des câlins chauds à mon mari ? Moi qui rêve qu’on arrête de me toucher tout le temps (entre la main pleine de biscuits et les doigts couverts de peinture). Je n’ai plus rasé mes jambes depuis l’an quarante et me brosser les dents avant midi fait partie de mes records de l’année. »

Je reste assise, je garde mes grands-discours pour moi, j’en ai marre. Voilà, non seulement j’ai la pression d’être une bonne maman, mais maintenant on vient de me rajouter, en une phrase, un nouveau poids sur les épaules.

Il faut tout vouloir :

  • vouloir passer du temps sans les enfants (mais qui l’organise ça ? Hein ? Le psy ? Sûrement pas !)
  • avoir envie d’avoir des relations sexuelles (sinon attention, sinon danger…)
  • prendre du temps à deux pour construire solidement pour le futur…

Moi je craque, parce que je veux juste :

  • dormir un peu plus
  • juste être un peu plus seule
  • juste m’en foutre
  • juste ne plus penser à rien et encore moins aux conséquences : être une grosse patate fainéante sur mon fauteuil et le savourer.

Peut-être que je suis la seule. Ou peut-être que d’autres fabuleuses se sentent comme ça.

Alors quoi ? 8 ans plus tard, je te dis :

Point 1, patience :

Les temps changent.

Ce moment que tu vis va passer, les circonstances vont changer, tes envies vont évoluer, tes enfants vont grandir. Parfois il faut juste se donner l’autorisation de ne pas vouloir. Bien entendu, mes enfants continuent à nous mobiliser mais plus de la même manière, ça devient moins « physique », ce n’est plus 24/24 et oui, quelle joie alors de se retrouver dans les bras de son mari pour un câlin.

Point 2, courage :

Les mots « c’est important, il faudrait, je devrais,… » sont à bannir de ta tête.

Ils ne sont que des pressions supplémentaires qui te mettent au tapis. Au lieu de nous booster, ces mots nous bloquent, nous gèlent sur place. Alors à ces mots, aux attentes sociétales, aux petites voix dans la tête qui nous font la leçon, on répond : en riant, en tournant la tête, en faisant un doigt d’honneur mental. Le seul moyen de désirer vraiment c’est de décider soi-même et LIBREMENT.

C’est ta vie, ton temps, on s’en fout des psys qui nous font la leçon parce qu’ils savent ce qui aiderait (oui je ris aussi parce que je suis psy). C’est ta vie, tu fais de ton mieux et si ça peut te rassurer : jamais jamais jamais ça ne sera assez pour satisfaire tout monde.

Point 3 :

Tous les fabuleux partenaires vont donc me bombarder de réclamations :

« Oui mais moi alors ???? »

Oui quoi toi alors ? Tu as des besoins, des désirs, et puis tu as envie… Je sais, je comprends bien mieux qu’il n’y paraît.

Je t’invite à faire un pas en arrière et à regarder le paysage : les doubles injonctions parfois (je désire et j’ai envie, mais je voudrais que ce soit l’autre qui ait envie), la situation dans laquelle vous vivez actuellement.

Moi à l’époque, j’étais crevée

Et ça surtout physiquement (pourquoi je parle au passé en fait !?). On dit en anglais « You can’t pour from an empty cup » (= On ne peut pas verser une tasse vide). Si ta fabuleuse/ton fabuleux n’a rien comme ressource, elle/il n’aura rien à donner.

Bien entendu, les moments à deux reboostent souvent les deux personnes mais peut-être qu’en aval, il y a des points à gérer qui demandent tant de forces que c’est déjà un obstacle insurmontable pour lui/elle.

Rassure-toi, je ne suis pas là pour te faire la leçon… ni pour te dire que tu es mal placé de vouloir de ta fab un moment câlin. Juste peut-être qu’il faut regarder la situation d’une manière un peu plus large, regarder la journée de ta fab, sa semaine, son mois, ses conditions de vie depuis la naissance… peut-être que te pencher sur les changements hormonaux (ces monstres aux superpouvoirs) t’aidera à comprendre que le désir de ta femme est aussi fortement influencé par ces derniers. Cherche de nouveaux chemins, je sais que tu l’aimes ta fab/ton fab et qu’en fait t’as tellement envie qu’enfin il/elle te refasse des avances.

N’abandonne pas, deviens détective : de quoi avez-vous besoin pour retrouver du temps à 2 (que tu organises un samedi libre ? une baby-sitter ? que tu vides le lave-vaisselle ?)

Je t’entends soupirer jusqu’ici « perdu d’avance ». Je sais, je comprends… et pourtant j’ai envie de te dire « et pourquoi pas ? ».

Patience, confiance et découverte !

rebeccadernellefischerD’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Psychologue indépendante, auteure de Und dann kam Pia et mère au foyer pleine d’entrain, elle garde de ses études en psychologie positive un regard bienveillant sur la femme et la famille. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive d’une petite fille porteuse de trisomie 21. Découvrir le site de Rebecca (en allemand).

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  • Lesguillons Bensi

    Bonjour Rebecca, j’aime vraiment beaucoup vos articles, qui savent si bien me faire sourire de notre réalité de maman fabuleuse mais souvent au bout du rouleau ! Merci pour cet humour qui fait du bien, et ces partages qui me font sentir que oui je suis juste une humaine « normale »… qui aimerait bien être – parfois – une grosse patate fainéante et SEULE dans mon fauteuil 🙂
    Mélanie, maman de 2 petits apprentis fabuleux de 5 ans et 1 an et demi