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Vie de famille

SOS, mon homme a le désir en berne

Hélène Dumont 14 juin 2020
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Suite à la chronique L’envie d’avoir envie de sexe, vous avez été nombreuses à me rappeler que le manque de désir sexuel n’était pas exclusivement réservé aux femmes. Et vous avez bien fait : le manque de désir masculin est une réalité. Moins tabou, il peine néanmoins à se défaire du cliché postulant que les hommes auraient « toujours envie » et que les femmes non. 

Le manque de désir sexuel se traduit par un désintérêt de la sexualité pouvant aller jusqu’à l’absence de tout rapport. Certains couples manifestent peu d’enthousiasme pour la chose : pas de problème si tous deux sont d’accord. En revanche, l’abstinence régulière peut devenir difficile, voir conflictuelle, quand l’un des deux aime et désire faire l’amour tandis que l’autre s’en passerait volontiers. 

« Je t’ai attendu des mois entiers dans le lit pendant que tu jouais sur le net », s’écrie l’une de mes clientes exaspérée en regardant furieusement son conjoint.

« J’ai un corps de femme, je ne suis pas que mère. J’ai besoin de passer du temps avec toi, de vibrer dans tes bras, éprouver charnellement ton désir, vivre un temps de fusion érotique. »

Être délaissée la meurtrit au plus profond d’elle-même,

elle rêve de se sentir à nouveau vivante et précieuse sous l’effusion de ses caresses.

Dans un premier temps, le manque de désir sexuel est à explorer d’un point de vue médical. Il peut être la conséquence d’un médicament, le signe d’un problème de santé (diabète, manque de testostérone ou déséquilibre hormonal, dépression …), ou encore le résultat d’une mauvais hygiène de vie, qu’il s’agira donc de prendre en charge auprès d’un spécialiste. 

Une fois cette piste écartée, nous pouvons interroger le manque de désir d’un point de vue chronologique, événementiel et personnel, l’idée étant alors de le comprendre au travers d’un contexte conjugal et/ou personnel :

  • À quand remonte cette difficulté ?
  • A-t-elle toujours existé ?
  • Comment s’est-elle immiscée dans le couple, et est-elle reliée à un évènement, une émotion ?

Peu à peu, une trame s’élabore, le couple se raconte,

donnant des informations précieuses pour accéder à une meilleure compréhension de son histoire.

À l’échelle de l’individu, l’image corporelle (la conscience que l’on a de son propre corps) est importante. Pour désirer faire l’amour, il faut aimer ce corps qui est le sien, le trouver beau, oser l’exposer nu au regard de l’autre. Je pense à cet homme de 35 ans souffrant de calvitie : « J’avais de beaux cheveux, je ne supporte plus mon image, je me trouve moche ». Un autre, plus âgé, évoque « son ventre bedonnant », tandis que celui-ci me confie « la petite taille de son pénis ». Embourbés dans leurs complexes, ces hommes ont fini par perdre confiance en eux, et parfois par se laisser aller, esquivant les avances de leur compagne par un : « J’ai trop de boulot », ou  en devenant « accros au téléphone ». 

Mais ce qui m’interpelle davantage encore, ce sont les représentations masculines concernant la sexualité, et l’anxiété qui en découle : pour de nombreux hommes, « être un homme » c’est être efficace, courageux, compétent, avoir des muscles et un pénis « suffisamment vaillant ». Confrontés à ces représentations sources de stress et dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas toujours, ces hommes finissent par avoir peur.

Ils tremblent« de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire jouir, de perdre leur érection, d’éjaculer trop vite ou de ne pas y parvenir. » Au final, quand on parle de sexualité, l’homme se réfère à son sexe et son utilisation, ce qui le rend vulnérable au point d’en perdre parfois tout désir.

Viennent ensuite les représentations de la féminité et de la maternité. Les entretiens montrent à quel point envisager la femme et la mère en un seul et même corps peut être compliqué. La considération de l’homme pour sa femme devenue mère (et plus largement pour LA mère) est telle qu’il ne parvient plus à l’érotiser.

« Une mère, on ne la touche pas, on la respecte. »

Pourtant, féminité et maternité se vivent bien en un même corps.

Un seul espace pour faire naître l’enfant, et accueillir un amant. Un seul sexe d’où pourra jaillir la vie et la jouissance. Deux facettes à réconcilier, en cherchant à comprendre l’origine de cette appréhension duale de la femme. 

Cette problématique peut également se retrouver à travers le prisme de la paternité. Moins fréquente, on l’observe néanmoins de plus en plus chez les jeunes couples où devenir père rime avec affectivité, complicité, partage des tâches, et non plus seulement avec autorité et virilité : « Maintenant que je suis père, il y a les enfants, il faut s’en occuper ; l’heure n’est plus aux batifolages. » Doit-on y voir l’expression d’une entente impossible entre le fait devenir parent et celui de rester amant ? Entre la douceur et la pulsion ? Le « paternage » et l’érotisme ? Les responsabilités et la folie amoureuse ? 

Cela nous conduit à comprendre la baisse de désir chez les hommes comme résultat d’une mauvaise assimilation du discours féministe, ainsi que d’une appréhension mal ajustée de l’émancipation de la sexualité féminine. Si les femmes revendiquent publiquement le respect et le consentement pour entreprendre une relation sexuelle, elles ne boudent pas pour autant la pulsion et le désir masculin.

Bien au contraire !

« Je crève de sentir sa force, son plaisir et sa virilité en moi, j’aime ses épaules et son corps, si différent du mien » me partage une femme désolée de ne plus faire l’amour … tandis que son homme culpabilise à l’idée d’être transformé en « porc » s’il ne parvenait à contenir son ardeur. Depuis « l’affaire Weinstein », certains hommes ne savent plus comment accueillir la force de leur désir.

« On m’a élevé avec l’idée de respecter les femmes. Je suis un homme serviable et gentil, mais dès que je fais l’amour, je suis incapable de me lâcher : j’ai l’impression de devenir un sale type. »

La pulsion sexuelle est appréhendée comme mauvaise, dégradante.

Ces hommes préfèrent alors la refouler plutôt que de s’y confronter. Pourtant, le désir est un élan de vie ; le connaître, jouer avec, est un atout majeur pour être épanoui. 

Enfin, les femmes réclament aujourd’hui leur part de plaisir. Leur sexualité est mieux connue, mieux comprise, et la contraception leur permet de la vivre sans l’appréhension de tomber enceinte. Les voilà donc devenues plus exigeantes, et pas seulement au lit. Elles veulent du fun et de l’érotisme tout en étant écoutées et secondées à la maison.

Bref, elles rêvent de concilier le « bad boy » dans leur chambre à coucher (ou sur la table de la cuisine) et le « good boy » au cœur de leur foyer (ou de leur cuisine…). Cette demande récente et contemporaine encourage certains hommes à reconsidérer leur façon d’être, les rôles et les codes du masculin, mais elle en renvoie également d’autres à leur impuissance face à un féminin impossible à contenter. 

Le problème, en définitive, n’est pas tant l’attente des femmes que dans la façon avec laquelle certaines s’ingénient à rendre toute réponse très difficile. Ainsi, la bonne intention de leur compagnon n’est pas toujours reçue : elles désirent être aidées, certes, mais à leur mode. « J’ai l’impression d’être un gosse quand elle me parle, se défend celui-ci. Je sais gérer un repas ou lancer une machine, mais quand je le fais, c’est mon affaire. Je refuse de me fais engueuler comme un petit garçon pour mon organisation. Et après, il faudrait faire Zoro au lit ? Avec moi ça ne marche pas. »

« Je ne suis pas elle, je suis moi » renchérit un autre homme de trente ans. « Je n’arrive plus à exprimer ce que je suis, je me fais sans arrêt rembarrer. Mon problème n’est pas le fait que je ne la désire plus, il est plus large : je ne sais plus ce que je peux désirer et qui je dois être quand je désire. » 

Si les rôles de chacun, homme et femme, ont évolué, accepter l’autre tel qu’il est semble un véritable défi. Pour la sexologue Esther Perel, les femmes « acceptent tout à fait de dire qu’elle n’ont pas envie d’élever leurs enfants (…). Elles acceptent de se voir différemment, mais elles ne sont pas encore prêtes à LE voir différemment. Et lui non plus ! » 

L’impact sur le désir est immédiat :

le couple s’enlise dans des jeux de pouvoir (qui domine qui ?) ou de maternage (qui protège qui ?), et les conflits comme la rancœur qui en découlent fragilisent la relation de couple et réfrènent l’attirance mutuelle. 

Pour conclure, le manque de désir chez les hommes a le mérite de faire tomber un autre cliché : la sexualité masculine n’est pas aussi simple qu’on ne veut bien l’entendre, au regard d’une sexualité féminine qui serait plus complexe. La compréhension du désir nécessite ainsi une approche globale et singulière de chaque personne, que l’on soit homme ou femme, celui-ci étant avant tout un élan de vie.



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.conseilconjugaletparentalite.com

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