Conjugaison amoureuse - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Conjugaison amoureuse

Hélène Dumont 22 novembre 2020
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« Parmi ces verbes, quels sont ceux avec lesquels tu te sens le plus à l’aise et ceux que tu aimerais explorer : demander, prendre, donner, recevoir, refuser ? »

Esther Perel

(« Of the following verbs, which one are you most comfortable with, and which would you like to stretch ? To ask, to take , to give, to receive, to refuse. »)

Cette question nous est posée par Esther Perel, thérapeute de couple renommée aux États-Unis. J’apprécie la pertinence de l’exercice. Nous connaissons bien la définition de chacun de ces verbes, facilement utilisés dans notre langage quotidien. Mais si nous prenons le temps de les penser dans le champ de la sexualité, les choses se compliquent.

Demander

« Avez-vous demandé à votre mari de vous caresser différemment ? »

Ma cliente me fait signe que non. Pourtant, les caresses de son homme ne la comblent pas, et même parfois l’énervent. Elle me dit ne pas comprendre : comment se fait-il que cet homme intelligent et délicat avec qui elle vit depuis 10 ans en belle harmonie, n’ait toujours pas compris ce qu’elle aimait ? Mais le sait-elle, elle-même?

Demander, c’est oser partager un ressenti, solliciter le regard et le geste, avouer que l’on voudrait autrement ou autre chose. Pour demander, il faut donc se relier en soi. C’est une façon d’affirmer son désir en lui restituant une juste place afin qu’il puisse s’épanouir.

Un pas de plus vers une sexualité assumée.

Prendre

Je dirais même « prendre son pied ». « C’est impossible, s’écrie l’une de mes clientes, j’aurais l’impression d’être égoïste et de me servir toute seule, de profiter. »

Prendre, c’est exposer la force de son désir sexuel. Mais pour de nombreuses femmes, cet aveu est teinté de culpabilité ou de honte. Dans leurs représentations, une femme respectable ne peut aimer officiellement le sexe et la jouissance qui en découle.

Prendre, dans ce contexte du plaisir charnel et de l’union des corps, c’est courir le risque de perdre en retour la considération de cet homme choisi, et de ne plus être aimée. Pourtant, combien sont-ils à me confier l’engouement éprouvé à la contemplation de leur amoureuse abandonnée au plaisir ? En se laissant aller, vulnérable et confiante, la femme offre un cadeau d’une valeur inestimable à son compagnon : l’assurance d’être un amant formidable ! Elle conforte ainsi son intention de bien faire dont il est probable qu’elle en récoltera les fruits.

Un cercle vertueux !

Donner

« Comment vivre une sexualité exprimant le don de soi ? »

Mes fabuleuses clientes regorgent de questions captivantes ! Se donner ou donner, sans condition, voilà une ambition honorable qui souligne l’un des aspects les plus importants de la sexualité, son humanité.

  • Parce que le don façonne notre relation à l’autre et la nourrit.
  • Parce qu’il réjouit et élève l’âme en forçant le cœur à se convertir.
  • Parce que donner, c’est aussi une façon d’exister en faisant plaisir à l’autre.

Mais dans la sexualité, tout cela est moins évident.

« Donner mon amour à travers le baiser et la caresse est une chose, mais donner dans cet espace intime implique que je me donne : ne vais-je pas me perdre ? »

En effet, qu’advient-il de la pudeur, de la dignité, si celui qui donne n’est pas reçu de façon subjective ? Pouvons-nous récupérer ces parties de nous-même exposées au désir de l’autre ? La sexualité, même dans la façon la plus noble de se penser, est un réservoir bien sombre de peurs, d’angoisses et de morcellement. Elle devient sans peine lieu de contradictions.

En réalité, la sexualité force à la confiance sans laquelle elle ne pourrait s’exprimer.

Recevoir

…se laisser toucher, visiter, contempler et goûter à chacun de ces ressentis dans son propre corps, au sein même de son ventre, dans l’intimité de son sexe et la sensibilité infinie de notre peau. Recevoir est un exercice consenti d’ouverture de cœur et de corps, celui même qui autorise activement la présentation tendre et fougueuse, espérant les paroles : « Je t’accueille, mon invité ».

Sésame érotique.

Recevoir, également, l’intensité de son propre désir. Apprendre à se familiariser avec sa puissance sans éprouver la peur d’en être débordée. Dompter et aimer son côté sauvage tout en admettant son expression. Recevoir, enfin, les désirs entremêlés de chacun puis revenir à soi, en soi, et garder le secret brûlant d’une rencontre sensuelle, avec la promesse évidente de ne pas l’égarer au-delà des frontières de cet espace conjugal.

Se remplir de cet amour pour mieux donner.

Refuser

Se fermer, dire non, être libre par rapport à la demande. Refuser pour différer ou proposer différemment. Comprendre, en somme, l’origine de notre refus pour pour ne pas transformer la chambre en ruine désolante où chacun s’avancerait, frustré, sur la défensive.

Refuser force à la franchise, à la communication authentique, au risque de sombrer dans le cercle vicieux du mensonge, de l’accusation, de stratégies mises en place pour ne pas se retrouver ensemble, nus. Refuser en admettant la dureté du propos ou accepter le refus sans rancune, sans y voir l’expression d’un désamour.

Conjuguer

Demander, prendre, donner, recevoir, refuser : la sexualité s’élabore avec chacun de ces verbes, en interaction constante. Prendre du plaisir éveillera celui de l’autre. Demander aidera à mieux recevoir. En m’exerçant à cet accueil, je pars à la rencontre de mon corps et de celui qui m’enlace. Il me sera plus facile de me refuser en restant à l’écoute de mes ressentis, et plus facile d’affirmer celle que je suis, tout en proposant d’autres possibilités de donner, de prendre ou de recevoir. En ce sens, chacun de ces verbes devient don et opportunité pour « entrer en connexion », expression chère aux couples que j’accompagne.

La difficulté de l’articulation de chacun de ces verbes nous rappelle que le lieu du sexe n’est pas une simple transaction. Avec ses limites, son mystère et ses tabous qui nous dépassent, elle atteste son caractère transcendantal.

La sexualité, même libérée, ne peut se passer de limites et de règles, la première étant le respect inconditionnel de soi et l’autre.

Celui même qui conditionne le fait de conjuguer.

Et toi chère Fabuleuse,

Parmi ces verbes, quels sont ceux avec lesquels tu te sens le plus à l’aise et ceux que tu aimerais explorer ?



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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