Quelques notes de piano, une ritournelle moderne, une mélodie qui a conquis les cœurs. La Symphonie des éclairs est devenue l’hymne des âmes sensibles.
Je ne sais plus quand j’ai découvert cette chanson, ni même la jeune artiste Zaho de Sagazan. En revanche, je me souviens très bien de l’impact qu’ont eu sur moi ses mots, lors de Victoires de la Musique 2024.
Les larmes au bord des yeux, des trémolos dans la voix, un rire nerveux :
« Pendant très longtemps, j’ai pensé que ce n’était pas bien d’être sensible parce que ça me faisait défaut dans la vie. Ça se traduisait en pleurs, en cris, en colère, en plein de choses pas très agréables. Et un jour, j’ai découvert la musique et je me suis rendu compte qu’en pleurant sur mon piano, ça me faisait un bien fou, ça ne faisait de mal à personne et surtout, ça faisait des jolies chansons. Et je me suis rendu compte que ce que je pensais être mon plus grand défaut dans la vie était finalement ma plus grande qualité. »
Eh oui, ce qui nous fait défaut dans la vie est bien souvent notre plus grande qualité.
Dans des podcasts, j’ai alors entendu Zaho raconter son enfance, son adolescence, les cris, les rires, la musique qui lui donne enfin une manière de canaliser et d’exprimer toutes les tensions accumulées.
Cette artiste m’a tant rappelé ma petite sœur.
Enfant, elle était un condensé d’énergie : jamais fatiguée, elle parlait fort, tapait du pied, avait besoin de moins de sommeil que le reste de la famille, et restait toujours en mouvement. Coup de vent, portes qui claquent, concentré d’émotions et d’idées, bruyante et si curieuse du matin au soir : ma petite sœur.
Tout comme Zaho : ma petite sœur et son piano. Elle jouait fort, surtout pendant le journal télévisé, elle chantait aussi, elle inondait toute la maison de ses émotions.
Dernièrement, elle m’a dit : « Je sais que j’étais une enfant énervante »
— je crois qu’elle a même utilisé le mot « chiante ».
J’ai tout de suite répondu : « Non, tu étais incroyable, pleine d’énergie, toujours prête à aider, tellement créative… » Et j’ai eu le cœur serré qu’elle ait pu penser avoir été « trop » : trop bruyante, trop émotive, trop motivée, trop impliquée, trop passionnée.
Et je repense aux mots de Zaho :
« Pendant longtemps, j’ai pensé qu’être hypersensible n’était pas bien. »
Je connais tant de femmes qui ont intégré ces idées, ces mensonges sur elles-mêmes : « Je réagis de manière trop émotive, je fais ma drama queen, ce n’est pas important mais ça me bouleverse, ça ne devrait pas, je devrais passer à autre chose. »
Toutes ces critiques entendues ou perçues, qu’elles ont fini par intégrer.
Comme ma petite sœur, dont j’aimerais pouvoir laver les traces indélébiles marquées sur son cœur, tous ces « trop » qui se sont accumulés : « trop fatigante, trop extrême, trop tonitruante »…
… trop de mensonges.
Je pense à toi, ma chère fabuleuse, à ces auto-critiques qui ont parsemé ta route. Celles que tu as fini par croire et qui t’enferment comme dans une camisole, qui t’ont fait perdre tes couleurs, qui te martèlent sans cesse des injonctions sévères, sans vérité ni nuance.
Ces voix crient toujours les mêmes phrases :
« Tu es trop différente, trop chaotique, trop têtue, trop perfectionniste, trop éclatante, trop émotive… trop, trop, trop. »
Comme si on disait à un arc-en-ciel qu’il prend trop de place dans le ciel, qu’il est trop beau, trop grand, trop exceptionnel, trop coloré ! Cela ne nous viendrait jamais à l’idée… et pourtant, combien de fois le faisons-nous envers nous-mêmes ?
Et si notre plus grand défaut était en réalité notre plus grande qualité ?
C’est au milieu d’une grande tempête qu’est née cette si belle Symphonie des éclairs de Zaho, qui a gagné tant de cœurs à travers le monde.
J’aime entendre ma petite sœur me dire : « Je commence à comprendre qui je suis, comment je fonctionne, à voir la beauté au milieu de ce que je croyais être cassé. »
J’aime quand on réalise que c’est au milieu de ces « trop-pleins » que se cache ce que nous avons d’unique à offrir au monde.
C’est lorsque l’on découvre que l’on peut briller à sa façon,
prendre toute la place qui nous est due, faire de nos coups de tonnerre des mélodies uniques, que nous commençons à guérir des blessures du passé, que nous pouvons offrir le meilleur de nous à ce monde qui en a tant besoin.
Zaho s’est assise au piano et a travaillé sa ritournelle pendant des années, avec tout son talent, toute son émotion, avec ses tripes et son intelligence, jusqu’à ce qu’elle nous l’offre et qu’il se mette à toucher nos vies à sa manière.
Ma petite sœur poursuit son chemin pour découvrir qui elle est sans se juger constamment, en acceptant ses coups de vent, tout le bruit, toute l’énergie, toute la passion qui la traversent si souvent.
Avec curiosité et bienveillance, elle apprend à aimer être une petite tempête.
Et c’est ce que je te souhaite, chère Fabuleuse : que toi aussi tu découvres la beauté de ce qui te semble être ton plus grand défaut. Que tu puisses, ne fût-ce qu’un instant, te voir avec le regard d’amour que les autres portent sur toi, celui de tes amies, de ta famille.
Tu sais, j’ai si souvent peur que les gens voient mon petit chaos intérieur, mon manque évident de structure, mon désordre et qu’ils soient inévitablement déçus de ces énormes défauts. Et pourtant, personne ne s’attend à ce que je sois bien cadrée, rangée, prévisible…
Je suis toujours un peu en retard, un peu débordée, un peu dans la lune, rigolote et mal organisée.
Je me gratte la tête en me demandant quand je deviendrai enfin adulte ; à bientôt 48 ans, on pourrait espérer que mon adolescence se termine un jour ! Et j’oublie si souvent que c’est justement cela qui m’ouvre des portes, ouvre les cœurs, nourrit mon travail, rythme et épice ma vie. Que c’est ma signature, ma manière d’aimer, de vivre et de marquer les esprits.
Cela reste si difficile à comprendre, j’en doute encore si souvent.
Mais je suis en chemin… tout comme toi, n’est-ce pas ?
Zaho de Sagazan termine son discours avec ces mots :
« Pour toutes les petites tempêtes qui m’écoutent, bravo d’être vous ! »
J’aimerais clôturer comme elle, pour vous : « À toutes nos fabuleuses mamans qui nous lisent, tempêtes uniques et si belles : merci, et bravo d’être vous ! »





