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Ce dont j’ai besoin

Je le regarde tournoyer sur lui-même avant d’appuyer sur la sonnette. Il a souvent besoin de cette “bizarrerie” pour se calmer, se changer les idées, mais aussi pour se préparer à la suite. Comme tous les mercredis matins depuis presque cinq ans, j’emmène mon enfant chez le pédopsychiatre. Je sais que nous ne prendrons pas l’escalier – alors même que le cabinet est au premier étage – mais l’ascenseur. Je sais que dans la salle d’attente, il s’assoira sur le même siège que la semaine dernière, après avoir préalablement vérifié que celui-ci est correctement aligné avec le mur.

Suivre la même routine le rassure.

Maintenant que la séance a commencé, j’ai une demi-heure devant moi. J’en profite pour me promener et sentir le parfum des arbres, si délicieux en cette chaude matinée de printemps.

Oui, j’aurais des choses éminemment plus urgentes à faire – comme appeler la MDPH* ou la sécurité sociale, prendre rendez-vous pour le bilan avec sa psychomotricienne, anticiper la rentrée en mettant en place l’atelier d’habileté sociale conseillé par une orthophoniste – mais j’ai décidé de ne pas écouter ma to-do-list intérieure et de m’accorder un tout petit peu de bon temps. Je m’assieds sur une terrasse au soleil, commande un café et ouvre le roman que je suis en train de lire.

Le reste peut bien attendre :

Là, maintenant, j’ai juste besoin de m’offrir une pause.

Parce que la journée sera longue : après le rendez-vous, direction la maison, à une heure de route, avant un autre rendez-vous médical et après avoir aidé mon fils à faire ses devoirs.

Parce que j’ai appris à grappiller le moindre petit moment de pause pour prendre soin de moi.

Prendre soin de moi alors que j’ai un tas de choses à faire ? Oui. J’ai appris à le faire sans aucune culpabilité, parce que ces dernières années, j’ai pris conscience que c’était absolument primordial.

Découvrir le handicap de mon enfant et l’accompagner est certainement l’une des plus grandes épreuves auxquelles j’ai dû faire face depuis ces dernières années. Mais à bien y réfléchir, c’est aussi l’épreuve qui m’a permis la croissance personnelle la plus spectaculaire.

Il y a maintenant quatre ans, en même temps que le diagnostic d’autisme me tombait dessus, j’apprenais que j’étais ce que l’on appelle une “aidante”. Un terme officiel un peu barbare qui désigne toute personne fournissant régulièrement et sans rémunération, du soutien ou des soins à une personne ayant une incapacité significative ou persistante, et avec qui elle entretient une relation familiale ou affective préexistante.

Oui, bon, en fait, une aidante, c’est ni plus ni moins une fabuleuse qui un enfant avec des besoins un peu – ou très – particuliers. Ça peut aussi être une fabuleuse dont le mari a été victime d’un AVC. Ou encore une fabuleuse dont la maman est atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Dans tous les cas, c’est une femme qui doit apprendre à reconnaître et à écouter ses besoins fondamentaux. Pourquoi ? Parce qu’à trop écouter et à répondre en permanence aux besoins des autres, le risque est de tomber dans l’épuisement ou dans une forme de distanciation émotionnelle dangereuse.
Je me souviens de cette période où j’avais la tête sous l’eau à un point tel que je ne réagissais plus aux cris de mon fils, à ses colères et à ses crises.

Je m’étais blindée pour ne pas craquer.

Sauf que le blindage finissait toujours par sauter…et que ma fatigue émotionnelle, ma colère et mon amertume finissaient par rejaillir sur mon (pauvre) mari qui s’en prenait plein la figure, ou sur mes enfants.
Et puis, au fil du temps, des ratés et des engueulades de couple, avec l’aide des Fabuleuses mais aussi celle d’un professionnel, j’ai peu à peu compris que je ne pouvais pas être pleinement épanouie si je ne comblais pas mes vrais besoins, mes besoins profonds, ceux en adéquation avec ce que je suis et avec mes propres valeurs.

Un besoin, c’est quoi ?

Le dictionnaire m’indique que c’est une “exigence née d’un sentiment de manque, de privation de quelque chose qui est nécessaire à l’existence”. En d’autres termes, un besoin est quelque chose d’essentiel à notre vie pour nous sentir bien. Un besoin non satisfait génère la plupart du temps des émotions négatives, de l’angoisse, du stress.

Et nous avons tendance à nous concentrer sur le manque qu’il génère en nous plutôt que de réfléchir aux actions que l’on peut faire pour le combler.

Abraham Maslow, célèbre psychologue américain, est un peu la référence en termes de besoins. Il a montré que la façon dont nos besoins sont comblés (ou pas) influe sur notre bien-être et notre épanouissement.

Pourquoi je te parle de ce psychologue décédé depuis longtemps ? Parce que découvrir son travail m’a libéré d’un énorme poids !

Avoir des besoins est tout simplement NORMAL.

Ça ne fait pas de moi quelqu’un d’anormal, de faible, de défaillant, ou “pas à la hauteur”, mais simplement une jeune femme normale, mariée à un fabuleux qui fait de son mieux et maman de deux enfants pleins de vie, dont l’un d’eux a des besoins spécifiques.

Mais – parce qu’il y a un mais – se mettre à l’écoute de ses besoins n’est pas chose facile.

D’une part, parce que nous ne savons souvent pas les reconnaître, et d’autre part parce que nous avons tendance à les étouffer (parce qu’on fait passer les autres avant, et parce que prendre en compte ses besoins, ça passe pour de l’égoïsme). Ignorer ou dissimuler nos vrais besoins, nous, mamans – et encore plus mamans “aidantes” – sommes très fortes pour ça ! Pourtant, nos besoins sont là, à l’intérieur de nous, et ne disparaissent pas tout seuls.

Aujourd’hui, je sais qu’identifier ses besoins est un premier pas vers la connaissance de soi, de ses émotions, de ses ressentis, et donc vers l’épanouissement. J’ai ainsi pris conscience que le fait de râler est pour moi comme un “warning”, une preuve que mon besoin de reconnaissance, et parfois de respect, n’est pas suffisamment comblé. Et je sais que si ces émotions négatives s’installent de façon durable, cela générera encore plus de stress et de frustration. C’est pour cette raison que j’ai décidé de me donner les moyens de satisfaire mes besoins de manière concrète, pro-active, sur le long terme.

Mes besoins ne sont pas toujours les mêmes :

Ils évoluent en fonction du temps et des circonstances. J’ai parfois eu besoin d’aide sur le plan administratif, pour mettre en place une aide financière. J’ai eu besoin d’information pour mieux connaître son handicap.

J’ai eu besoin de mettre en place une aide humaine ponctuelle (à la naissance de mon autre enfant, puis quand j’ai repris une activité professionnelle plus soutenue).

Au moment de l’annonce du diagnostic, j’ai eu besoin d’empathie et de compassion, ce qui m’a poussée à rejoindre un groupe de parole composé des femmes ayant aussi un enfant différent. J’avais besoin de m’y sentir totalement comprise, grâce à l’échange avec d’autres mamans aidantes. Puis, au fil du temps, j’ai eu besoin de quitter ce groupe, car j’avais envie de me tourner à nouveau vers d’autres mamans, qui me renvoyaient moins vers la différence de mon enfant.

Parfois, j’ai simplement besoin d’écoute.

Je connais maintenant bien les quelques amies vers qui je peux me tourner pour évoquer les aléas du moment. Je sais aussi que mes amies ne peuvent pas tout entendre, et c’est pourquoi je continue à bénéficier de l’accompagnement d’un professionnel. Chacun à sa place.

À d’autres moments, c’est juste d’évasion dont j’ai besoin : parler d’autre chose, me ressourcer en pratiquant une activité qui me changera les idées. Une “évasion” plus difficile à mettre en place, étant données les contraintes du quotidien, mais tellement salutaire !

Ce besoin de s’évader, j’ai appris à en prendre soin aussi pour mon couple. Se recentrer sur nous deux : un besoin encore plus difficile à satisfaire et qui demande des réels trésors d’organisation, de créativité et d’imagination, mais pour un bénéfice infini !

Et toi, fabuleuse maman aidante – dont l’enfant est porteur d’une maladie, ou le conjoint en burn-out, ou dont les parents vieillissent – , de quoi as-tu besoin aujourd’hui ?

De repos ? D’aide humaine ? D’escapade en amoureux ? De sortie entre filles ? N’hésite pas à nous le partager !

* MDPH : Maison départementale des personnes handicapées.

HB-article-lettre qui illumine

profil-anna-chroniqueuseDepuis plus de 10 ans et après une école de journalisme, Anna Latron met sa plume au service de l’information en collaborant à plusieurs magazines, sites et radios. C’est en réalisant un dossier sur l’imperfection heureuse qu’elle rencontre Hélène Bonhomme dont elle est aujourd’hui collaboratrice, notamment pour le programme de formation continue du « Village » et la rédaction en chef du blog. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans et après avoir traversé un cancer, Anna débarque dans l’univers de la maternité il y a 7 ans en devenant maman d’Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Une confrontation à la différence qui met cette jeune maman face à un défi : accepter les limites de son enfant, mais surtout les siennes, en choisissant la voie de la liberté ! Quant à Aymeric, le petit frère d’Alexis, c’est un fabuleux bêtisier de 3 ans qui pousse sa maman à persévérer dans l’acceptation de sa propre imperfection !

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  • Valérie CHARTIER

    Bonjour à toutes les fabuleuses « aidantes »
    Pas très beau ce terme mais bien réel.
    Ma compagne a fait un burn out fin novembre et tente de sortir tout doucement de ce trou noir dans lequel elle est tombée sans que je puisse l’en empêcher.
    Depuis, j’ai vécu, bien évidemment, des moments très difficiles mais aussi des moments de bonheur quand elle s’est découvert par exemple il y a quelques jours un véritable talent pour le dessin en pratiquant l’art thérapie.
    De mon côté, mes besoins ont évolué avec la maladie.
    J’ai déjà mis plusieurs mois avant d’accepter ce terme de « maladie  » et de dépression.
    J’ai voulu être près d’elle le plus souvent possible et j’en ai abandonné mon activité professionnelle libérale. Jusqu’au jour où j’ai compris que j’avais besoin de reprendre une activité salariée avec des horaires presque fixes. Je ne pouvais plus rester auprès d’elle à mi-temps sous peine de couler aussi.
    Elle l’a très mal vécu et cela a créé des tensions entre nous mais après de longues explications sur mes besoins de voir des gens « qui vont bien », d’avoir une activité rémunératrice, de recommencer à sortir… À vivre, tout simplement..
    Aujourd’hui, nous commençons à retrouver un équilibre.
    J’ai recréé un potager dans un coin de notre terrain, j’ai planté bcp de fleurs et d’ardustes dans notre jardin. Ça redonne des couleurs à notre cadre de vie, les oiseaux, les abeilles, les papillons nous rendent visite et ça fait du bien de se retrouver toutes les deux dans notre coin de nature et ça l’aide à retrouver le goût de vivre…
    Je vous souhaite, à toutes les fabuleuses aidantes, de vivre vos besoins. Ne vous oubliez pas.
    La personne que l’on aide à besoin de nous, mais de nous qui vont vivre bien 😉

  • Bonjour ! Merci pour ton témoignage. Je t’invite à nous l’adresser par mail à l’adresse contact@fabuleusesaufoyer.com
    Merci !

  • Bonjour Marina ! Merci pour ton témoignage. Je t’invite à nous l’adresser par mail à l’adresse contact@fabuleusesaufoyer.com
    Merci !

  • Bonjour ! Merci pour ton témoignage. Je t’invite à nous l’adresser par mail à l’adresse contact@fabuleusesaufoyer.com
    Merci !

  • Bonjour ! Merci pour ton témoignage. Je t’invite à nous l’adresser par mail à l’adresse contact@fabuleusesaufoyer.com
    Merci !!