Tu grandis, mon fils - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Tu grandis, mon fils

enfant devient ado
Agathe Portail 9 novembre 2022
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Mon aîné, mon bonhomme, mon enfant placide et confiant. Ça y est, tu prends le bus tout seul au bout de la rue, dans la nuit, et quand tu me dis “oui, oui, je mets mon gilet fluo”, je sais bien que tu l’enlèves à peine sorti du jardin. Tu as quitté cette petite école de village où tes frères et sœurs vont encore. Je ne connais pas tes profs, je ne sais pas qui tu salues quand tu entres dans la cour immense de ton collège. L’école t’a équipé d’un ordinateur et tu passes à présent un temps certain à tester ton humour d’ado sur Teams avec tes potes que je ne connais pas encore.

Tu grandis. 

Je découvre cet entre-deux un peu suspendu : tu écartes petit à petit les parois de l’enfance mais tu n’es pas encore entré pleinement dans l’adolescence. Tu as toujours les joues lisses et douces. Tu te passionnes toujours pour les oiseaux migrateurs, les baguettes de sourciers et Harry Potter. Tu me réclames toujours un câlin interminable le soir dans ton lit, et tu me dis encore parfois, très sérieusement, que tu m’aimes. Quand tu t’approches de moi pour m’entourer de tes bras qui s’allongent, je peux encore enfouir mon nez dans tes cheveux qui sentent le blé mûri au soleil. Je peux encore poser ma tête au sommet de ton crâne. Dans le creux de ton cou, que tu me laisses encore volontiers embrasser, ça ne sent plus le bébé, de moins en moins le savon, mais c’est toujours ton odeur d’enfant-doux. À la faveur d’un mouvement, je perçois quand même le travail hormonal qui démarre et me rappelle qu’il est temps de t’acheter ton premier déo. 

J’ai peur, mon grand, de ce bouleversement qui va nous chahuter.

J’inspire à fond la quiétude de ces moments de grande enfance, je me remplis de ce sourire éclatant qui te traverse la figure, je fais des provisions.

Et je me raisonne, aussi : ça peut très bien se passer, l’adolescence. 

J’ai envie de le croire et de croire que le jeune homme que tu deviens va se construire en cohérence avec l’enfant que tu es encore : bien planté, positif, un peu sûr de lui, serein, curieux, ouvert, confiant. Je ne te le dis pas souvent, mais c’est toi qui me prends par la main pour m’emmener sur cette route inconnue, tout comme c’est toi qui m’as prise par la main pour me faire entrer dans ce monde mystérieux de la maternité. 

C’est grâce à toi, sans aucun doute, que j’ai aimé la toute petite enfance de chacun de mes bébés. Te chanter des chansons inventées, te grignoter les cuissots, me lever dans la nuit pour aller t’allaiter, somnolente, puis te reposer dans ton berceau et retourner m’écrouler sur mon oreiller.

Tout ça, c’est toi qui m’as montré comment faire.

Comment m’épanouir dans cette période dont on me disait “les nourrissons, c’est un peu chiant, il n’y a pas d’échange”, comment accueillir les avis éclairés par une oreille et les laisser sortir par l’autre, comment dire “j’en peux plus, chéri, il faut qu’on s’organise autrement”

Tu grandis. 

Dans ma famille, on dit assez peu combien on est fier de sa progéniture, mais je te l’écris ici : tu m’épates. Tu me nourris. Tu m’armes pour la vie. Tu me fais rire. Tu me ressources. Te voir pousser droit me donne un espoir immense pour le monde : tu vas y trouver ta place et le transformer à ta manière. 

Dans l’univers impitoyable de la parentalité sur-documentée, l’adolescence fait figure de territoire hostile.

On parle d’adolechiants, de crise, de tous ces mystères hormonaux qui font que les portes claquent toutes seules. Mais, chère Fabuleuse, je me raccroche à quelques petites phrases glanées ici et là, qui me gonflent d’optimisme.

Première petite phrase, qu’une amie a prononcée à l’attention de son grand fils aîné qui, à douze ans, la dépassait déjà d’une tête et demi : “Mon chéri, ne te sens surtout pas obligé de nous faire vivre un enfer ces prochaines années, l’adolescence, ça peut AUSSI très bien se passer”. Et ça se passe très bien pour eux, d’ailleurs.

Deuxième lueur d’espoir trouvée dans un magazine lambda : fêter l’entrée dans l’adolescence par un moment chouette vécu entre l’enfant et les parents. Un resto, une rando, quelque chose qui célèbre ce moment d’entrée dans le pré-âge adulte. Ça donne tout de suite le ton : tu deviens homme et c’est une excellente chose. J’attends encore un peu pour jouer cette carte-là.

Avec ton fabuleux père, on emmagasine, on thésaurise, on fait du stock, on se paie sur la bête et si un jour — mais ça n’a rien d’obligatoire — tu nous plonges dans de longs mois de turbulences, on se dira qu’on a bien fait d’en profiter maintenant.

Allez, viens que je t’embrasse tout en haut du crâne. Tant que je peux.



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journal Hélène

Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d'adoption, Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy et des histoires jeunesse pour la Fabrique à histoires de Lunii. 
https://calmann-levy.fr/auteur/agathe-portail

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