Non, “foyer” n’est pas un gros mot - Fabuleuses Au Foyer
Travail & foyer

Non, “foyer” n’est pas un gros mot

Hélène Bonhomme 20 juin 2019
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Lorsqu’on me demande ce que je fais dans la vie, j’explique qu’en plus de faire en sorte que mon conjoint et mes enfants aient un stock suffisants de slips propres, je m’occupe d’une communauté en ligne de mamans qui cherchent à retrouver la sérénité et Les cinq dernières années, depuis la création du site des fabuleuses, j’ai pu recueillir des centaines de témoignages de mères de tous âges et de tous horizons : sans emploi, et aussi avocates, soignantes, enseignantes, employées de bureau, caissières, journalistes, DRH, médecins… La diversité de cette communauté en ligne m’étonne toujours, d’autant que dès le départ, et malgré les doutes émis par mon entourage, j’ai persisté à faire figurer le terme “foyer” dans son url.Il faut le dire : de nos jours, ça frise le gros mot.

Tout a commencé lorsque j’ai moi-même plongé dans l’univers impitoyable du foyer,

pour un congé parental qui a duré jusqu’au troisième anniversaire de mes jumeaux. Jamais je n’aurais cru qu’aller au bureau pourrait me manquer à ce point. J’étais comme Tom Hanks sur son île : « seule au monde ».

Ainsi se déroulent les choses pour beaucoup de mères qui font l’expérience du foyer à 100%. Le congé maternité est terminé, et elles décident de le prolonger en congé parental, ou plus si affinités :

  • par défaut (je n’ai pas de travail)
  • par dépit (les modes de garde sont trop chers)
  • par choix (j’ai envie de voir mes enfants grandir)
  • par crainte (j’ai peur de ne pas trouver de travail)
  • par culture (c’est comme ça, je ne me pose pas la question)…

Quelles que soient les raisons qui nous ont conduites à faire le grand saut, nous y voilà : dans notre foyer. Toute la journée. Plus de rigolades à la machine à café – plus de café du tout, d’ailleurs, ou alors du café froid qui vous attend sagement depuis des heures sur la table de la cuisine. Plus personne pour nous féliciter quand nous bouclons un dossier (le dossier “faire prendre un bain à deux enfants de moins de trois ans AVEC lavage de cheveux”, on en parle ?)

Bref, même au milieu de cette troupe qui envahissait la maison, je me sentais désespérément seule,

souvent inutile. Ce congé parental a certainement été la période la plus compliquée de ma vie. À cause de la logistique, de la fatigue et du manque de reconnaissance. Mais surtout parce que pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvée seule face à moi-même.

Je me suis retrouvée seule avec mes inquiétudes, mon stress, mes angoisses, seule avec mes idées, mes réflexions, mes doutes, seule avec mes défauts, avec tout ce que je n’avais jamais appris à supporter chez moi. Le foyer m’a poussée dans mes retranchements. J’ai expérimenté l’épuisement. Après coup, j’ai réalisé que sans cette parenthèse au foyer, je n’aurais pas eu cette opportunité de faire le tri dans mes aspirations, dans mes relations, mes convictions, mes envies.

Restent ces sueurs froides, à chaque fois qu’en société, on nous pose la question :

“Vous faites quoi dans la vie ?”

Car ne “rien faire” à part s’occuper de ses enfants, c’est plutôt mal vu. Merci Simone :

“Le travail que la femme exécute à l’intérieur du foyer ne lui confère pas une autonomie ; il n’est pas directement utile à la collectivité, il ne débouche pas sur l’avenir, il ne produit rien.” (Simone de Beauvoir – Le deuxième sexe)

Toutes les mères sont dans leur foyer

Cet héritage beauvoirien, en stigmatisant la femme au foyer à plein temps, oublie un détail important : d’une manière ou d’une autre, à un degré ou à un autre, toutes les mères sont “dans leur foyer” à un moment où à un autre de la journée. Le matin, le soir, le week-end, les mères sont dans leur foyer et, partage de tâches ou non, rappelons-le : elles font des lessives, glissent des goûters dans les cartables, lisent des histoires et embrassent des petites joues roses.

Et même au bureau, le foyer nous poursuit.

“Ma tête est dans mon foyer”, m’écrit Hélène, “lorsqu’entre deux réunions (ou pire, par sms en pleine réunion), je gère un pugilat qui oppose mes ados amateurs de BN à ceux qui veulent des pailles d’or, je résous à distance l’équation qui détermine au centième près la taille du champ de l’oncle Michel, ou j’explique à mon fils que non, la pasta box ne se met pas au four…”

Mépriser la mère au foyer, c’est donc mépriser cette “vie ordinaire des femmes”,

tout ce chapitre de mères qui s’écrit à l’intérieur de leur maison, et dont il est politiquement correct de ne pas parler, de peur de les asservir. C’est diviser les femmes en deux groupes : celles qui font le choix de la carrière (souvent stigmatisées comme “working girls sans coeur”) et celles qui font le choix du foyer (stigmatisées comme “boniches dépitées”). Or, je le crois, il n’y a qu’une sorte de mère : celle qui fera de son mieux, selon ses convictions et avec les ressources qui sont à sa disposition.

Dans notre foyer, il y a les gens qu’on aime le plus au monde. Il y a aussi cette maternité qui met tout en vrac, et pas seulement notre salle de bains, notre voiture, et notre organisation : elle vient aussi tout chambouler dans notre tête et nos émotions. Notre foyer est une équation à mille inconnues, où s’affrontent la logistique familiale, l’inquiétude, la joie, l’envie… et tous les autres points d’interrogation concentrés dans les méandres d’un coeur de femme qui est aussi maman. Et ça, ça n’a jamais été autant d’actualité.

Le foyer est l’endroit où je galère le plus,

mais aussi celui où je grandis le plus et où j’apprends le plus. Voilà pourquoi j’aime m’adresser aux “fabuleuses au foyer” :

  • pour rappeler à toutes les mamans qu’elles sont fabuleuses, même si dans un monde où l’on attend d’elles la perfection sur tous les plans, elles sont persuadées de n’être “pas assez”
  • et quelle que soit leur situation professionnelle, pour leur apporter compréhension, encouragements et outils capables de les accompagner dans ces heures, ces jours, peut-être ces années qu’elles passent dans leur foyer.


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Cet article a été écrit par :
Hélène Bonhomme

Fondatrice du site Fabuleuses au foyer, maman de 3 enfants dont des jumeaux, Hélène Bonhomme multiplie les initiatives dédiées au bien-être des mamans : deux livres, deux spectacles, quatre formations, la communauté du Village, une chronique sur LePoint.fr et un mail qui chaque matin, encourage plusieurs dizaines de milliers de femmes. Diplômée de philosophie, elle est mariée à David et vit à Bordeaux.

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