demenage

« Chérie ? On déménage ! »

« – Hélène ?

 – Mmh ?

– On déménage ! »

Il est huit heure du matin, mon homme me téléphone alors que je suis en train d’habiller ma dernière. Je viens de relire mon planning de la semaine. Je sais que dans une demi-heure la maison sera vide et que je pourrai savourer ce calme pour me plonger dans mon boulot.

C’est un moment de la journée que j’aime, tout comme cette période de la vie, parce que je me sens tournée vers l’avenir malgré les questions de logistique exigeante d’une famille nombreuse.

QUOI ????????

Vous savez, ce genre de nouvelle imprévue. Le seau d’eau froide. Cette sensation désagréable qui vous traverse. Vos projets pros qui s’effondrent en un instant. Je reconnais qu’égoïstement, je n’ai pensé qu’à moi à ce moment là. J’aurai pu le féliciter de cette nouvelle, penser au déséquilibre que mes enfants allaient vivre, aux chagrins à consoler.

Non, j’ai pensé à moi.

À mon activité professionnelle, que j’allais de nouveau perdre, et qu’il faudra recommencer.

« Tu t’occuperas de tes enfants, ton mari va avoir besoin de toi »

me disent les personnes pour qui le rôle d’une femme est d’être « auprès de », parce que cela les rassure. Accessoirement, je rappelle que je travaille, non seulement parce que j’aime ça, mais également parce que mon salaire contribue aux finances nécessaires du foyer. Comme beaucoup de femmes.

« C’est une bonne nouvelle »

me répète mon entourage. Je sais, personne n’est malade, on a du boulot (enfin, il a du boulot, devrai-je dire, puisque son annonce vient de signer mon acte de démission). Il y a pire dans la vie. Bien pire que de devoir suivre son mari et que de faire ce genre de concessions. Je sais.

Mais voilà, je n’ai pas envie.

J’en ai marre d’incliner la femme au profit de l’épouse et la mère. Je l’aimais bien ma petite vie, avec mon boulot, comme ça, ici.

Je me réfugie dans ma crypte intérieure, à l’abri de la vague. Je pense à toutes ces femmes qui m’ont inspirée ces dernières années et qui ont réussi, « femme et mère », quand bien même les difficultés, petites et grandes, auront pu faire partie de leur parcours de vie. Je serai, à mon échelle, comme elles. Il n’y a pas de raison.

Je vais donc « oser » être courageuse, utopique. Penser en femme libre, au-delà des idées tranchées, du diktat de la perfection, des aléas de la vie … et des déménagements.

Inventer sa vie et faire œuvre de talent.

  • Cela ne signifie pas nécessairement renoncer à être une bonne mère, ou a contrario à une vie sociale, professionnelle, affective, riche et audacieuse.
  • Cela ne n’exige pas fatalement de se liguer contre les hommes, ou encore de fonctionner comme eux.
  • Cela ne veut pas dire être excessive, exemplaire, parfaite, photoshopée pour faire comme si être femme et mère coulait de source, sans effort, sans aucune (remise en) question.

Cela nécessite d’oser croire en ses rêves,

d’oser croire que la vie vaut la peine d’être vécue,  dans un surcroît d’humanité, celle qui se niche dans la faille, une ouverture possible pour que s’engouffre la créativité et le dynamise d’une femme décomplexée. D’une mère libre.

L’urgence d’être nous-même, femme, pour penser l’avenir.

Être convaincue qu’au fond de nous se trouve mille et une solutions aux combinaisons inépuisables selon les saisons, les âges et les temps de la vie, d’où germeront autant d’aspirations et de projets qu’il y a de personnalités, dont la notre, la votre fait partie, que ce soit auprès des enfants, au bureau, ou encore dans les bras d’un homme.

Oser transmettre cette joie d’être femme,

dans notre réalité la plus quotidienne, heureuse et malheureuse, enthousiaste, contrariée et imprévue, de la tartine de pain beurré qui sent bon le matin à la voiture que je viens d’engouffrer dans un 4×4.

Être femme, « femme et mère », c’est croire en l’ambition, l’impertinence de mélanger les représentations et de bousculer les codes.

C’est faire un pari d’humanité, cette même humanité qui s’exprime à travers nos traits fatigués, nos entêtements, nos frustrations, nos fous-rire, nos coups de folie, nos coquetteries, nos tendresses … et l’emballage de nos cartons à venir.

Je bouclerai donc les valises, suivrai mon mari, accompagnerai mes enfants et travaillerai à nouveau. Je reprends ma besace …  avec la certitude tenace que oui, il y aura plus d’un tour dans ce sac.

helene dumontHélène a 37 ans, quatre garçons et une petite fille. Elle est mariée avec Frédéric. Après avoir été professeur des écoles, elle retourne sur les bancs de la fac pour devenir conseillère conjugale et familiale. Son sujet de prédilection : l’articulation du maternel et du féminin ! Un pari : que toutes situations et trajectoires individuelles, même dans les moments de crise les plus forts, peuvent être à nouveau revisitées par l’espérance. Elle a trouvé un équilibre aujourd’hui en créant et organisant son activité libérale  selon le rythme familial.

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  • CHT

    Oui, c’est comme apprendre un 6 janvier 2016 qu’on est muté au 1 fevrier 2016. J’étais alors à 36 SA!!
    J’ai accouché le 28 janvier au soir seule, car mon mari est parti Avec ma fille de 15 mois faire LES démarches à 369km !!!
    JE suis sortie de la maternité Le 30 au matin et Le 2 fevrier je prenais la route seule avec mes deux enfants, car bien sure cela n’aurait pas été drôle si Le Demenageur était arrivé à l’heure.
    Aujourd’hui 1 an après c’est le burn out total…….

  • Cath

    Je me reconnais bien là….quitter mon bloc bien confortable pour partir à 7000km…mais rebondir….toujours…oui, nous avons plus d’un tout dans nos sacs !!