Maëlle Chassard, co-créatrice de Lunii : la passion fait taire les doutes - Fabuleuses Au Foyer
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Maëlle Chassard, co-créatrice de Lunii : la passion fait taire les doutes

Agathe Portail 18 octobre 2021
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Après des études de design industriel à Strate et une formation en entrepreneuriat à la ChairEEE de l’ESCP, Maëlle Chassard donne vie à une intuition forte : l’imaginaire est un fondement du développement de l’enfant. Elle crée donc Lunii avec trois amis, un objet intuitif sans écran et sans ondes qui permet à l’enfant de composer l’histoire qu’il ou elle veut écouter en combinant les lieux, personnages, objets… Le succès est fulgurant et cinq ans après sa création, Lunii compte un million de familles conquises. 

Créer c’est confronter une idée au réel

Le succès de Lunii tient certainement à ce qui fait la richesse de la personnalité de sa co-créatrice : Maëlle Chassard allie créativité et sens du concret, amour de la poésie et énergie.

Le projet naît de ce qu’elle a découvert en travaillant sur l’imaginaire.

Malgré les doutes (elle dit douter de tout et d’elle-même surtout) elle se lance dans la concrétisation de son intuition et les premiers retours d’utilisateurs mis en présence de son prototype lui donnent des ailes.

«  J’ai une personnalité ambitieuse, j’aime voir vivre les idées. Il m’était nécessaire de savoir si ça allait marcher. Ça pouvait échouer, beaucoup d’idées que j’ai ne fonctionnent pas, mais j’avais besoin d’essayer. Je suis rêveuse et idéaliste, mais fonceuse aussi et je fais confiance à mon instinct. »

Aujourd’hui, l’un des socles du succès de son entreprise, c’est la communauté qui s’est construite autour. Cet esprit d’équipe ne vient pas de nulle part, elle fait partie de l’ADN de Lunii puisque Maëlle Chassard a monté son projet avec trois amis d’enfance auprès de qui elle puise l’énergie pour faire face aux inévitables coups durs. 

« Je conseille toujours de s’entourer de gens de confiance qui partagent les mêmes valeurs que soi pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Lorsqu’on entreprend seul, on n’a personne pour vous tirer vers le haut dans les moments où l’on baisse les bras. Construire une communauté permet aussi de nourrir cette envie de franchir des montagnes. »

Lorsque l’insouciance disparaît

De l’aveu de Maëlle, les difficultés sont arrivées avec les premiers succès, car au lancement de l’aventure, un échec n’aurait pas eu de grandes conséquences. La réussite naissante de leur entreprise a vite attiré l’attention, les embauches sont rapidement devenues nécessaires et les enjeux ont changé d’échelle. 

«  Quand on devient dirigeante, on nous attend au tournant pour l’idée d’après. Créer l’avenir de Lunii met de la pression car il y a aujourd’hui une équipe de cent personnes. Les peurs arrivent maintenant car je me dis que l’idée initiale de Lunii était une chance, le succès est arrivé par hasard. La probabilité que mon prochain projet soit nul m’a longtemps paralysée. » 

Aujourd’hui, Maëlle Chassard est sortie de cet état d’inhibition, d’abord parce que l’entreprise fait aujourd’hui appel à de nombreuses personnes créatives qui nourrissent le projet et ensuite parce qu’elle a appris à relativiser l’impact d’un échec éventuel. Dans les deux cas, la démarche ressemble beaucoup à un travail d’humilité.

« Aujourd’hui, on se nourrit de la matière grise de beaucoup de personnes, tout ne repose pas sur moi. Parfois, j’ai des forces d’intuition sur un truc original ou particulier. Je peux me tromper, ça arrivera forcément un jour, mais ça ne fera pas péricliter Lunii. Il y a d’autres piliers. Les échecs font partie de la vie d’une entreprise et l’enseignement qu’on en tire nourrit le projet dans son ensemble. »

L’ambivalence du succès n’échappe pas à la jeune entrepreneuse, qui reconnait que la joie immense de voir vivre son idée entre les mains des enfants a un coût :

«  C’est aussi un sacrifice de l’ordre privé, surtout dans les premières années. C’est toujours intense, mais je me sens plus responsable aujourd’hui dans la gestion de mon temps. »

Je ne suis pas wonder woman

L’une des phases de développement de son entreprise a nécessité que Maëlle s’expatrie aux Etats Unis. Une expérience qui a fait voler en éclat ses piliers, ses repères et son cadre global, et l’a poussée dans ses retranchements jusqu’au burn-out. 

«  J’en tire un énorme apprentissage : je ne suis pas wonder woman. J’ai un potentiel mais aussi des limites que je n’avais pas encore explorées. Un ensemble de facteurs comme le décalage horaire, le fait que je ne me sois pas mis de cadre, une liste interminable de missions sans hiérarchie ont créé un brouhaha interne dont j’ai finalement réussi à me sortir. Je me connais mieux et j’ai appris à prendre soin de moi et de ma santé mentale en identifiant mes besoins. »

L’amour de l’enfance

Avec une aisance déconcertante, Maëlle Chassard sait se glisser dans la peau des enfants et faire preuve d’une empathie sans limite.

Pour elle, l’enfance est une période bénie.

Elle parle avec une profonde gratitude de son père qui lui lisait une histoire après le travail, se remémore les souvenirs fantastiques qu’elle s’est forgés avec son frère et sa sœur, son poste radio cassette toujours à portée de main qui diffusait en boucle contes et légendes. 

« Je suis une grande enfant. Avec mes neveux je suis d’égal à égal. Je n’ai pas oublié. J’ai la chance d’avoir préservé chez moi l’insouciance, la créativité facile de l’enfance. J’en prends soin et je les chéris car c’est précieux. J’espère que Lunii contribue à préserver au maximum l’âme d’un enfant. »

Imaginaire et enfance sont indissociables dans l’esprit de Maëlle,

elle y puise l’ouverture d’esprit et les ressources pour avancer ‘bien armée’ dans la vie. 

« Il faut s’autoriser à rêver, ça permet de casser les barrières, les croyances, s’ouvrir à l’autre, expérimenter, mieux comprendre ses émotions et ses peurs. La fiction permet de se forger un esprit critique pour être plus conscient de ses décisions. »

Les trois sources de jouvence de Maëlle Chassard

  • La personne : Edgar Morin, pour tous ses ouvrages, notamment « Amour, Poésie, Sagesse » dont je retiens une merveilleuse citation : « L’excès de sagesse devient fou, la sagesse n’évite la folie qu’en se mêlant à la folie de la poésie et de l’amour. »
  • La poésie : c’est un langage universel qui peut nous ouvrir à d’autres mondes. J’aime Fernando Pesoa, Pablo Neruda. Lisez Jean-Pierre Siméon, « La poésie sauvera le monde » !
  • Une série : « The OA », une série de Brit Marling qui a réussi à créer un univers étrange et pur. 



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Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d'adoption, Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy et des histoires jeunesse pour la Fabrique à histoires de Lunii. 
https://calmann-levy.fr/auteur/agathe-portail

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