Réalisatrice du documentaire « Post-Partum », Eve Simonet se confie - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Réalisatrice du documentaire « Post-Partum », Eve Simonet se confie

Eve Simonet
Agathe Portail 28 août 2022
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Autodidacte à 100%, Eve Simonet a vécu plusieurs vies avant d’expérimenter la maternité. Son post-partum lui inspire un documentaire percutant qui lève le mystère sur cette période à part. 

D’où vous est venue l’idée de consacrer un documentaire à la période du post-partum ?

Pour commencer, mon entrée dans la maternité a été une vraie surprise, la maternité n’était pas au programme, cela faisait peu de temps que j’étais en couple et je n’avais jamais imaginé devenir maman à 25 ans. Comme je ne connaissais rien à la maternité ni à l’accouchement, je me suis plongée dans la préparation de l’accouchement, j’y ai beaucoup réfléchi et je l’ai souhaité à domicile.

Je voyais l’accouchement comme la fin en soi, puisqu’après je me projetais juste dans l’amour avec mon bébé. Je n’avais aucune conscience de ce qui pouvait se jouer ensuite. 

Quand j’étais à sept mois de grossesse, on m’a annoncé que je devais me préparer au post-partum, un mot que je n’avais jamais entendu. J’ai été très surprise de découvrir un concept qui avait l’air relativement important à ce stade-là de ma grossesse. 

Depuis la nuit des temps, les femmes mettent au monde des enfants, à chaque fois le post-partum a lieu, et j’ai trouvé ça bizarre qu’il y ait aussi peu d’informations : peu de livres, pas de documentaires… J’ai réalisé que j’étais face à un tabou et ça m’a passionnée, j’ai eu envie de réaliser un documentaire une fois que j’aurais accouché. 

Lorsque je l’ai vécu “pour de vrai”, ce post-partum, je me suis dit « C’est pas normal ce que je traverse, là. Je ne dois pas être la seule, c’est pas possible, j’ai vraiment besoin d’avoir des réponses, d’aller demander aux femmes autour de moi comment ça s’est passé pour elles ».

Je l’ai fait pour moi, ce documentaire.

Comment expliquez-vous ce manque d’information sur le post-partum, est-ce qu’il y a une volonté de cacher la vérité à ce sujet ?

J’entends souvent « Si on disait la vérité aux femmes, elles ne feraient plus d’enfants ». C’est totalement débile, puisque je crois qu’en France les femmes ont en moyenne deux enfants, ce qui prouve que celles qui ont expérimenté l’enfantement ne renoncent pas à le revivre. Il n’y a pas de “danger” à lever le tabou. 

La réponse à cette question est vraiment complexe. La première raison que je vois, c’est la condition féminine et maternelle dans laquelle les femmes sont censées “savoir faire” et censées s’épanouir dans la maternité. 

L’instinct maternel est un mythe qui n’est remis en question que depuis peu, je crois que nous sommes les premières générations à oser dire que nous ne sommes pas que mères, que nous n’avons pas une case en plus dans la tête pour savoir comment nous occuper d’un enfant.  

Ensuite, il n’y avait aucun espace de parole pour dire que la maternité était quelque chose d’épuisant. Le regard qui était porté sur les mères qui avouaient leurs difficultés n’avait rien de bienveillant. 

La conséquence de ces deux points c’est l’autocensure qui est renforcée par cette obsession de vouloir toujours montrer “la meilleure version de soi-même”. Puisque personne ne dit que c’est difficile, que tout le monde s’expose en photo sous son plus beau jour, avec ses enfants hyper épanouis, personne n’ose parler. 

Il y a aussi la question du corps. Le corps de la femme en post-partum est mou, flasque, bien loin des standards d’aujourd’hui. Ce corps-là est beaucoup caché et je le rapproche du tabou qui existe autour des règles. 

Quand on sait que nous en sommes à 30% de dépressions post-partum diagnostiquées, tout ce silence pose question.

D’après vous, la dépression post-partum est un phénomène récent ou bien elle a toujours existé ?

Elle a toujours existé, on ne voulait pas la voir et on n’avait pas de solution. On voit qu’aujourd’hui encore, le sujet de la santé mentale des femmes comme des hommes est peu pris en compte. Ce n’est pas très bien vu de dire qu’on a besoin d’aide, qu’on voit un psychologue. 

Il y a aussi des femmes qui sont carrément en amnésie traumatique. En tournée, je rencontre beaucoup de femmes qui ne se souviennent plus de leur post-partum. 

Je suis persuadée qu’il y a eu de nombreuses dépressions post-partum qui n’ont jamais été diagnostiquées, donc pas soignées, dont certaines paient encore les pots cassés des années après. Là, je parle de nos mères. D’ailleurs l’épisode 5 du documentaire que nous allons tourner en juin met des jeunes mamans qui viennent d’accoucher face à leurs propres mères et grand-mères. 

Est-ce que la transmission mère-fille dans le domaine de la compétence maternelle fonctionne bien, à votre avis ? Est-ce qu’il n’y a pas une rupture qui expliquerait qu’on a perdu ce “secret” du post-partum ?

Oui, c’est exactement ça, et ça touche à plein de sujets féminins d’ailleurs, pas uniquement le post-partum. Je pense aux règles, au sexe, donc les mères ne parlent pas à leurs filles. Le résultat, c’est que les filles font leur expérience en ayant idéalisé à l’extrême les choses en se fondant sur les représentations que propose la société, à travers le cinéma ou les réseaux sociaux. Forcément, la chute est douloureuse. 

Je crois que depuis que ce ne sont plus les sages-femmes qui accouchent, il y a une réelle rupture de cette transmission de femme à femme.  Depuis que les hommes sont entrés dans l’obstétrique au 19e siècle, les accouchements à domicile et par les sage-femmes ont progressivement cessé et ça a rompu cette idée que l’accouchement était une affaire de femmes. Plus anciennement encore, chez les rois puis par ruissellement, dans le milieu bourgeois, les enfants étaient confiés à des nourrices et la transmission mère enfant était d’entrée de jeu coupée. Ça fait très longtemps que la transmission ne se fait plus de façon fluide. 

Ce n’est pas parce qu’on lève le tabou qu’on n’aime pas nos enfants et qu’on n’est pas des bonnes mères, au contraire. En essayant de rentrer dans une case et de « devenir » la Maternité et la Mère, la femme s’oublie. En ouvrant le dialogue, je dis qu’il est possible d’être alignée avec qui on est profondément, de prendre ce rôle de mère en plus, sans qu’il nous définisse totalement. Dans ces conditions, on s’épanouit pleinement, on se sent mieux et tout va bien. Ça tient à pas grand-chose. 

Dans votre documentaire, vous parlez d’éduquer l’entourage. C’est un mot fort. Quel rôle est confié à l’entourage ?

Quand j’ai annoncé ma grossesse, tout le monde a été très heureux. Je me suis dit que cet enfant allait tous nous rapprocher, créer cette unité familiale dont je rêve depuis longtemps. Malheureusement, les cassures se sont au contraire accentuées, je n’ai pas reçu l’aide et la bienveillance que j’attendais de la part de ma mère ni de mes amis. Je me suis retrouvée très seule. Heureusement mon conjoint était là, mais nous avons été littéralement submergés. Mon fils avait des soucis de santé, il y avait le Covid, donc on s’est retrouvés à deux et ça a été très difficile. C’est pour ça que je parle d’“éduquer” l’entourage. On a besoin d’être entourés au-delà des cinq minutes à la maternité où tout le monde est content de passer pour offrir son doudou.

Quelle piste concrète avez-vous explorées avec votre compagnon pour sortir de cet état d’épuisement ? 

Mon beau-père nous a fait un magnifique cadeau, il nous a offert des nounous de nuit pendant le premier mois, ça nous a sauvé la vie car mon fils dormait par tranches de 30 minutes jour et nuit à cause de ses soucis de santé. Une professionnelle venait chez nous de 21 heures à 8 heures du matin, logeait dans une chambre et prenait mon fils la nuit. Ça a été vraiment de l’assistance à personnes en danger, pour nous et pour mon fils aussi, parce que des parents vraiment épuisés ça peut devenir un danger pour l’enfant. 

Un post-partum très difficile, quand tu n’es même plus dans le manque de sommeil mais dans le non sommeil, ça abîme la relation de couple et c’est difficile de faire équipe. Je me disais à ce moment-là qu’il fallait tenir, que c’était la fatigue qui parlait pour nous. Je voyais mon couple prendre hyper cher sans rien pouvoir faire. Mais on a tenu et maintenant ça va mieux. Vingt mois plus tard, on est encore en train de réparer notre relation, il faut accepter que ça prenne du temps.

Attention, il y a autant de post-partum que d’enfants et de parents, pour certains ça se passe très bien ! Je crois qu’on a vécu quelque chose d’assez extrême parce que notre fils a vraiment été très malade. 

Ce qui est beau, c’est que vous avez puisé dans votre expérience pour proposer aux mères des solutions concrètes, au-delà de l’information que vous apportez par votre documentaire Post-Partum. Vous pouvez nous parler de ce que vous avez créé ?

Ce que je garde de meilleur dans cette expérience du documentaire, c’est toutes ces rencontres et ces milliers de messages que j’ai reçus de la part de femmes qui étaient dans le même état que moi. J’ai découvert une sororité et une entraide entre femmes qui ont aidé énormément à dédramatiser ce que je vivais. Le simple fait de s’ouvrir aux autres femmes fait du bien, les masques tombent tout de suite et on est immédiatement dans le lien. 

Ce qui est étonnant, c’est que ce n’est pas forcément ta meilleure amie depuis dix ans qui va être l’oreille attentive que tu cherches. 

Le “Club Poussette”* est né du constat qu’on avait besoin de se retrouver entre jeunes mamans pour briser l’isolement et se soutenir mutuellement, dédramatiser ce qu’on vivait de difficile.

Quelles sont vos techniques aujourd’hui pour ne pas retomber dans l’épuisement ?

Je me fais passer en priorité. C’est ce que le post-partum m’a appris. Si je suis fatiguée, je vais me coucher. Si je n’ai pas envie d’aller à tel truc, je m’écoute, si j’ai l’opportunité de faire une heure de yoga, j’y vais, je me prends des vacances toute seule sans mec ni enfant avec une amie. Si moi je suis bien, je peux donner de l’amour, de l’attention, de l’affection. Si je suis épuisée, je ne peux rien donner.

Votre astuce pour survivre à une journée pourrie ?

Prendre un bain et me booker un truc super à faire pour dans dix ou quinze jours, pour me donner un motif de réjouissance. Ça me sert de carotte !

Et pour aller plus loin :

Un livre inspirant : Tous ceux de Mona Chollet, notamment Réinventer l’Amour. Elle m’a fait réaliser beaucoup de choses et a levé beaucoup de poids de mon cœur.

Une citation : je me suis tatoué « Tout est parfait ». Je crois qu’il faut faire confiance à la vie. Pendant mon post-partum, je ne pensais pas du tout que la vie était parfaite et qu’elle avait un plan divin pour moi, mais aujourd’hui je comprends que si j’ai vécu tout ça, c’était pour aider les femmes après moi.

La suite du documentaire Post-Partum :

L’épisode 5 est centré sur les mamies et les mamans

L’épisode 6 est centré sur le papa et le couple. 

Ils sortiront sur notre plateforme entre septembre et novembre : https://postpartum-ledocumentaire.com/ 

* Le Club Poussette est une association qui propose des rendez-vous en extérieur à toutes les mamans d’enfant entre 0 et 3 ans pour rompre l’isolement, partager les moments merveilleux comme les doutes. Une quarantaine de villes en France et d’autres à l’étranger ont un Club Poussette. Le compte Instagram @clubpoussette compte aujourd’hui presque 6000 abonnées.



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Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d'adoption, Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy et des histoires jeunesse pour la Fabrique à histoires de Lunii. 
https://calmann-levy.fr/auteur/agathe-portail

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