Quand l’épuisement ressurgit - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Quand l’épuisement ressurgit

maman bébé brosse à dents
Agathe Portail 8 février 2024
Partager
l'article sur


La première fois qu’il t’a écrasée, tu n’étais pas prête.

L’épuisement, tu l’as découvert par surprise, il s’est imposé à toi avec la perfidie du serpent : quand tu l’as identifié comme un porteur de venin toxique, il te l’avait déjà inoculé. Rampant sans faire de bruit, s’approchant chaque jour un peu plus près en se cachant sous les montagnes de linge, les besoins non satisfaits, les paroles trop dures que tu t’adressais en secret, la frustration de « ne rien faire de la journée », il t’avait encerclée, puis il avait serré ses anneaux autour de tes poumons, de ton coeur, et il avait aspiré ta joie et ton énergie. Sournois, discret, silencieux, insaisissable… Mais tu avais remonté la pente, après avoir touché le fond ! Tu avais découvert tes ressources cachées pour mener en toi un changement profond, tu avais retrouvé le chemin de tes besoins, tu avais appris à tendre l’oreille pour entendre les avertissements des gens qui t’aiment, tu avais découvert des outils, des pratiques, des solutions.

Tu avais découvert que tu étais Fabuleuse, et que ça changeait tout. Tu allais beaucoup mieux.

Et pourtant. Ce matin, tu as la gorge serrée, envie de pas grand chose. La petite musique du « je voudrais me barrer sur une île déserte » reprend. Tu n’es ni fière de toi, ni heureuse d’entendre ton enfant qui se réveille de sa sieste, tu n’as pas la niaque pour t’attaquer à l’administratif, pour donner le dernier bisou du coucher. L’Épuisement est revenu sur la pointe des pieds et le voilà, face à toi, avec toute sa cour qui ricane autour de lui. Dépréciation et Goût-à-rien font la farandole avec la marquise Dette de Sommeil, Comparaison susurre des mots durs à Moral-à-zéro. Tu les reconnais tous et tu t’en veux horriblement : n’as-tu rien appris de ton premier burn-out maternel ? Es-tu condamnée à revivre inlassablement ces périodes de creux terribles dont tu mets des mois à te sortir ? 

Sois rassurée : tu as appris de ton premier burn-out maternel, puisque tu l’as démasqué du premier coup, cette fois.

Non, tu n’es condamnée à rien, surtout pas à revivre la même chose que la première fois. Pourquoi ? Parce que tu n’es plus la même. Parce qu’à cause de (ou grâce à, c’est une histoire de point de vue) ce premier burn-out, tu as découvert ton mode d’emploi. Parce que tu sais appuyer sur le bouton rouge et organiser la contre-attaque. Parce que tu sais que la première des choses dont tu as besoin, c’est d’être douce avec toi. Tu peux être fière de savoir comment ça marche, toute cette histoire, tu as payé le prix, pour ça ! Tu as donné de ta personne, tu t’es creusé la cervelle, tu as bossé sur toi, tu as mobilisé une équipe.

Tu ne repars pas de zéro. TU. NE. REPARS PAS. DE. ZERO. 

C’est ça, la bonne nouvelle ! Non, le chemin que tu as parcouru ne te garantit pas de ne plus jamais connaître l’épuisement, mais il t’a sacrément armée pour t’y confronter à l’avenir. Les paramètres qui te font doucement glisser dans cette fatigue aggravée ne sont pas toujours les mêmes, alors ne te flagelle pas de ne pas avoir senti venir l’alerte. La première fois, c’était un combo « césarienne d’urgence + coliques du nourrisson + changement pro pour ton Fabuleux », et cette fois, c’est « deuil + passage de ton aîné au collège + enchaînement de gastro-grippe-angine pour toute la famille ».

Comment pouvais-tu imaginer que des causes différentes conduisaient aux mêmes effets ?

Peut-être que d’autres l’ont reconnu avant toi et que tu avais trop la tête dans le guidon pour les écouter vraiment quand ils ont essayé de t’alerter. Ça n’arrivera qu’une fois, parce que ce nouvel épuisement qui se tape l’incruste dans ta vie t’apprend quelque chose de très important : tu n’es pas immunisée sous prétexte que tu l’as vaincu une fois. Oui, tu es sortie plus forte de ton premier épuisement, mais tu n’as pas développé de super-pouvoirs pour autant : tu restes cette femme humaine aux ressources limitées et ce n’est pas grave, tout le monde l’est. Ce qui a changé depuis la première fois, c’est que tu ne vas pas attendre de couler profondément pour réagir. Tu as développé ton propre plan VigiPirate pour traquer les signaux de cette fatigue chronique qui risque de te mettre à terre et en plus, tu as acquis la sagesse qui te fait aujourd’hui t’asseoir à côté de cette fatigue, et lui demander : 

Je sais que tu as quelque chose à me dire. Alors parlons. On va trouver des solutions, ce n’est pas la peine de sortir ta matraque et ton taser. Je t’écoute.



Partager
l'article sur




Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d’adoption, Agathe Portail écrit des romans adultes édités chez Actes Sud, Calmann Levy et J'ai lu, mais aussi des romans historico-fantastiques édités par Emmanuel Jeunesse.

https://www.fnac.com/ia9173370/Agathe-Portail

> Plus d'articles du même auteur
Les articles
similaires
illustration Fleur-Lise Palué
19h45 : Mélissa craque, comme tous les soirs
19 h 45. L’heure de la plus haute tension dramatique chez Mélissa, 5 impasse des Ecureuils, 88 250 La Tronche-en-Biais. Mélissa est rentrée[...]
marie chetrit
« Éduquer sans s’épuiser » par Marie Chetrit
Maman et belle-maman de quatre enfants dont les âges vont de la première année de fac au CE2, Marie Chetrit est[...]
femme de dos
J’ai attendu que mon corps dise stop
Aujourd’hui j’aimerais vous raconter comment j’ai commencé à prendre du temps pour moi. J’aurais pu prendre conscience que j’en avais[...]
Conception et réalisation : Progressif Media